Réflexions éparses sur la peine capitale


La peine de mort, on la combat, c'est devenu une évidence, on ne se pose pas ou plus la question de sa légitimité, de son bien-fondé. Pour ma part, je suis pour, et pour des raisons fort simples :

- Elle revient moins cher qu'une prise en charge ad vitam d'un criminel dangereux. Loin de moi l'idée de faire de la prison un Club Med, mais on me permettra de trouver un peu gros de payer l'hôtel, la salle de musculation, la télévision et autres luxes immérités à des désaxés qui auraient pu se payer cela tout seuls, en menant une vie respectable
- Elle est plus efficace que toutes les thérapies qui n'empêcheront pas les récidivistes dangereux de remettre la compresse à leur sortie de trou, bien au contraire ! Que peut-on avoir à perdre ou à craindre de la société, une fois que celle-ci vous a mis à l'écart dans une cave ?
- Son aspect dissuasif n'est pas négligeable, comme on le verra plus loin.
- Elle est bien plus humaine et miséricordieuse que la réclusion à vie (à propos, quelle farce ! 20 ans max en Suisse), qui revient à rendre un homme fou à long terme (qu'on l'attitude et le comportement autodestructeur des animaux de zoo), à l'exposer au racket, à la violence, au viol collectif. Oter une vie à quelques-uns ou pourrir la vie de beaucoup ? Telle est la question.

 

Les arguments des opposants ? Passons en revue un extrait de LA PEINE DE MORT DANS LE MONDE - Quand l'État assassine, AMNESTY INTERNATIONAL, Mars 1989 , consultable à http://perso.wanadoo.fr/ai288/pdm/

Partout, l'expérience montre que les exécutions abaissent tous ceux qui y participent.

Comprenne qui pourra. L'argument est purement esthétique. Il a sa place dans la bouche d'un prédicateur de rue. On ne va pas très loin avec ça. De quelle expérience parle-t-on ?

Il n'a par ailleurs jamais été prouvé que l'application de la peine de mort entraîne une baisse de la criminalité ou de la violence politique.

A-t-on prouvé le contraire ? L'argument est idiot. Joseph Sobran l'explore avec intelligence :

September 26, 2000
Does the death penalty deter crime? The New York Times reports that the twelve states that don't have capital punishment have, on the whole, lower homicide rates than those that do. Texas, for example, has put 144 murderers to death under the current governor - fellow named Bush - yet has a murder rate more than three times as high as gentle Massachusetts, which has no death penalty. Conclusion? One pundit draws the moral: "Capital punishment fails to deter." That doesn't follow. It may be that without the death penalty even more Texans would kill each other, and that with the death penalty even fewer Massachuters, or what ever you call them, would kill each other. We aren't talking about laboratory conditions here. Many factors may make the difference. (...)

A few years ago the Washington Post reported that the "war on drugs" was hampered by the reluctance of witnesses to testify. Why? Because they were afraid of the death penalty, as administered by drug dealers. At least that death penalty deterred. Which didn't stop the Post's own columnists from insisting that the death penalty doesn't work. (...)

That's the point. If a killer doesn't expect to die for his crime, he may not be deterred, even if there is a death penalty on the books. He presumably knows the odds. But if he felt it was very likely that he would be arrested and swiftly put to death, he might think twice.

Opponents of the death penalty usually dodge the most basic question: Does a murderer deserve to die? It's no use calling the death penalty barbaric, unfair, arbitrary, or uncertain until you've faced the issue of simple justice. And most opponents don't want to talk about it. This makes their arguments merely sentimental. (...)

(Voir son article complet ici: http://www.sobran.com/columns/000926.shtml)

 

En résumé, par cet argumentaire, on déplace la question du terrain de la justice à celui de la morale, qui ne dépend pas du respect ou non-respect des lois. Ce procédé se répétera tout au long du document.

Dans bon nombre de pays, elle touche de façon disproportionnée les pauvres et les minorités raciales ou ethniques et sert fréquemment d'instrument de répression politique.

Encore un argument sentimental, qui présente à l'envers la véritable question, en présentant l'État comme appliquant une politique raciste, voire génocidaire. L'auteur de l'article souligne de façon amusante le lien entre criminalité et " minorités raciales ou ethniques " : est-ce l'État représentatif de la majorité qui les pousse à la criminalité ? La loi serait-elle raciste, comme aiment à le fantasmer nos ennemis ?

