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Pour
l'éradication du "politiquement correct"
Nous
ferions tous bien de nous rappeler le chef-d'oeuvre d'Orwell,
1984, car il en va du langage politiquement correct (PC)
sévissant aujourd'hui comme du newspeak inventé
par ce grand visionnaire. On voit partout fleurir, en effet,
soit l'interdit sur certains mots que des lobbies ayant
le vent en poupe (pardon pour cette image hardie, mais involontaire)
cherchent à mettre hors la loi pour abolir ce qu'ils désignent,
soit des néologismes destinés à imposer
des valeurs nouvelles, c'est-à-dire - en fait - de vieilles
antivaleurs repeintes en rose. Le tout se pratique par l'intermédiaire
des organes de désinformation et de pourrissement habituels.
Entre tous ces néologismes,
épinglons aujourd'hui homophobe et son frère
homophobie. Qu'est-ce que l'homophobie ? En bonne
étymologie grecque, ce serait le fait de haïr ses
semblables, mais on a déjà misanthropie...
Il faut donc chercher ailleurs. En PC, ce mot désigne
une sorte de névrose psycho-sociale consistant à
réprouver la présentation actuelle de l'homosexualité
comme une préférence sexuelle normale,
comme un choix de vie alternatif (on admirera au passage
cette langue du plus beau bois), donc comme un motif valable
de défiler en masse dans les rues en se livrant à
toutes sortes d'exhibitions suggestives que l'odieux ordre moral
judéo-chrétien anathémisait impunément
jusqu'à une époque récente sous les noms
désormais proscrits de sodomie ou d'inversion.
Un tel glissement de sens (on peut même parler de dérapage)
n'a rien d'innocent, car il sert à ringardiser et à
marginaliser efficacement quiconque s'oppose au gayisme
agressif (sans pour autant condamner l'homosexualité vécue
en privé et dans les limites existentielles inhérentes
au genre). Tout individu taxé d'homophobie se retrouve
ipso facto stigmatisé comme intolérablement
intolérant face à ce qui a été,
est et restera à jamais intolérable, quand
bien même il se borne à rappeler des articles têtus
de la loi naturelle que nulle mode nauséeuse ne pourra
jamais abolir et qui ne manqueront pas de se rappeler à
notre bon souvenir tôt ou tard, la leçon pourtant
cruelle du SIDA ne semblant pas avoir été reçue.
Mais au fait, quel est l'exact contraire
étymologique d'homophobie ? C'est homophilie,
naturellement, qui existe bel et bien dans tous les dictionnaires,
y compris ceux antérieurs à l'avènement
de Jack Lang au ministère-à-vie-de-l'Inculture-et-de-la-Rééducation-nationale.
Or, que signifie au juste homophilie ? Consultons le Grand
Robert : "HOMOPHILIE : Didact. Tendance, conduite
des homophiles*. Voir Homosexualité. "L'homophilie
n'est qu'une manière d'être, qui touche 10% de l'humanité"
(Dr Eck, in l'Express, 26 nov. 1973)." Il apparaît
donc (hourrah pour les dictionnaires !) qu'afin d'être
le contraire d'un homophobe, il est vivement conseillé
d'être... homophile, c'est-à-dire adepte actif ou
passif de cette "manière d'être" propre
aux personnes constituant les 10% d'êtres humains qui se
sentent sexuellement attirés par des gens du même
sexe qu'eux. Autrement dit, sont ipso facto homophobes
90% des êtres humains : oh, les vilains partisans de l'"exclusion"
!...
Trêve d'ironie
- et quoique le sujet s'y prête, ô combien ! -, il
importe de résister à ce genre de terrorisme idéologique
en vertu duquel, la démagogie aidant, beaucoup d'enfants
risquent bientôt d'avoir droit à deux papas OU deux
mamans (fromage OU dessert). Il importe aussi de se rappeler
la belle devise du Canard Enchaîné : "
La liberté d'expression ne s'use que lorsqu'on ne s'en
sert pas ". Si l'on commence à craindre de désigner
les choses par leur nom ou à se croire obligé de
leur donner un nouveau nom, c'est alors qu'on aura de vrais motifs
de peur, car tous les fascismes - de droite comme de gauche -
se nourrissent de cette sournoise autocensure après l'avoir
suscitée dans les esprits timorés. Cela, Orwell
ne le savait que trop, lui qui avait vu le communisme et le nazisme
déployer tous leurs fastes concurrents, certes, mais avant
tout complices.
Martel |