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Le
cri du Coeur d'un homme de Raison Curieux objet que ce petit ouvrage dans notre morne paysage intellectuel. Un coup de tonnerre ? Plutôt un coup de poing. Un appel à resserrer les files de notre tradition, de notre identité venue du fond des ages. Un appel à la fierté, auquel nous convie Max Gallo. Fer de lance de l'esprit français, patriote et républicain, délicieusement à contre-courant et étonnement moderne, "il monte sur le ring" contre les prêtres du renoncement et déchire le consensus ambiant. A rebours des nostalgiques patentés d'un passé idéalisé, des gardiens du temple du prêt à penser passe-partout, et des déclinologues up to date, ici on ne versifie pas dans le texte. Le passé ne sert que comme chemin, comme méthode pour appréhender le futur. En effet le où va tu ? répond du d'où viens tu ? et celui-ci du qui est-tu ? Foutaise répondra la foule grouillante et scribouillante qui n'est plus à sa première palinodie, la mondialisation a fait disparaître tout ça !!! C'est certain, le patriotisme a déserté les grandes nations, les Etats-Unis, le Japon, la Chine ou l'Inde et les derniers discours d'Angela Merkel ou de Gordon Brown faisant du patriotisme la pierre d'angle de leurs politiques sont à cet égard criants. Pour en revenir tous ceux qui ont connu Max Gallo en tant que brillant vulgarisateur (Cf les fresques Les Patriotes, Morts pour la France ou ses biographies Napoléon, De Gaulle (en particulier le tome 1 sur la vie du Général avant 1945 commentée à l'aune d'écrits intimes et pour la plupart délaissés par les historiens) alliant la beauté du verbe à la rigueur d'une méthode historique éprouvée, tout en gardant la passion de l'équilibre, du juste milieux vont être surpris. Les mots claquent, le style alerte parfois enfiévré mais toujours maîtriser nous rappelle avec Sartre que les mots peuvent être "des balles". Mais au-delà de la verve on cerne la modernité du propos et la maturité de la pensée de l'auteur. Intellectuel socialiste dans les années 80 où il fut porte parole du gouvernement (83), ce fils d'immigrés italien dont le premier diplôme fut un CAP d'électricien se brouille vite avec les amis de Mitterrand pour se lier avec Jean-Pierre Chevènement. Avant tout républicain et patriote, il fait partie des intellectuels qui ont redécouvert le concept de nation dans sa modernité (on peut citer au même titre Régis Debray [Que vive la république, A demain de Gaulle, Après l'Europe la nation] le grand maître de géopolitique Yves Lacoste [Vive la nation] ou le sociologue Emmanuel Todd [L'illusion économique] et des premiers historiens a annoncé un retour à une étude historique moins idéologique (dénudée des oripeaux du marxisme), plus rigoureuse dans ses méthodes et redéfinissant l'enjeu de la mémoire et sa place aussi bien individuelle que collective (au même titre que des historiens de tendances fort contrastées comme Philippe Conrad, Dominique Venner ou Emmanuel Leroy Ladurie). Débutant sa carrière par des recherches sur le fascisme italien et le franquisme, Max Gallo annonce sur bien des points les recherches de Pierre Milza, avant d'écrire conformément à son idéal des biographies sur les grands hommes français visant un large publique. Cette passion des grands destins le conduit à s'interroger sur le grand dessein qui les a uni. A travers Jaurès, Hugo, Robespierre, Napoléon, De Gaulle et à l'aune des lettres français (Chateaubriand, Claudel, Péguy...), il recherche dans la lignée de Braudel la "problématique centrale" de la France. Cette idée dont l'étude à commencer en 1999 dans L'amour de la France expliqué à mon fils se poursuie ici. Le constat tiré est simple, depuis les années 1920, ceux qui se sont nommés "les élites" n'ont plus cru en la France (les périodes de rémission comme la Résistance ou les années 1958-1969 mis à part) et ce faisant ont été tiraillé entre l'affirmation, la démission ou la dissolution du pays. Ici l'auteur use du concept de "crise nationale" qu'il juge plus opérant que celui de déclin, qui lui frappe toutes les nations occidentales (qu'on songe pour exemple au niveau économique des Etats-Unis en 1945 en pourcentage du PIB mondial), ou encore de décadence qui attrait à la sphère morale et donc au jugement de valeur et qui réveille chez les occidentaux de nombreuses images d'Epinal sur la chute de l'Empire romain. A cette démission qui est allé de pair avec une fracture grandissante entre le peuple et sa classe politique, s'ajoute aujourd'hui une volonté de flagellation, qui à la lecture s'affirme aux rythme des pages comme ce qui a armé le bras de l'auteur. On s'excuse de l'histoire, oubliant les lois de celle-ci, s'érigeant censeur la rétrospective aidant. Les parallèles douteux (Napoléon grand génocidaire), les oublis miraculeux (sur certains aspects historiques de la colonisation, sur esclavage des européens en terre musulmane, sur celui interne à l'Afrique, et sur les 25 millions d'africains déportés en terre d'islam), et une haine de soi bien pensante qui n'hésite pas à faire juger des historiens (cf. l'affaire Olivier Pétré-Grenouilleau pour son ouvrage Les Traites Négrière Essai d'histoire globale où il est fait grief à l'auteur de ne pas avoir suffisamment souligné aux yeux de ses détracteurs le caractère immoral de l'esclavage ce qu'il avait pourtant fait dès l'introduction mais qu'il n'avait pas voulu reformuler à chaque page au nom du souci de rigueur dans l'explication des faits et des mentalités) sont autant d'armes émoussées mais efficace tant la propension à l'autoculpabilisation est forte chez nos clercs. Max Gallo ne prend pas
la peine de leurs répondre, il prend le parti du nécessaire
contre le contingent pour nous ramener à la raison nous
rappelant certains de nos grands hommes (du Bellay, Bergson,
Bloch, Braudel, de Gaulle...) aux sentences intemporelles. Ainsi
celui de Camus : "il est bon que notre nation soit assez
forte de tradition et d'honneur pour trouver le courage de dénoncer
ses propres erreurs. Mais elle ne doit pas oublier les raisons
qu'elle peut encore avoir de s'estimer elle-même. Il est
dangereux en tous cas de lui demander de s'avouer seule coupable
et de la vouer à une pénitence perpétuelle"
(Chroniques algériennes). A nous maintenant d'honorer
l'un des derniers intellectuels digne de ce nom au même
titre que Régis Debray, planant bien au dessus de la vase
mortifère qu'est devenu une partie du débat public.
A nous de relever le défi du vrai débat débarrassé
de la morale contingente qui nous permettra à tous, les
partis pris idéologiques n'étant en fin de compte
que des querelles de chapelle, de "faire France", que
l'on soit dit de souche ou non du moment que l'on soit français
de préférence comme l'écrivait Aragon. A
nous de choisir entre le fil de l'eau et le fil de l'épée. Agathon |