Entrevue Skoll

Cette entrevue est issue du numéro 3 d'ID Magasine (http://id.novopress.info).
Les propos ont été recueillis par Chiara Angela puis traduits par notre camarade Edgir, qu'ils en soient tous remerciés !

On peut dire que Federico Goglio - Skoll à la scène - auteur-compositeur-interprète, se caractérise par un talent et une générosité innés. Un artiste complet, une perle rare dans notre milieu, pour son courage mais surtout pour sa modestie. Une qualité que nous ne nous lasserons jamais de souligner. Parce que Federico pourrait carrément s'orienter vers une carrière commerciale en abandonnant certaines étiquettes peu commodes et pour le moins embarrassantes et opter ainsi pour une réussite et une célébrité assurées mais trop faciles. Pourtant il ne l'a pas fait. Et donc nous sommes heureux, Federico, que cette année ait été pour toi pourvoyeuse de succès et de satisfactions dans ce petit cercle fou et génial que l'on désigne sous l'expression obscure de "notre milieu" : un nombre pour le moins important de concerts, dont certains en France et au Canada ; un concert-spectacle qui s'est déroulé la semaine dernière à Salò et dont nous n'avons malheureusement pu voir que des photos (photos que l'on pourrait presque qualifier d'apocalyptiques !) ; un nouveau disque doublé d'un livre, tous les deux centrés sur la figure de Mishima... Honnêtement, nous ne savons pas par où commencer ! Aide-nous un peu et parle nous de cette année exceptionnelle !

En additionnant tout ce que tu as évoqué, il devient difficile, même pour moi, de savoir par où commencer. Tout d'abord merci pour les compliments et pour avoir évoqué ma supposée modestie. En réalité je ne me comporte pas différemment des autres. La différence réside peut-être dans la première impression qu'a le public lors de nos rencontres : mon apparence, peu orthodoxe dans notre milieu, peut donner le sentiment d'une certaine arrogance, que je suis distant, ce qui en réalité est faux. Si tu savais le nombre de fois où l'on m'a dit, après que l'on m'ait réellement connu : "je ne pensais pas que tu étais comme ça. Je te croyais moins bien." En revanche, d'un point de vue musical, j'ai volontairement rejeté toute carrière "commerciale".
Mais attention, ça ne veut pas dire pour autant que suis convaincu que j'en aurais fait une. Il est même très probable que je ne serais pas allé très loin. Mais ce dont je suis finalement le plus fier, c'est que j'ai voulu rester moi-même et écrire et chanter ce que je ressentais vraiment. La liberté artistique n'est pas une marchandise mise à disposition de l'industrie du disque. J'ai fait mon choix. J'en suis heureux. Parfois c'est plus dur qu'on ne l'imagine mais finalement j'en retire des satisfactions et ça me suffit. J'aimerais seulement que l'on comprenne, y compris dans notre milieu (chez ceux qui écoutent ce rock tellement "différent"), les sacrifices que doivent souvent consentir ceux qui sont sur scène pour continuer, persévérer, maintenir le contact. Montrer sans cesse qu'on est toujours là. Ne pas lâcher prise. Répondre toujours présent quand on te demande de venir jouer.

Tout ça, ça fait plaisir, mais à la longue ça fatigue. Ça fatigue beaucoup. Il suffirait que ce sacrifice soit un peu plus compris. Un petit peu de reconnaissance... Comme tu le disais, l'année écoulée a été riche en événements. Ça fait presque cinq ans que je n'arrête pas. Ces derniers temps ont été exceptionnels mais aussi très éprouvants parce qu'en l'espace de quelques mois j'ai joué au Canada, à Paris, dans de nombreuses villes italiennes, j'ai achevé de très longs travaux qui ont abouti à la naissance de mon dernier album (Sole e Acciaio) (1), j'ai écrit un livre sur Mishima que je m'étais littéralement imposé de rédiger depuis des années (et qui représente une grande part de moi-même), j'ai conçu, écrit et dirigé le spectacle de présentation de Sole e Acciaio qui s'est récemment déroulé à Salò et, compte tenu du succès rencontré et de l'originalité de la formule, que je pense "breveter" avec l'association Lorien (2) afin de pouvoir le proposer dans toute l'Italie lors d'une tournée en 2006. Et tu as avec justesse souligné les ambiances apocalyptiques de ce spectacle qui, par certains côtés, se rapproche plus de la comédie musicale que du simple concert : il débute par la lecture d'un texte sur Tokyo détruite par les bombardements américains et avec, en ouverture, le morceau "Tokyo 45" chanté en uniforme d'officier et accompagné par la projection géante des bombes atomiques sur le Japon...

mmm

Revenons un peu en arrière pour ceux qui ne te connaissent pas encore. Tes débuts "politiques" comme artistiques : les difficultés, les surprises, les rêves. Et peut-être aussi un conseil à nos jeunes camarades tentés par une certaine conception de la musique et de la politique. Tes mauvais et tes bons maîtres.

