Jean Sévillia

Jean Sévillia est journaliste au Figaro ; ces deux informations ne nous poussaient donc pas à nous intéresser particulièrement à lui, à ses écrits et sa pensée ! Et pourtant, si l'on dépasse un peu tout ça, il ressort que cet auteur développe en fait depuis de nombreuses années une pensée totalement non-conformiste à travers des livres passionnants. Puisque ces livres sont nombreux, nous avons choisi de sélectionner ceux qui nous semblent être les plus emblématiques :


Commençons par "Le terrorisme intellectuel" écrit en 2000 et qui est le premier à se démarquer nettement de la pensée unique, pensée unique qu'il tend justement à combattre. Pour se convaincre de l'importance cruciale de ce livre, il suffit de lire ce qu'en dit l'auteur : "Dans les années 1990, l'idéologie libertaire et l'ultralibéralisme se rejoignaient pour affirmer que le temps des nations, des familles et des religions était terminé. Pendant cinquante ans, les esprits réfractaires à ces positions ont été victimes du terrorisme intellectuel, car ils ont été traités de réactionnaires, de fascistes, de capitalistes, d'impérialistes, de colonialistes, de racistes, de xénophobes, d'obscurantistes ou de partisans de l'ordre moral, même quand ils ont eu raison avant tout le monde. Le terrorisme intellectuel est une mécanique totalitaire." L'idée est séduisante ! Jean Sévillia s'emploie donc ici à démonter avec méthode et efficacité toutes les idées ou idéaux qui sont proclamés depuis des années comme des dogmes intangibles et infaillibles mais qui sont en réalité sujets à maintes critiques ! Tout y passe : la décolonisation, mai 68, le communisme, le primat de l'économie sur le politique, le mythe black-blanc-beur, la comparaison communisme - nazisme ou la sexualité. Voici donc quelques citations particulièrement intéressantes. Par exemple, sur le FN : "Dix fois, cent fois, mille fois, les leaders doivent répéter devant les micros qu'ils refusent tout accord avec Le Pen. Il n'est pas un débat, pas une interview - que ce soit d'un homme politique, d'un comédien ou d'un évêque - ou le journaliste de service ne pose pas la question: comment combattre le Front National. Comme s'il n'y avait pas en France de nécessité plus grave, plus pressante, plus épineuse, comme si le pays vivait sous la menace d'une organisation d'extrême droite toute-puissante, prête au coup d'état. Alors que les lepénistes ne bénéficient du soutien ni de la télévision, ni de la radio, ni de la grande presse, et ne comptent dans leurs rangs aucun intellectuel célèbre, ni écrivain de premier plan, le Front National est présenté comme s'il s'exprimait partout, par tous les canaux possibles. Si ce n'est pas un fantasme, cela y ressemble." Il faut bien avouer que rares sont ceux à avoir cette franchise d'analyse et le propos si clair.


Sur le communisme, c'est tout autant un régal : "En France, tous les efforts sont déployés pour expliquer l'histoire du nazisme. Mais si banalisation il y a des crimes de l'histoire, à notre époque, c'est celle des crimes communistes." […] "Depuis l'après-guerre, le Parti communiste est tranquillement installé au coeur de la vie politique, légitimant l'idée communiste. Georges Marchais avait pu soutenir que le bilan de l'URSS était "globalement positif". Aurait-on permis à un ancien collaborateur d'affirmer que le bilan de l'Allemagne nazie avait été globalement positif ?"

Allez, on ne résiste pas au plaisir de vous en donner une petite dernière, cette fois-ci sur la délinquance : "Dans le domaine de l'insécurité, ceux qui suggèrent qu'il pourrait y avoir une corrélation avec la poussée de l'immigration sont aussitôt étiquetés (racistes, fascistes). Mais le fait est là, même si pèse sur lui un non-dit médiatique de cent mégatonnes. En 1997 une estimation de la Direction centrale des Renseignements généraux identifiait, dans toute la France un échantillon de 724 meneurs de violences urbaines, âgée de 16 a 25 ans. Sur ces 724 délinquants, 48 seulement portaient un nom et un prénom de consonance européenne." poursuivant ainsi : " Mais pour la pensée unique une autre urgence s'impose: traquer le racisme. La mission prioritaire pour la pensée unique: élaborer un "plan de lutte contre le racisme et de la xénophobie". A la télévision, à la radio, dans les journaux, il n'est question que de cela : le racisme latent des français. 99% des citoyens français n'ont jamais croisé de leur vie un skinhead. Sans doute sont-ils aveugles car les médias en voient partout. Cette obsession va jusqu'à la psychose." Quel plaisir de lire ces lignes !!!


Avec son "Historiquement correct" écrit en 2003, Jean Sévillia garde le cap et réussi cette fois-ci à critiquer cette manie qui consiste à "partir du présent pour juger le passé au lieu de le comprendre". Il rappelle des faits oubliés ou dissimulés : la violence et l'intolérance également partagées au temps des guerres de Religion, la haine anticléricale des années 1900, pendant de l'antisémitisme, ou encore l'extrême complexité de la France des années 1940 ou de la guerre d'Algérie… Bien d'autres mythes historiques passent à la moulinette : la féodalité, les croisades, l'Inquisition médiévale, l'Ancien Régime, la Révolution et les Lumières ou bien encore l'abolition de l'esclavage et l'antifascisme…
Le troisième ouvrage clef, écrit en 2005, s'intitule "Quand les catholiques étaient hors la loi". Il tend à rappeler ce que bien peu savent ou alors oublient : de 1901 à 1904, une série de mesures d'exception a restreint le droit des congrégations religieuses et a finit par leur retirer la liberté d'enseigner. 30 000 moines ou sueurs furent contraints à l'exil, 14 000 écoles catholiques fermées et les officiers pratiquants, privés d'avancement !

Si l'on sait que devrait sortir en 2007 son nouvel ouvrage intitulé "Moralement Correct", on peut dire sans hésiter que Jean Sévillia s'est inscrit avec une grande constance dans la dénonciation efficace de la terrible pensée unique. S'affirmant catholique et présenté comme royaliste, il combat donc les clichés et les préjugés intellectuels et historiques sous tous ses aspects, on ne peut que s'en réjouir et attendre avec impatience la sortie de son nouveau brûlot ! A suivre !