La peine de mort est prononcée et appliquée de façon arbitraire.

De même que toute peine prononcée par un tribunal. La Justice a les yeux bandés, pauvres petits. Le problème n'est pas spécifique à la peine de mort, mais au fonctionnement du système judiciaire d'État, dans ses conséquences extrêmes. C'est la justice elle-même qui est rendue de façon arbitraire, puisqu'en fin de compte, on s'en remet à la conscience civique d'un jury et à l'interprétation personnelle de la loi par un magistrat. En suivant cette logique, ce sont toutes les institutions juridiques qu'on peut légitimement abattre. L'argument se mord la queue : on ne vit pas sans arbitraire, sans un certain nombre de normes qu'il s'agit de respecter et sans lesquelles il n'est pas de société cohérente.

Ce châtiment irréversible entraîne inévitablement l'exécution d'innocents.

Même remarque que précédemment, en ce qui concerne les arrestations arbitraires, les condamnations abusives, les bavures policières. Rien de spécifique à la peine de mort. Poussons ce raisonnement un peu plus loin : chaque jours, des dizaines de personnes meurent dans des accidents de voiture ou des suites de leur accoutumance au tabac ou à l'alcool. Va-t-on pour autant interdire la cigarette, la bière et l'automobile pour protéger ceux qui prennent délibérément le risque d'en user ? C'est un bon exemple de la dérive déresponsabilisante de l'Ouest : l'individu est de moins en moins obligé d'assumer les conséquences de ses actes, on le surprotège, on le traite en mineur à vie. Un auteur (Robert Frenz) a pu parler d'une " féminisation " de la société ; on pourrait tout aussi bien évoquer son infantilisation. Pour en revenir à la question des innocents, est-il besoin d'insister sur son ridicule ? Et si on interdisait la chirurgie ? On ne sait jamais, avec toutes ces erreurs de diagnostic.

Il s'agit là d'une violation des droits fondamentaux de l'être humain.

Pour bénéficier d'un "droit" fondamental, un être humain doit s'acquitter de certains devoirs, sans lesquels il n'existe aucune organisation sociale. Une condamnation à la peine de mort suppose qu'il a gravement outrepassé ses droits ou a contrevenu à un devoir essentiel, ce qui dans les deux cas le prive de toute prérogative. Un violeur, un tueur, un homme responsable de la destruction d'une vie, peut-il avec justice, conserver la sienne ? Il est peut-être moral de penser que oui ­ il est juste de penser que non. Or nous parlons de justice et non de morale.

Trop de gouvernements pensent encore résoudre les problèmes sociaux ou politiques urgents en exécutant quelques prisonniers, voire plusieurs centaines.

Il n'est pas question de "résoudre les problèmes sociaux" en faisant des exemples, mais de mettre des gens considérés ­ à tort ou à raison ­ comme dangereux, hors d'état de nuire à la société.

Trop de citoyens dans un trop grand nombre de pays ignorent encore que la peine de mort, au lieu de renforcer la protection de la société, ne fait qu'accroître la brutalité.

"La brutalité" de qui ou quoi ? Oui, la peine de mort est brutale, comme la mort elle-même, comme les actes commis par ceux qui la méritent. Il faut être plus catholique que le Pape pour prôner une telle politique de la " joue tendue " : ne pas répondre à la violence par la violence, sous prétexte qu'elle " abaisserait ceux qui y participent " ? Moralisme, encore une fois ! Augmente-t-elle la violence dans la rue ? L'insécurité en France, jusqu'en 1981, a-t-elle dépassé les sommets que le pays subit de nos jours, depuis l'abolition de la peine capitale ? Cette dernière ne vise pas à combattre la " brutalité " mais la criminalité et ses débordements les plus inacceptables.

L'abolition gagne certes du terrain, mais trop lentement.

Chacun ses goûts.

Quelle que soit la raison invoquée par un gouvernement pour exécuter des prisonniers et quel que soit le mode d'exécution utilisé, la peine de mort ne peut être séparée de la question des droits de l'homme, de même que le mouvement en faveur de son abolition ne peut être séparé de la lutte pour les droits de l'homme.