La politique est un champ de mines. Aujourd'hui plus que jamais. Il m'est difficile actuellement de prononcer de belles paroles sans émettre des réserves à l'égard de nos partis politiques. Il n'y a aucune perspective d'avenir, aucune cohésion, aucune force de proposition et d'action. Rien qu'un air de "déjà vu"(3). Et le peuple qui, dans le fond, est moins bovin qu'on ne l'imagine, continue de se tenir à l'écart de ceux qui devraient représenter notre milieu. Du reste, les dernières affaires qui ont secoué Alleanze Nazionale (AN) le montrent bien : nous sommes à Byzance.

AN est la parfaite incarnation des derniers jours de l'Empire : des nains et des girouettes sans la moindre dignité, la moindre cervelle ni le moindre bon goût, qui s'agitent dans leur misérables petites vies à la recherche d'une "place au soleil". Malheureusement, ça fait un moment déjà que le soleil n'est plus qu'un crépuscule. Lorsque moi j'ai commencé, il n'y avait dans le fond pas beaucoup de choix : le MSI (4) était en train de disparaître avec le Congrès de Fiuggi. Le "reste" n'avait rien d'engageant et j'ai donc fini par m'inscrire à un Fronte della Gioventù (5) moribond. Suite aux divers revirements j'ai fini par laisser tomber les partis et les groupuscules. Mais la politique fait partie de ces choses que tu as dans la peau et qui t'empêchent de dormir tant que tu ne les as pas assouvies. Et donc je me suis lancé vers cette dimension "autre" de la politique : la culture identitaire. Vers ceux que tu appelles les bons et les mauvais maîtres : Mishima, Evola, Degrelle, Codreanu. Quelqu'un disait avec justesse qu'en réalité il n'existe ni bons ni mauvais maîtres. Seulement de mauvais disciples.

Nous avons fait allusion au concert canadien qui s'est tenu à la mémoire de celui que nous n'avons jamais oublié, Massimo Morsello. Commençons par tes relations avec Massimo que, si je ne me trompe pas, tu as connu personnellement à la fin de sa trop brève mais intense existence et dont tu as publié un magnifique entretien disponible sur internet (6). Peux-tu nous parler de ton expérience nord américaine ? La question sur Massimo Morsello a dû t'être posé des centaines de fois, mais on te la repose encore, surtout compte tenu du fait que tu t'adresses à un public non italien et que, comme souvent, certains faits sont totalement ignorés à l'étranger tant en raison de la barrière linguistique que par manque d'informations.

C'est vraiment bien de pouvoir évoquer le souvenir de quelqu'un comme Massimo au delà des mers, lors d'un concert au Canada... Massimo ne nous a quitté que depuis peu d'années et pourtant il me semble que des siècles se sont écoulés. Beaucoup de choses ont changé. J'ai rencontré depuis des tas de gens, mais Massimo restera toujours un moment particulier de ma vie. Je dirais presque que je suis jaloux de cette amitié, je me considère vraiment comme un privilégié de l'avoir connu si bien. Et pourtant, crois-moi, il est impossible de décrire Massimo avec des mots. Il fallait le connaître, lui parler, l'avoir près de soi pour comprendre qu'il était réellement différent et unique. Spécial, vraiment spécial.

Yukio Mishima et les fuselages d'acier. Un texte qui a le parfum d'un roman passionnel ; une histoire d'amour et de mort, de soleil et d'acier, d'oppositions et d'affrontements et qui comporte aussi un aspect autobiographique ; c'est un monde lointain, le Japon fascinant, décadent, incompréhensible. Avec une éthique qui souvent échappe à nos yeux d'occidentaux et à notre morale chrétienne faite de péché, de repentir et de pardon. De Bien et de Mal, distincts, séparés. Je pense bien évidemment au suicide mais aussi aux orientations sexuelles de Mishima ; le premier, geste stoïque/héroïque, les secondes, tellement naturelles dans un monde à ce point éloigné du nôtre. Mais la curiosité que je voudrais satisfaire est moins celle-là que de savoir pourquoi la figure de Mishima est à ce point aimée dans notre milieu, nonobstant ces deux aspects surprenants et inattendus ? C'est véritablement un amour inconditionnel pour cet homme, malgré tout, et surtout pour son côté guerrier, poète... artiste ?

C'est une question intéressante. Par certains côtés, je me la suis posé moi aussi au cours de ces années. J'ai étudié Mishima avec attention. J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver sur lui. Sans prétention, je crois en être devenu, malgré moi, un grand connaisseur. Et je dis malgré moi parce que ça a été une période de ma vie durant laquelle Mishima était devenu une véritable obsession. J'en rêvais la nuit. J'avais vraiment l'impression de pouvoir l'entendre. Et c'est peut-être cette inexplicable magie, cette force d'attraction que Mishima, même après sa mort, est capable d'exercer sur ceux ayant la volonté de le comprendre, qui finalement explique pourquoi notre milieu (souvent trop obtus et trop rigide dans ses jugements et dans ses sympathies) l'a, malgré "tout", accepté sans trop de réserves.

