Entrevue avec le responsable du projet culturel Italien Perimetro.

Perimetro est une coopérative de notre mouvance qui s'intéresse à tout ce qui concerne l'art "de chez nous", que ce soit la musique alternative (avec Rupe Tarpe Produzioni), l'écriture (Ink) ou encore les arts graphiques et le multimédia (Trifase). Peux-tu nous dire quelques mots sur toi et nous présenter l'ensemble de vos activités ?

Perimetro est né en tant qu'initiative métapolitique en 1994, d'une synthèse entre diverses expériences passées. Le terme "métapolitique" est pour nous très significatif : il représente un champ d'action "noble" qui va au-delà de la politique traditionnelle, en s'étendant largement vers les domaines de l'art, de la culture, de la pensée, vers la création de réalités communautaires et vers celui de l'initiative économique. En substance, la métapolitique est pour nous de la "politique appliquée", une ligne d'action qui nous a conduit au-delà des limites traditionnelles de la politique telle qu'on l'entend communément, en nous permettant en particulier d'éviter le piège mortel de la fragmentation entre les diverses "familles" du milieu.

En fait, je préférerais ne pas trop parler de moi. Je suis un militant, je crois que c'est suffisant. Du reste, je voudrais éviter le risque de la personnalisation, inévitable lorsqu'on lie un nom à une activité, et ça, ça ne devrait pas se faire. C'est nocif et anti-éducatif. Je préférerais que ce soit plutôt l'histoire d'un groupe. Ça me semble avoir d'avantage de sens. Nos lointaines origines se trouvent dans le Fronte della Gioventù (1), branche jeune du MSI (2), des années 80. Nous avons commencé par nous demander pourquoi certaines activités culturelles et métapolitiques demeuraient ignorées. Parce que personne n'avait jamais voulu s'occuper sérieusement d'art et de musique, domaines où l'on sentait qu'il y avait un fort potentiel. Et au lieu de nous lamenter sur le "destin cruel", nous avons décidé que c'était à nous de nous en occuper personnellement. Ainsi naquit DART, la Division Art, qui était une organisation parallèle au FdG. Nous avons commencé par rechercher des gens qui jouaient de la musique, écrivaient ou peignaient, avec la perspective d'offrir un support stable à ce type d'activités. C'était l'époque d'Intolleranza, un groupe qui, même si ça n'a duré qu'une brève saison, a su tirer Rome de sa torpeur. Au fur et à mesure que nous avancions en âge, beaucoup d'entre nous laissèrent tomber le FdG, d'autres y demeurèrent, et sur cette base naquit un fort sentiment de "TRANSVERSALITÉ" : être ou pas membre d'un groupe politique, de l'un plutôt que de l'autre, ne devait pas être un problème... Notre but était AU-DELÀ, il était métapolitique. En 1990, la DART s'autodissout. Quelques années après, en 1994, naît Perimetro, qui doit certainement beaucoup à cette expérience, en particulier dans le fait d'avoir identifié toute une série d'erreurs à éviter et de poursuivre des objectifs extrêmement concrets : nous désirions mettre un frein à la dispersion des talents et des énergies dans le domaine métapolitique et nous avons tout mis en oeuvre pour qu'au contraire ces énergies interagissent entre elles et "fassent fleurir la Terre". Le tout hors de toute appartenance politique précise, qui nous ne nous intéresse pas autrement qu'à titre individuel (et dans ce domaine nous sommes très ouverts). Perimetro est un lieu de travail. Perimetro est une Unité Impériale.

Pour en venir à la structure même de Perimetro, disons que c'est la maison-mère qui tourne autour du site www.perimetro.com. Puis il y a Rupe Tarpea (plus vieille d'un an, 1993) qui est le label discographique et le laboratoire d'étude pour tout ce qui concerne la musique. Trifase est un secteur vidéo-graphique qui s'occupe d'édition et plus récemment de la production de vidéos. Trifase a produit diverses couvertures de CD, des livres, des posters, elle a créé des logos et des marques, et enfin plusieurs vidéos. Ink est un secteur dédié au développement de la "belle écriture", dont malheureusement le manque se fait tant sentir dans notre milieu... Par "belle écriture", nous entendons tant la forme que les contenus, évidemment...

Quelles difficultés avez-vous rencontré dans la création et le développement de votre entreprise ?