Rhétorique marxisante, pure langue de bois qui ne démontre rien, en-dehors de ceci : qui croit aux Droits de l'Homme doit combattre la peine de mort. Je n'y crois pas et me réserve le droit d'en défendre l'idée, droit que le raisonnement ci-dessus m'accorde pleinement.

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme reconnaît le droit de chaque individu à la vie et stipule que "nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants". Amnesty International considère que la peine de mort viole ces droits.

L'auteur de cette modeste défense de la peine de mort considère pour sa part que la réclusion d'un individu dans un microcosme soumis à la loi de criminels ou de psychopathes les viole bien plus. Et puis, examinons bien les termes : une exécution rapide, sans douleur, est-elle "cruelle" ? Est-elle "inhumaine" en quoi que ce soit ? Qui dégrade-t-elle ? L'article cité n'a aucune pertinence en l'occurrence. Il n'est valable que dans le cas d'États appliquant officiellement ou officieusement n'importe quelle forme de torture. La peine capitale n'en est pas une.

La légitime défense est parfois invoquée pour justifier le fait que des autorités exécutent des gens, comme c'est le cas lorsqu'un pays est en proie à la guerre ­ qu'il s'agisse d'une guerre civile ou menée contre un pays étranger ­ ou lorsque des fonctionnaires chargés de l'application de la loi doivent agir rapidement afin de protéger leur vie ou celle des autres. Toutefois, même dans ces circonstances particulières, le recours à la force est entouré de garanties juridiques mondialement reconnues, destinées à empêcher tout abus.

Dormez en paix, braves gens ! l'État veille sur vous et des "garanties juridiques mondialement reconnues" vous mettent à l'abri de ses abus ! Un monument de niaiserie. C'est dans un cadre juridique reconnu et appliqué par l'ensemble des pays occidentaux que la Serbie et l'Irak ont été saccagés par des troupes régulières.

La peine capitale n'est pas, quant à elle, un acte de légitime défense face à une menace de mort immédiate; il s'agit du meurtre prémédité d'un prisonnier que l'on aurait tout aussi bien pu traiter avec des moyens moins radicaux.
La torture et les peines ou traitements cruels sont injustifiables dans tous les cas. La cruauté de la peine de mort est évidente ;...

Question de point de vue et celui-ci est faussé; elle est souvent bien plus "humaine" que l'emprisonnement. L'amalgame entre les deux relève de la simple malhonnêteté intellectuelle ou du plus pur angélisme.

...tout comme la torture, l'exécution représente une agression physique et morale extrême à l'encontre d'une personne que les autorités avaient déjà réduite à l'impuissance. Si le fait de suspendre une femme par les bras jusqu'à ce qu'elle ressente une douleur atroce est à juste titre condamné comme étant une torture, comment qualifier le fait de la pendre par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive ? Si l'application d'une décharge électrique de 100 volts aux parties les plus sensibles du corps suscite le dégoût, quelle réaction faut-il avoir quand on administre 2000 volts à un être humain pour le tuer ? Le fait que ces méthodes cruelles soient employées dans le cadre d'une procédure légale permet-il d'en justifier le caractère inhumain ?

Que je sache, une pendaison rondement menée ôte la vie au condamné en une seconde, le noeud étant placé sur le côté de la nuque de façon à la briser instantanément (à noter que les condamnés de Nuremberg ne bénéficièrent pas, eux, d'un tel traitement ; non seulement on s'arrangea pour prolonger leur agonie, mais également pour que leur visage heurte le bord de la trappe lors de leur chute). Même remarque pour l'électrocution, qui ne "cuit" plus le condamné depuis au moins le début de ce siècle.

Lorsqu'un Etat condamne des prisonniers sans leur avoir assuré un procès équitable, il viole le droit à une procédure régulière et à l'égalité devant la loi. Le châtiment irréversible que représente la peine de mort prive non seulement la victime du droit d'obtenir une réparation légale pour une condamnation injustifiée, mais aussi le système judiciaire de corriger ses erreurs.

