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Une
modeste défense de l'Homogénéité
L'Occident
délabré dans lequel nous avons le malheur de vivre
crève depuis soixante ans sous le poids de l'idéologie
des Droits de l'Homme et de la Démocratie à vocation
universelle. Parmi les dogmes intangibles de cette doctrine,
on trouve la glorification de la diversité, de l'hétérogénéité,
de la Différence, nouveau moteur officiel de la société
qui péricliterait rapidement, nous dit-on, en son absence.
Pourtant, il semble bien que l'humain recherche l'homogénéité
d'instinct, exactement comme le corps recherche naturellement
la position de confort. L'argument sempiternellement rabâché
comme quoi elle produit l'ennui est grotesque pour plusieurs
raisons. D'abord parce qu'il est plus esthétique que rationnel
et s'adresse avant tout à des gens pouvant se permettre
le luxe de l'ennui, comme un Baudelaire se vautrant avec
délice dans un spleen incapacitant. Ensuite parce
que l'on s'occupe rarement par simple peur de l'ennui ; une affolante
majorité d'Occidentaux, ayant accès à d'innombrables
loisirs de toute espèce, mène une existence d'une
fadeur atroce. Cette routine est constitutive de toute
société humaine car sans elle la simple idée
de tradition n'aurait jamais vu le jour. Qui la récuse
ou ne sait la supporter est soit de mauvaise foi (car même
le nihiliste complet ne sait vivre sans habitudes, à commencer
par des habitudes mentales), soit d'un autre monde (car
même un nomade reproduit les mêmes gestes basiques
de survie dans des environnements différents). Il n'est
pas imaginable de changer sans arrêt ses moeurs : l'on
peut tout au plus vivre à l'encontre de celles de la majorité
et une existence chaotique n'est jamais qu'une succession de
déviances banales et répétées avec
obstination.
Tout dans notre existence,
jusqu'au moindre détail, illustre cette recherche de l'harmonie,
qui pousse l'humain à rechercher la compagnie de ses seuls
semblables.
- au niveau du langage
: il est impossible de comprendre une personne ne parlant pas
la même langue que nous. La diversité des idiomes
ne mène qu'à la confusion et rien de constructif
ne peut émerger tant qu'un langage commun n'est pas élaboré,
même s'il s'agit de parler par gestes - ces gestes doivent
avoir la même signification symbolique pour tous les
participants, sinon aucune interaction n'est possible.
- au niveau de l'habillement :
les vêtements sont un code social, qui permet d'identifier
qui fait ou non partie de la même tribu que nous, que cette
tribu relève de la religion, des goûts musicaux,
de la profession ou autre. Le phénomène de la mode
est là pour le prouver : qu'on la suive ou qu'on la rejette,
on choisit toujours un uniforme, afin de marquer son appartenance
à tel ou tel groupe, y compris celui de "ceux qui
ne veulent pas suivre le troupeau.". Un vêtement n'est
pas systématiquement choisi pour son seul confort, son
côté pratique ou son prix raisonnable : là
comme ailleurs les symboles jouent un rôle primordial.
On met un costard pour "faire sérieux" ; des
habits soignés pour faire "propre sur soi",
qu'on ait de l'hygiène ou pas ; un jeans déchiré
pour donner une certaine image et non parce qu'on est trop fauché
pour s'en racheter un neuf ; une tenue négligée
qui l'est généralement avec beaucoup de soin, pour
marquer son mépris des conventions, etc. Et selon ce principe,
on recherche volontiers la compagnie de ceux qui portent sur
eux les symboles d'appartenance à la même tribu
que nous. De fait il est rare de croiser des groupes de gens
absolument disparates du simple point de vue vestimentaire.