Plus que tout, au début, le manque de moyens financiers. Nous avons toujours préféré nous autofinancer ce qui a entraîné une croissance très lente. Ensuite, le problème de "l'amateurisme" de l'approche, dont nous sommes lentement en train de nous libérer. Il faut dire que pour atteindre certains niveaux, il faut dépasser le stade du hobby, stade dans lequel nous étions immergés jusqu'à peu et qui souvent a marqué une limite de croissance évidente dans nos initiatives. Aujourd'hui, nous devons nous imposer des niveaux de qualité toujours plus hauts dans tous les domaines : pour ce faire il faut consacrer beaucoup de temps à ces initiatives, et le temps, malheureusement, est une denrée rare...

En évoquant le passage nécessaire du niveau amateur à une qualité professionnelle, tu viens d'aborder un sujet sensible, du moins en France. Certains, dans nos milieux, acceptent mal en effet la "professionnalisation" de ce type d'activité qui, à leurs yeux, devrait rester bénévole, d'où parfois des accusations d' "esprit mercantile" ou de "se faire de l'argent sur le dos des camarades". Ce débat existe-t-il en Italie ? Désormais, doit-on nécessairement devenir professionnel pour atteindre une qualité professionnelle ?

Il est légitime que l'on soit suspecté. Cependant, même si ça part d'une raison noble, et même si "ce qui se fait pour la cause doit être totalement désintéressé", l'idée que les activités politiques ne doivent pas être financées par une honnête activité économique conduite au grand jour est une erreur. La politique COÛTE. La métapolitique COÛTE TOUT AUTANT sinon plus : ou bien c'est nous qui la finançons, ou bien c'est une catastrophe.

Peut-être dois-je rappeler l'exemple de Léon Degrelle qui remplissait des théâtres entiers en faisant payer le billet d'entrée afin de financer le Rex ? Mais c'est Codreanu qui a le mieux structuré la chose en concevant l'Economie Légionnaire. C'est un discours actuel, comme bien des choses chez Codreanu : nous devons bâtir NOTRE ECONOMIE, avec nos outils, nos structures, nos produits et peut-être surtout avec nos propres lois économiques (et ça c'est beaucoup plus difficile) afin que ce soit avant tout à nous-mêmes que la circulation d'argent apporte de l'oxygène. Attention ! Il ne s'agit absolument pas d'un discours commercial. Il s'agit d'une exigence !! L'exemple des maisons de disques est évidente : le militant, en achetant un disque militant, finance sa propre contre-culture. Cela doit être clair.

Je crois que ce discours peut être accepté, non ? Le risque existe toutefois que quelque âme animée d'intentions moins nobles que les nôtres récupère ce discours à des fins de lucre. Et bien, la différence finira par se voir. Le style ne s'invente pas et CELUI QUI SAIT, CELUI QUI VEUT VRAIMENT SAVOIR ne met pas longtemps à comprendre qui poursuit des intérêts personnels et qui est désintéressé. Ça se voit à mille détails, par l'absence de STYLE. Ceci étant précisé - et à condition que ce soit fait avec la pureté d'une âme militante et dans le cadre d'une Economie Légionnaire - je soutiens fermement que la musique, comme l'ont fait les livres-librairies-maisons d'édition ainsi que certaines revues, peut générer de véritables emplois. Peu sans doute, parce que, il ne faut pas se bercer d'illusions, les chiffres sont très bas. Travailler pour nous-mêmes et pour la Cité du Soleil : un rêve ! Travaillons pour en faire une réalité, pour tous. Libérons-nous.

En ce qui concerne la qualité professionnelle, et bien moins l'on improvise et mieux c'est, pas vrai ? Et surtout, pour atteindre un certain niveau il faut du temps, il faut des connaissances techniques... faites vos comptes...

On n'imagine pas toujours le temps que peut prendre la sortie d'un disque. Comment se passe la production et la diffusion d'un CD ? Combien d'albums a produit la RTP ?