Argument grotesque : de peur de commettre des erreurs, l'État devrait s'abstenir, en fin de compte, de juger les actes de ses citoyens. Et que vient faire là cette histoire de "procès équitable", comme si la potentialité d'une peine capitale le rendait impossible ? Ce paragraphe montre un biais amusant de l'idéologie des opposants à la peine de mort, qui ont tendance à voir une erreur judiciaire derrière toute condamnation à mort. C'est d'un manichéisme délicieux. En outre, vingt ans de prison sont-ils " réversibles ", une fois accomplis ? Une réputation détruite, des années de viol collectif et de racket, c'est "réversible" peut-être ? AI confond ­ délibérément ? ­ erreur judiciaire et peine de mort. Ses membres vont trop au cinéma.

Comme l'a reconnu le Comité des Droits de l'Homme institué par le Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques : "Le droit à la vie [...] est le droit suprême auquel il ne peut être dérogé, même dans le cas où un danger public exceptionnel menace l'existence de la Nation". Dans un commentaire général de l'article 6 du Pacte publié en 1982, le Comité a conclu que "toutes les mesures prises pour abolir la peine de mort doivent être considérées comme un progrès vers la jouissance du droit à la vie".

Là aussi, un chef-d'oeuvre de langue de bois ; observez attentivement la dernière phrase et essayer de la réciter avec sérieux. En outre, de quel droit divin confère-t-on une autorité quelconque en la matière à ce Comité dérisoire ?

De nombreux gouvernements ont reconnu que la peine de mort ne pouvait s'accorder avec le respect des droits de l'homme. Plusieurs dizaines de pays ont aboli la peine capitale pour tous les crimes et délits; d'autres l'ont maintenue uniquement pour les crimes exceptionnels tels que ceux commis en temps de guerre; enfin, d'autres pays peuvent être considérés comme abolitionnistes dans les faits ­ dans la mesure où ils ne pratiquent plus d'exécutions. Toutefois, plusieurs dizaines d'autres pays ont maintenu la peine capitale et l'appliquent.
Quelle que soit la raison invoquée par les Etats pour appliquer la peine de mort, l'idée qu'un gouvernement puisse justifier un châtiment aussi cruel que la mort est en contradiction avec le concept même des droits de l'homme.

Il est donc moins cruel de confiner un être humain dans une cave jusqu'à la fin de ses jours, en compagnie de déséquilibrés, de violeurs, de pervers, de pédophiles et de dealers.

Les droits de l'homme, cela veut dire précisément que certains moyens ne doivent jamais être utilisés pour protéger la société, car leur usage constitue une violation des valeurs mêmes pour lesquelles la société mérite d'être protégée.

Encore un sommet de sophistique et de rhétorique à poutre apparente ! Comprenez : "Une société ne se basant pas sur les droidloms ne mérite pas de protection". Une jolie manière d'excommunier à la fois les partisans de la peine capitale et les sceptiques face au modèle démocrasseux d'organisation sociale. Si l'on relit cette navrante Déclaration, on pourra constater que malgré la prétendue "précision" invoquée, rien n'y est spécifié quant aux moyens dont un Etat peut user pour sauvegarder l'équilibre et la sécurité de la société civile. Toute protection, de n'importe qui ou n'importe quoi, qui se prive volontairement de certains moyens de mener à bien sa mission, est condamnée à l'échec. AI reconnaît par ce joli lapsus que la peine capitale est effectivement un moyen parmi d'autres d'assurer cette protection des citoyens.


La peine de mort n'a pas d'effet dissuasif

De nombreuses études menées dans différents pays n'ont pas apporté d'éléments convaincants quant à l'effet dissuasif de la peine de mort pour certains types de crimes. En 1988 une étude menée pour les Nations Unies, à partir des résultats des recherches sur le rapport qui existe entre la peine de mort et le taux d'homicides, a abouti à la conclusion suivante : "Notre recherche n'a pas permis de prouver scientifiquement que les exécutions avaient un effet dissuasif plus grand que la réclusion a perpétuité. Il est peu probable que de telles preuves soient mises en évidence dans un proche avenir. D'une façon générale, les faits ne corroborent pas l'hypothèse de l'effet dissuasif". [Nations Unies ­ The question of the death penalty and the new contributions of the criminal sciences to the matter ­ Vienne, 1988).
Il est indéniable que la peine de mort, en mettant à tout jamais un criminel dans l'incapacité d'agir, l'empêche de récidiver. Mais rien ne permet de dire en toute certitude que le prisonnier aurait récidivé s'il avait été laissé en vie et il n'est, par ailleurs, pas nécessaire de violer le droit du prisonnier à la vie pour l'empêcher d'agir : il est possible, comme de nombreux pays abolitionnistes en donnent l'exemple, de mettre les délinquants dangereux à l'écart de la société sans pour autant les exécuter.