Parlons musique. Sole e Acciaio reprend justement les mêmes thèmes, bien qu'il aborde aussi d'autres sujets. Mais la véritable surprise est stylistique ! Guitares distordues, riffs dont la puissance et la densité n'ont rien à envier à des artistes du calibre de Rammstein. Un style presque rageur, où l'on retrouve quasiment une haine aveugle et violente. Que s'est-il passé ? Pourquoi ce changement et, in fine, es-tu satisfait du résultat obtenu (après une si longue gestation) ? Et puis une petite critique si tu me le permets : pourquoi ne pas avoir sorti le livre et le CD ensemble, je veux dire dans un package unique ? Nous, c'est la première chose qui nous a sauté aux yeux... Même concept, tant au niveau du contenu que du visuel. Ça n'aurait pas été un mauvais choix marketing, tu ne crois pas ?

Commençons par la deuxième partie de la question : nous aussi nous avons eu l'idée d'une commercialisation jumelée. Le graphisme du livre et du CD est volontairement similaires et compatibles. Mais je te dirai même plus : j'ai absolument voulu que le livre soit édité dans un format qui permette à terme que les deux oeuvres soient réunies dans un même coffret. On y parviendra sûrement. Sans doute dans une deuxième phase de promotion du CD. On verra. La réponse à ta question sur le contenu musical du CD, en revanche, part d'une donnée fondamentale : pour Sole e Acciaio j'avais des idées musicales très claires. Contrairement au passé, j'avais déjà à l'esprit ce que devaient être les chansons une fois terminées. Il m'a été très facile de faire comprendre à Fabio Constantinescu (mon fidèle arrangeur !) ce que je voulais comme son. Et puis, comme tu le disais, j'ai voulu aussi une petite pincée de Rammstein... Je suis très satisfait du résultat. Et très content que ça plaise beaucoup à mon public.

Une question à vous partager avec l'Association Lorien - la mémoire de la musique alternative italienne - qui distribue tes oeuvres littéraires et musicales ainsi qu'avec Rupe Tarpea Produzione (7), la maison de disque qui, si je ne me trompe pas, te soutient depuis le départ. Deux structures en pleine croissance et qui ont eu toutes deux l'intelligence et la clairvoyance de miser sur Skoll !
Ce sont les structures dont je me sens le plus proche et à qui je dois le plus. Rtp a littéralement parié sur un chanteur inconnu et qui n'était soutenu par aucune structure politique (aspect très important). Lorien, au cours de ces années, s'est fait un devoir de ne proposer en live que des spectacles d'un niveau hautement professionnel (comme Sole e Acciaio). En faisant les choses bien : parce que les conneries organisées à la va-vite, ça ne nous intéresse pas.
Dis-nous encore deux mots sur ta longue (pour le moins) expérience des concerts, peut-être sur ceux de Paris et de Salò. Et puis passe-moi une curiosité : n'as tu jamais pensé à monter ton propre groupe, en particulier maintenant, vu le son de ton dernier album ?

Qui ne monte pas sur scène disparaît. Et disparaît vite. Si en plus, comme on l'a dit, celui qui monte sur scène est un chanteur comme Skoll, sans aucun parti ni aucun groupe derrière lui, alors ça devient franchement difficile. Durant toutes ces années je me suis toujours efforcé, dans les limites du possible, de ne jamais refuser une demande de concert. J'ai joué pour tout le monde. J'ai joué avec tout le monde. Je suis parti de zéro, de l'anonymat le plus complet et aujourd'hui je peux dire que, dans le milieu de la musique alternative, je suis un auteur qui bouge. Certains ne croient pas en ce que je fais mais (et je pense que c'est ce qui compte) ils connaissent ma musique. D'autres ne m'apprécient pas mais ils connaissent mon nom. C'est très bien comme ça. Tranquillement, un pas après l'autre, les choses se construisent avec du temps et de la patience. Avec la passion et la volonté de ne pas revenir en arrière !

(1) Soleil et Acier - NdT.
(2) http:// www.lorien.it
(3) En français dans le texte - NdT.
(4) MSI : Movimento Sociale Italiano (Mouvement Social Italien). Le grand parti de la Droite radicale italienne de l'après-guerre.
(5) Fronte della Gioventù : Front de la Jeunesse. Organisation des jeunes du M.S.I.
(6) livre-entretien téléchargeable sur le site perimetro.com
(7) http://www.perimetro.com

Entrevue Discographie

270 bis Amici del Vento Aurora Compagnia Dell Anello  Delenda Carthago Hobbit Indole Intolleranza Londinium SPQR Massimo Morsello Non Nobis Domine Skoll Sotto Fascia Semplice Zeta Zero Alfa Lorien Perimetro

France

Québec

Suède

Slovénie

Espagne

Italie

Allemagne