Les racines d'un mal

Aucun milieu n'est épargné par le suicide, et l'histoire récente nous l'a encore prouvé. De nombreux groupes de RIF l'ont d'ailleurs évoqué dans leurs chansons, comme par exemple In Memoriam (Xavier) ou encore Vae Victis (Ce soir).
Inquiet de ce phénomène, le premier ministre français vient de recevoir, du député Christine Boutin, le rapport demandé sur les incidences sociales des situations d'isolement et sur les moyens de prévention de ce problème de santé publique. La député avait multiplié les auditions et les contacts auprès de chercheurs, dirigeants et représentants sociaux, politiques et religieux.
Le suicide n'est pas nouveau en Europe et il a malheureusement tendance à se développer. Certaines tranches d'âge sont plus touchées que d'autres. En France, il représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, après les accidents de la route. On observe également une progression chez les personnes entre 35 et 45 ans, mais aussi chez les personnes âgées. Les chiffres sont à rapprocher de ceux de la consommation de psychotropes et anti-dépresseurs (la France est en tête des pays européens), sans oublier l'usage croissant des drogues.
Des gens sont confrontés dans leur quête identitaire à la difficulté - voire l'incapacité - de se définir et peuvent envisager jusqu'à " la rupture suicidaire ", explique le Dr Pommereau (directeur fondateur d'un centre d'accueil pour adolescents et jeunes adultes, près de Bordeaux). Au-delà des raisons qu'ils évoquent pour expliquer leur TS (tentative de suicide) problèmes de travail, deuil, rupture sentimentale... c'est au plus profond de leur histoire et de celle de leur famille que les patients devront chercher l'origine de leur souffrance. Si, fort heureusement, la plupart des personnes dépressives ne passent pas à l'acte (une personne sur cinq sera atteinte de dépression au cours de sa vie), notons également qu'une partie des suicides ont une origine génétique, puisque beaucoup de dépressions sont héréditaires.

Devant le mal être croissant de milliers d'individus dans les sociétés occidentales, quelles en sont les causes générales ?
S'agissant des jeunes, certains manquent d'un cadre avec des limites précises et de solides repères, qu'il est difficile de trouver à l'école où des enseignants de bonne volonté peinent à enseigner dans de bonnes conditions. Ils ne les trouveront pas non plus dans le discours ambiant des média, chez qui il est souvent question de plaisirs matérialistes éphémères. Le divertissement télévisuel Greg le millionnaire en est un " bel exemple ".
L'environnement socio-culturel des suicidaires est souvent caractérisé par l'isolement, le manque de rencontres et donc de soutien. L'ambiance familiale pèse malheureusement souvent lourd. La cellule familiale est primordiale pour l'épanouissement de l'enfant et certains sont fragilisés en vivant dans une famille disloquée, où le parent seul n'a parfois ni la volonté ni la force de transmettre les valeurs essentielles d'éducation, d'autant plus qu'il est parfois victime de travail précaire voire de chômage.
Face à la montée de l'individualisme, la solidarité qui existait auparavant ne se retrouve plus sauf à de trop rares occasions comme lors de grandes catastrophes, où l'on assiste notamment à une entraide entre voisins.
Il ne faut pas oublier non plus qu'à l'heure où les campagnes se vident, une part de plus en plus importante de la population subit les nuisances de villes mal adaptées, où l'omniprésence du béton laisse peu de place aux espaces naturels, pourtant indispensables à l'épanouissement.
En outre, comment ne pas évoquer parmi ces individus, une part d'immigrés extra européens, balancés entre deux cultures ? Ces personnes coupées de leurs racines ne se retrouvent pas dans le discours intégrationniste qui sonne faux : elles souhaitent très souvent garder des liens forts avec leurs origines.

Ce texte n'a évidemment pas pour but de donner des solutions faciles, ni de faire l'éventail de tous les facteurs de risques, mais il donne quelques pistes dans une Europe en crise d'identité, où sont encore accueillies à bras ouverts des populations étrangères inassimilables, au nom d'une " idéologie droits de l'hommiste ".

L'équilibre, ou plus précisément le bien-être ne s'obtient pas sans donner un sens à sa vie, notamment grâce au sentiment d'appartenance à une famille, à une communauté de peuple, et parfois aussi aux croyances religieuses, porteurs de valeurs sur lesquelles s'appuyer.
Raffarin voudra-t-il nous écouter ?

Nota : je ne pouvais finir sans parler d'un autre phénomène alarmant qui s'apparente à un grand suicide (et qu'on a déjà évoqué sous cette rubrique), c'est celui du peuple Européen. En s'intéressant à notre voisin Italien, on s'aperçoit que d'après le rapport 2002 de l'Institut National de la Statistique (ISTAT), " l'Italie est le pays ayant l'indice de vieillesse le plus élevé du monde, avec 133 personnes de plus de 65 ans ou plus pour 100 jeunes de moins de 15 ans ". Pour parer à cette situation dramatique, la coalition au pouvoir n'a lancé aucune action gouvernementale vigoureuse pour relancer la natalité, mais a préféré régulariser d'un coup ces derniers mois plusieurs centaines de milliers de clandestins et leurs familles ! Ce n'est pas un cas si isolé en Europe et le taux de la natalité en France n'est pas nettement meilleur, si bien sûr on s'applique à distinguer les nationalités d'origine des nouvelles mères.

" Comme les arbres, les hommes ont besoin de profondes racines pour pousser haut ".

Thierry Landelin