Nous attendons des propositions respectueuses du "droit à la vie" de gens ne la respectant pas ! Tout ceci ne tient que sur une série de spéculations : "éléments convaincants" - "établir scientifiquement" (admirez le matérialisme !) ­ "rien ne permet de dire" - rien de concret, un mignon bouquet de reculades et de scepticisme prudent.

Toute société cherche à se protéger contre le crime. Loin d'être la solution, la peine de mort donne l'impression erronée que des "mesures fermes" sont prises pour enrayer la criminalité. Elle détourne l'attention des mesures plus complexes qui sont, en fait, nécessaires.

Autrement dit, pourquoi faire simple et efficace quand on peut faire compliqué et hasardeux, au nom de valeurs abstraites ? On transforme en " solution de facilité " ce qui est une décision difficile à prendre, lourde de conséquence et qui exige des épaules larges de la part du législateur. Une tactique assez classique des gauchistes et affiliés pour justifier leur propre conformisme. Et encore une fois, il ne s'agit pas de faire de la peine capitale LA solution au problème de la criminalité ! Mais beaucoup plus simplement d'adapter le remède au problème, d'établir des règles du jeu plus strictes et plus efficaces.

Une fois que les arguments invoquant la dissuasion et l'incapacité d'agir ont été balayés...

Disons qu'ils n'ont pas été abordés ­ en fait de coup de balai, ils ont plutôt été discrètement poussés sous le tapis...

...il reste encore une justification de la peine de mort profondément ancrée : celle d'un juste châtiment en rapport avec le crime commis. En vertu de cet argument, certains méritent la mort pour payer le mal qu'ils ont fait, car il y a des crimes tellement horribles qu'on ne peut envisager de rétribution plus juste que celle de la mort du coupable.
Il s'agit là d'un argument qui fait largement appel aux sentiments...

Tout comme les de ce navrant pensum, qui en plus font preuve d'une mauvaise foi inoxydable ! Qu'est donc cette plaidoirie larmoyante, si ce n'est un appel aux sentiments du malheureux lecteur ? Où est la place de la raison dans ce précis de moralisme droidlomesque ?

...et qui, s'il était valable, priverait les droits de l'homme de leur fondement.

En ont-ils seulement ? Là n'est pas la question : cette tirade confirme, si besoin était, que TOUT l'argument des opposants à la peine de mort tient sur cet ensemble flou de droits mous sans devoirs.

Si l'on considère qu'une personne qui commet un crime horrible "mérite" le châtiment cruel de la mort, pourquoi dans ce cas, d'autres individus ne "mériteraient-ils" pas, pour des raisons semblables, d'être torturés ou emprisonnés sans jugement ou simplement abattus sur place ?

L'argument de l'escalade : il consiste, comme précédemment, à amalgamer mauvais traitement et exécution, comme si la seconde menait obligatoirement à la seconde. Or, c'est plutôt le contraire qui serait vrai : un gouvernement capable de torturer ses prisonniers aura peu de scrupules à les éliminer. Mais rien ne pousse un gouvernement intransigeant sur les questions de justice à se comporter en sauvage, sauf dans l'imaginaire pathogène de nos amis Amnistiaires Internationaux.

L'élément fondamental des droits de l'homme est qu'ils sont inaliénables. Nul ne peut en être privé, même s'il a commis le crime le plus atroce qui soit.

Il s'en suit que se comporter de façon inhumaine ne nous rend pas inhumain ; qu'attend-on alors, pour rayer de la face du monde juridique l'imbécile notion de "Crime contre l'humanité" et laisser en paix ceux dont on les accuse ?

Les droits de l'homme s'appliquent de la même façon aux meilleurs et aux pires d'entre les humains, c'est la raison pour laquelle ils nous protègent tous tant que nous sommes.