La gestation d'un CD peut être plus ou moins longue, cela dépend de l'artiste. Dans certains cas, ça peut prendre jusqu'à deux ans de travail. On dit aussi que les choses très réfléchies quelquefois sont les meilleures, mais ce n'est pas toujours le cas. Pour produire un CD ? Il faut partir du groupe, lequel doit connaître son affaire. Puis il faut le conseiller, parfois sur les textes, parfois sur les arrangements, en particulier si le groupe en est à ses débuts. Par conséquent, il y a le travail en studio d'enregistrement qui s'achève avec certaines phases fondamentales : le mixage - le facteur qui souvent fait la différence - et la post-production, ou encore les opérations d'optimisation, de réglage du volume, de normalisation… mais aussi l'équalisage et les compressions là où c'est nécessaire, afin de donner à des sons disparates une texture sonore commune. Ce sont des opérations qui se font une fois le mixage achevé, pour avoir un son riche et plein. Ensuite viennent les opérations de réalisation du graphisme et d'impression, qui ont aussi leur importance.

La diffusion ? Disons qu'il y a plusieurs années nous sommes partis des réflexions suivantes : Notre désir comme celui des musiciens est de faire parvenir les sons identitaires au monde, à tout le monde et pas seulement aux gens "de chez nous", mais travailler exclusivement dans cette direction - même en consacrant à ce but une grande énergie - aurait été présomptueux et contre-productif sans que se soit auparavant développée une culture musicale et de communication appropriée ainsi qu'un "following" adéquat chez "les nôtres". Par conséquent nous avons conçu notre croissance en deux temps : tout d'abord consolider l'intérêt pour la musique et la culture musicale de notre milieu pour ensuite, dans un second temps, grâce à la rampe de lancement constituée par une clientèle fidélisée, imposer nos productions au grand public. En d'autres termes, cela fait des années que nous travaillons à ce qu'un nombre toujours plus important de camarades écoutent de la musique. Si cette croissance demeure constante, nous parviendrons à un point où nos productions ne pourront plus être ignorées. En Italie, on est en train d'y arriver lentement et déjà, dans certains cas, il semble qu'il y ait des groupes prêts pour "s'adresser au plus grand nombre"... C'est un lent cheminement qui demande une grande constance...

Les productions ? Nous en sommes à 38 produits dont 21 CD "full length"... Beaucoup nous ont apporté de grandes satisfactions : Massimo Morsello, Londinium SPQR, Zetazeroalfa, Hobbit, Hyperborea, Intolleranza. D'autres sont en train de se faire : Aurora, Innato Senso di Allergia, Skoll...

Outre RTP, la musique identitaire italienne peut s'appuyer également sur d'autres labels et organisations comme notamment Musicazione et Lorien, Des collaborations existent-elles avec ces structures ?

Effectivement, il y a différentes initiatives intéressantes en Italie... Musicazione comprend également des membres de Perimetro, par conséquent les rapports sont excellents. Le travail de Musicazione concerne essentiellement la distribution et la diffusion. Concernant Lorien, je dirais que là aussi les rapports sont plutôt bons, dans le passé nous leur avons fourni divers documents historiques. Je dirais que nous avons une approche différente, ce qui nous intéresse c'est l'avenir alors que, compte tenu de sa structure, Lorien donne la priorité à la mémoire historique... Mais au final c'est une bonne chose parce qu'ainsi on couvre la totalité, non ?

Dans toute l'Europe, la musique alternative est en plein développement. Que penses-tu de cet essor, des différents groupes et comment vois-tu son avenir ? Selon toi, dans quel sens devrait-elle s'orienter pour constituer une réelle scène identitaire européenne, homogène et coordonnée ?

Je pense moi aussi que quelque chose est en train de bouger depuis quelques années dans ce domaine... Pour l'heure je note une grande harmonie entre les pays latins, le triangle Italie-France-Espagne, mais également des initiatives telles qu'IDM en Allemagne ou Phalanx en Pologne. Chaque pays a sa propre approche, toutefois il me paraît important que d'une certaine façon se maintienne le concept commun d'une musique délivrant un message positif d'affirmation identitaire. Je pense que le meilleur moyen de donner à notre scène une plus grande homogénéité, ce sont les compilations internationales, les splits entre groupes de deux pays différents, accepter le risque de distribuer des quantités significatives de CD étrangers, ou même de sortir des "éditions locales" de certains produits, ainsi que nous l'avons fait pour Ile de France ici en Italie... Je pense en définitive qu'il est nécessaire que les divers publics "nationaux" s'intéressent progressivement de plus en plus aux scènes "soeurs"...

