Henri Vincenot

Connu par beaucoup d'entre nous, Henri Vincenot est un auteur fantastique qui mérite d'être lu par le plus grand nombre. Diplômé d'HEC, ancien du chemin de fer puis journaliste, il n'est pas qu'un écrivain à succès mais aussi un peintre et un dessinateur doué. Passionné par sa terre, par sa région qu'est la Bourgogne, il est à l'origine de superbes romans, chantant le réveil des identités régionales, des "patries charnelles". Ses deux principaux livres sont "Le Pape des Escargots" et "La Billebaude", mais avant d'en parler plus précisément, il est intéressant d'aborder son tout premier roman, publié en 1953 : "Walther, ce boche, mon ami". Il y raconte l'histoire d'un jeune professeur d'histoire, Claude, qui, après la campagne de France et l'"étrange défaite" de 1940, rejoint son poste à Autun, où il remarque rapidement un jeune officier allemand, Walther von Biesgheim, qui travaille exactement sur le même sujet que lui : les origines celtiques de l'Europe. Le traitement de ce sujet intéressant permet à Vincenot de louer longuement nos racines celtiques mais aussi de maltraiter certains mythes, notamment le mythe résistantialiste : "Cette nuit, j'ai rêvé. J'ai vu Satan. Il portait un bel uniforme, dont les éléments appartenaient à ceux des armées anglaise, française, allemande, russe, italienne, japonaise. C'était un très beau jeune homme au regard pur et droit. Sa voix était noble, respectueuse et douce, et il portait au bras gauche un brassard sur lequel est écrit le mot 'résistance' dans toutes les langues de la terre".


Son premier roman à succès sera en 1972 "Le Pape des escargots", dans lequel un truculent vagabond-prophète surnommé "La Gazette" entraîne le lecteur sur tous les hauts lieux de la Bourgogne, tandis que Gilbert, sculpteur inspiré, déçu par un bref passage à Paris, regagnant la terre de ses origines, apprend à déchiffrer le symbolisme secret des grands sanctuaires de Bourgogne.

Mais son livre probablement le plus connu et publié en 1978 est "La Billebaude". Vincenot crée ici une langue pimentée de termes dialectaux pour vagabonder (la billebaude, c'est la liberté d'aller à l'aventure) à travers ses souvenirs de jeunesse. Il dépeint sa région et évoque, avec tendresse et nostalgie, la vie rude et simple de ses grands-parents, sous un climat dur, dans un hameau presque perdu, exprimant une sagesse toute terrienne.

Ses deux ouvrages se rejoignent par leur volonté de rompre avec le conformisme de la culture moderne et déracinée. Il chante le retour aux racines perdues, le retour au coin de terre qui est le nôtre.


Chantre de la littérature régionale, il loue la Bourgogne qui est pour lui "le pays de mon coeur et de mon sang", faisant d'ailleurs beaucoup penser à Maurice Barrès sur ce thème de l'enracinement avec son fameux roman "La Colline inspirée". Il reprend de la même manière l'idée de "la terre et des morts" : "on ne comprend un pays que par ses grands-parents. Il y faut une dizaine de tombes pour le saisir". Vincenot, c'est tout cela, c'est le refus de la France versaillaise et jacobine : "je dis que nos ancêtres s'appelaient les Gaulois, que nos racines sont celtiques et qu'il y a bien quelque chose comme un sacerdoce à rappeler cela en racontant des histoires". Ses différents romans sont aussi l'occasion pour lui de mettre en valeur les anciennes pratiques païennes celtiques, tout en montrant à quel point elles sont intégrées dans la culture populaire catholique. Il développe à chaque occasion une réflexion sur la Tradition, la civilisation, l'Histoire, qui ouvrent ses perspectives bien au delà de la seule réalité bourguignonne. Henri Vincenot, c'est le chantre de la civilisation païenne et enracinée. Tout un programme !