- au niveau des croyances
: on a beau être le plus ouvert et le plus tolérant
du monde, la compagnie de gens qui ne partagent pas au moins
les fondements de notre idéologie n'est pas une situation
que l'on recherchera délibérément. Une disparité
complète est acceptable tant qu'elle ne porte que sur
des questions secondaires. Pour prendre l'exemple de votre serviteur,
mon relatif désintérêt pour la question religieuse
me rend la présence de croyants de tout bord relativement
indifférente du moment qu'ils savent se montrer aimables
et ne tentent pas de me vendre Dieu en kit. Par contre, ma qualité
de fasciste me rend rapidement pénible la compagnie d'un
marxiste enragé, tout simplement parce que les sujets
de conversation secondaires sont rapidement épuisés
et que l'atmosphère devient tendue dès que nous
abordons les questions de fond, sur lesquelles je me montre relativement
intransigeant. Ainsi, j'apprécie les blagues racistes
mais évite de réciter mon stock en présence
de personnes qui se sentiraient blessées par mes propos,
tout simplement parce que "choquer pour choquer" me
semble parfaitement idiot. De mon côté, les plaisanteries
sur l'extrême-droite me font sourire un moment mais me
fatiguent vite - aussi j'évite de m'attarder auprès
de gens dont c'est la spécialité. De ce point de
vue, je ne me sens vraiment à l'aise qu'avec des personnes
appréciant un humour spécifique ou qui du moins
ne vont pas me faire la gueule si je m'oublie à rire de
tel ou tel groupe ethnique. Nous fonctionnons tous sur ce système,
car même un masochiste n'apprécie pas un malaise
prolongé et le poids de la désapprobation d'autrui,
silencieuse ou gesticulante. Pour être à l'aise
en société, il faut que notre entourage direct
soit en mesure d'accepter entièrement les "travers"
que nous sommes incapables de cacher ; chassez le naturel, il
vous revient en pleine gueule, aux yeux de tout le monde.
- au niveau de la culture
: là encore, c'est notre semblable que nous recherchons,
quelqu'un de notre niveau, en ce qui concerne les points
les plus importants. Si la richesse du coeur compte plus que
la maîtrise parfaite du langage, rien ne s'oppose à
l'amitié entre un "intellectuel" et un "manuel",
pour prendre une image idiote - dans les faits, l'un de mes meilleurs
amis, un véritable frère pour moi, n'ouvre pas
un bouquin en six mois et se délecte de bandes dessinées
affligeantes. Mais sa spontanéité et sa constante
présence à mes côtés depuis des années
font que je m'attache plus à lui qu'à une autre
"grosse tête". Il n'en reste pas moins que je
"régresse" volontairement en sa présence
: je ne pourrai me lancer dans aucune grande théorie politique,
philosophique ou gastronomique, puisqu'il n'arrivera pas à
me suivre et que la conversation deviendra rapidement un monologue
aussi emmerdant pour lui que pour moi. C'est donc à moi
de me mettre à son niveau, de me rendre provisoirement
semblable à lui, d'adopter une attitude identique pour
que la soirée ne dégénère pas. C'est
selon ce même principe que fonctionnent les individus prétendument
ouverts sur les autres cultures ; la plupart du temps, ils ne
font que troquer la leur contre une autre, en adoptant
ses principes et ses usages, au point de vouloir en faire partie
complètement, ne serait-ce qu'en apparence. Ce genre d'ouverture
n'est trop souvent qu'un rejet de sa propre identité au
profit d'un modèle issu d'autres moeurs, modèle
considéré comme plus désirable, plus respectable
que le sien propre - rejet qui relève de la psychiatrie
puisque prenant racine dans le rejet de soi. C'est en cela qu'il
n'existe pas de "métissage" au niveau social
: à l'image du pouvoir, la culture ne se partage pas et
la différence ne l'enrichit pas : l'homme peut et doit
s'intéresser à ce qui ne lui est pas semblable
mais il ne peut vivre selon deux cultures distinctes : il lui
faut faire un choix total et ceux qui refusent de le faire ont
véritablement le cul entre deux chaises. Cela se
vérifie dans les rapports entre classes sociales comme
entre ethnies différentes.
Plus
que le rire, c'est la coutume qui est le propre de l'homme.
Il n'aime pas la surprise, il recherche la routine, il cultive
l'habitude, il a besoin de repères intemporels. Ce qui
est différent de lui le dérange, le déstabilise,
comme toute sensation désagréable. Or l'intelligentsia
actuelle, en Occident voue précisément un culte
à ce qui dérange, ce qui choque,
ce qui déstabilise. La fonction de l'artiste, du
poète, n'est plus de bâtir, d'exalter, de découvrir
- il lui faut maintenant casser, démythifier, salir,
au nom d'une honnêteté qu'on peine à cerner,
d'un réalisme insipide voire immangeable, d'abstractions
dont lui-même ne saurait se faire des principes de vie
puisqu'il en nie la réalité, la force, l'éternité.