Et pour laquelle il est urgent de s'en débarrasser au plus vite ! Non seulement ils ne nous "protègent" de rien du tout ­ ou alors autant qu'un crucifix ­ mais en plus leur caractère inconditionnel achève de les priver de toute validité ! Toujours ces foutus Droits de L'homme, qu'on agite comme un hochet sacré dès qu'une occasion se présente ! Que dirait-on d'une option défendue systématiquement avec des passages de la Bible, qui y accorderait la moindre crédibilité ? Pourtant, c'est bien à un Texte Sacré que nous avons affaire ici, un Evangile intouchable, qui justifie les prises de positions les plus grotesques et les plus irresponsables.

L'argument du châtiment se résume le plus souvent à un désir de vengeance masqué derrière un principe de justice. Ce désir peut être compris, mais il faut empêcher que la vengeance ne s'exerce. L'histoire des efforts visant à établir la primauté du droit n'est autre que celle des mesures introduites progressivement dans l'ordre public et les recueils de lois pour limiter le recours à la vengeance personnelle.
Si les codes pénaux actuels n'autorisent pas à incendier la maison d'un incendiaire, à violer un violeur ou à torturer un tortionnaire, ce n'est pas parce qu'ils tolèrent les délits. En fait, c'est parce que les sociétés comprennent qu'elles doivent être bâties sur des valeurs différentes de celles qu'elles condamnent.
On ne peut avoir recours à une exécution pour condamner un meurtre : l'exécution est elle-même un meurtre.

Encore et toujours l'argument sentimental. C'est tout ce qu'ils ont à répondre à ce que dit le simple bon sens : Qui casse paie ! Et puis, quelle idée que de parler de vengeance, de"désir masqué" ! Navrant procès d'intention, qui diabolise bien pauvrement leurs opposants. Et pour le viol d'une gamine, on peut avoir recours à une exécution, ou est-ce aussi un viol d'une gamine ? Pour la dévastation de toute une famille par la vente de drogue à l'un de ses membres, on ne peut pas non plus parce que ce serait aussi un "deal" ?

L'argument selon lequel certains individus "méritent la mort entraîne l'idée que l'État est capable de déterminer exactement qui la mérite. Quelle que soit la position de chacun sur l'argument du châtiment, la pratique de la peine capitale révèle qu'aucun système de droit pénal n'est, et ne saurait être, à même de décider de manière équitable, cohérente et infaillible qui doit vivre et qui doit mourir.

Enfin un argument valable, mais qui porte sa critique à l'encontre du fonctionnement et de la légitimité de l'État et de lui seul. On retrouve une question traitée précédemment, celle de l'arbitraire et de la pertinence de conférer à un organisme étatique la conduite de certaines affaires délicates. Cette question est pertinente, en ceci qu'elle amène à mettre en doute le bien-fondé du principe de délégation des pouvoirs, à la base de la démocratie moderne. Maurice Bardèche (dans Les Temps Modernes, il me semble) résumait la question à sa manière lapidaire : " Je crois que gouverner, c'est préserver notre indépendance puis nous laisser vivre à notre gré. " On voit assez les problèmes colossaux que soulève cette interrogation. Il est triste que pour s'opposer à une manière de régler certains problèmes sociaux, ses adversaires se croient obligés de remettre en cause jusqu'aux fondements des formes d'État qu'ils not coutume de vénérer...

C'est le caractère irréversible de la peine de mort, le fait que le prisonnier est éliminé pour toujours, qui rend ce châtiment si attirant pour certains Etats tentés d'en faire un instrument de répression. Des milliers de personnes exécutées sous un régime donné ont ensuite été déclarées innocentes à la faveur d'un changement de gouvernement.

Que s'instaure un gouvernement national-socialiste en Allemagne, et le Tribunal de Nuremberg sera reconnu comme un lynchage obscène. Amnesty International va-t-elle célébrer la mémoire des "martyrs du Peuple Allemand" et condamner la guerre imbécile qu'on leur a fait ? Et le jour où notre bord aura triomphé de l'oppression dont on le gratifient le gouvernement, les médias et les lobbies, ses membres allumeront-ils des bougies en signe de solidarité avec notre combat pour la Liberté majuscule ? Nous sommes toujours en plein cinoche, à croire que Spielberg lui-même a écrit le synopsis de ce laborieux machin. Faut-il préciser que cela s'étend encore sur quelques dizaines de pages, et que d'autres bréviaires du même genre bâvotent inlassablement les mêmes niaiseries ?



Art Driseoc