Et tout ceci ne l'empêche pas, pour que l'horreur soit
complète, de donner des leçons de moralité
à ses contemporains, de fustiger leur manque d'engagement,
la mollesse de leurs convictions, leur esprit moutonnier, alors
même qu'il s'épuise à détruire la
validité de toute cause et de toute conviction. Cet aspect
est particulièrement flagrant chez certains egalitaristes,
si empressés de démolir toute idéologie
mais prêts à tuer - pas à mourir... - pour
la reconnaissance de la leur, qui bien entendu n'en n'est pas
une puisqu'elle relève du "bon sens." Ne parlons
même pas de certaines mafias, payées grassement
pour combattre, selon la belle image de Gripari, "tous les
racismes à l'exception d'un seul" : cet autoracisme
qu'on nous vante comme une vertu citoyenne, cette abomination
de nous-mêmes, cette vision obligatoire de l'Européen
comme la race la plus corruptrice et la moins digne d'estime
de toute l'histoire de l'humanité. Comme les flagellants
d'autrefois, nous sommes invités à défiler
masqués et à nous déchirer le dos à
coups de fouet, pour expier la grandeur de notre passé
commun. Que ceux qui ne veulent pas s'excuser lèvent le
bras !
* * *
Ayant vécu dans
un milieu relativement cultivé, je suis d'autant mieux
qualifié pour en parler que j'ai été moi-même
longtemps sujet à cette affectation snobinarde, qui pousse
celui qui en souffre à rechercher systématiquement
l'inconfort moral et la nausée esthétique. Cette
glorification de la perversité n'a jamais fait l'objet,
à ma connaissance, d'une analyse poussée et c'est
regrettable. Pourtant, certains éléments sont assez
évidents pour être spécifiés comme
suit :
- il y a tout d'abord une
composante négationniste dans cette approche de
l'existence, pour reprendre un mot qui ne signifie rien et qui
est par conséquent très en vogue sur l'Autre Bord.
Négation de la hiérarchie des valeurs, négation
de la famille, de la Nation, et plus généralement
de tout ce qui peut contenir les passions les plus détestables
de la bête humaine. La "Liberté" qui est
ainsi défendue (contre les fondations de la civilisation
occidentale) est avant tout la licence de se laisser aller aux
pires extrémités de la mollesse, de la lâcheté,
de l'égoïsme et de l'autodestruction ; une liberté
"virtuelle", sans aucune base concrète, qu'on
distribue en sachet aux porteurs de la "carte du Parti"
(les autres seraient tentés de l'utiliser !) C'est la
liberté des faibles, le droit de ceux qui se sont privés
de tous leurs droits par haine des devoirs qu'ils impliquent
et qui n'ont pas même le panache d'un Sade ou le talent
d'un Prouhdon comme alibi. Le développement de leur personnalité
s'est arrêté à ce stade pénible de
l'adolescence où l'on construit ses limites en abattant
celles que les autres semblent nous imposer.
- il y a ensuite un rejet de toutes les véritables
valeurs viriles, qui ne sont pas, comme on voudrait nous
le faire croire, la capacité de foutre son poing dans
la face de quelqu'un ou de battre des records en matière
de copulation, mais l'honneur, le respect de la parole donnée
en toute occasion, le courage, la discipline, la force de se
dépasser soi-même, la maîtrise de soi,
le fait d'être quelqu'un sur qui on peut compter.
Tous ces signes extérieurs de santé physique et
morale sont directement ou indirectement répudiés
au nom du chacun-pour-soi, de l'individualisme outrancier, d'un
vernis d'esprit critique inoffensif, de réflexes de rébellion
à bon marché.
-
il y a enfin une haine sanguinaire du sacré, de
l'Idéal supérieur, des difficultés à
abattre, de la volonté de puissance. Le matérialisme
monolithique, le scepticisme ricanant remplacent très
vite les capacités de jugement. On en vient alors à
caricaturer le pire scientisme du 19e siècle, à
défendre sans même s'en rendre compte l'idée
marxiste d'un "homme nouveau" cartésien, calculable,
prévisible, qui n'a besoin pour vivre que du gîte
et du couvert - à ce propos, les derniers mythes qu'on
ne couvre pas d'excrément sont justement les aberrations
du Père Marx et des bouchers qui s'en sont réclamés.
Le besoin physiologique de croyance, d'espoir, de sacrifice,
tout cela est balayé aux chiottes de l'Histoire, étiqueté
obscurantiste, réactionnaire, nostalgique, rétrograde.
La notion fondamentale de respect, quand elle subsiste, devient
inconditionnelle, ne se mérite plus : chacun y
a droit, indépendamment de son comportement. C'en est
au point où seuls ceux d'entre nous qui tentent de vivre
honorablement en sont privés.
Au
pays des bossus, l'homme droit est l'Ennemi. Refusons de nous
plier !
Art Driseoc |