Justement, la RTP a produit le split Panique médiatique avec Ile de France et ZZA. Un split Fraction/HKL vient de sortir. Penses-tu que ce type d'initiatives devrait se multiplier pour créer une véritable conscience musicale identitaire au niveau européen ?

Exactement, on se comprend parfaitement. Le fait de présenter la musique de deux ou plusieurs pays est un mécanisme simple mais efficace. À ce sujet, nous sommes en train de travailler à une compilation de ska et assimilé qui s'appellera "Skadafascio" et qui sera plus ou moins moitié en italien, moitié en français. J'ajouterai aux initiatives similaires que nous avons produites le split entre Terre di Mezzo et Bobby Pearse, les volumes de la série Vox Europa ou encore Hyperborea chantant en espagnol...

De quelle liberté disposent les groupes alternatifs italiens dans l'organisation de concerts ? Est-ce moins difficile qu'en France, vu le nombre hallucinant de concerts par an, tous groupes confondus ?

La scène italienne est indéniablement plus large. Les occasions de concerts sont très variées, de la fête pour un ami jusqu'à l'évènement culturel organisé par la commune. C'est pour ça que dans certains cas, plutôt que de véritables problèmes, qui existent mais que nous surmontons habituellement, la difficulté réside surtout dans le fait de trouver un endroit adapté. En somme, il y a une certaine liberté, et s'il n'y en a pas, elle y est quand même... il y a aussi le fait qu'entre groupes "identitaires" et skinhead ou RAC, on peut dire qu'il y a souvent de bons rapports ce qui permet de multiplier les occasions.

En parlant de concerts, on a vu déjà l'organisation de concerts franco-italiens en Italie. À quand la même chose de l'autre côté des Alpes ?

Et bien cela dépend de nos amis français ! ! ! Il existe indubitablement un excellent feeling avec la scène française. Sont venus jouer en Italie Brixia, Fraction, Ile De France, In Memoriam, Elendil. Nous, on a fait notre part de boulot, et ce n'est pas fini !!!

Il existe un débat, au sein du milieu musical identitaire, entre les partisans d'une diffusion maximale de notre musique, en particulier par la copie des CD et la multiplication des mp3 sur le net, et ceux qui estiment que "la copie tue le Rock Identitaire" et qui disent "non à la gravure des CD du milieu". Guido Giraudo de l'association Lorien et Sinevox de ZetaZeroAlfa se sont déjà exprimés sur ce sujet. Quelle est ta position ?

C'est une excellente question. Il faut avoir du phénomène une vision globale. Sur le papier les nouvelles technologies, en particulier l'avènement de la gravure et la diffusion de mp3 sur le net, pourraient être une fabuleuse occasion de diffusion vers ce que l'on appelle "l'extérieur". Mais, je te le demande, est-ce réellement le cas ? Ou plus exactement, l'effet immédiat ne serait-il pas de réduire l'espace disponible à l'intérieur de notre milieu ?

Je m'explique mieux : jusqu'à aujourd'hui il y a eu un fort réflexe militant pour acquérir le CD "politique". Ça a objectivement permis une croissance importante : nombre de CD plus élevé = meilleure qualité. La naissance des labels du milieu a été l'un des pas décisifs des années 90. Avoir un label, mais un vrai label, qui finance la production, soigne l'image et la diffusion des groupes, qui réédite et maintient en circulation durant des années les produits qui le méritent, qui écrit aux revues, qui se rend dans les festivals de musique indépendante etc a été un pas décisif qui n'a été possible que grâce à l'existence d'un public militant qui a financé tout cela en achetant les disques. Comment pourrions-nous autrement envisager de payer par exemple les frais d'enregistrement qui vont de 2 000 à 5 000 euros par disque ? À présent, si compte tenu de la consolidation d'une scène estampillée "identitaire" nous nous mettions à penser "business", nous ne pourrions qu'horrifier tout le monde, mais là, ne nous voilons pas la face, nous parlons de labels militants, ceux qui se reconnaissent à un kilomètre à la ronde par la qualité du son, du graphisme, par le coût de la moindre sortie.

Et si à présent le mécanisme qui a permis aux labels d'exister et de se consolider entre en crise ? ? ? N'y a-t-il pas un sérieux risque culturel à accepter la diffusion incontrôlée des mp3 ? ? ? Ne risquons-nous pas de perdre ce fondement de l'économie légionnaire - pour reprendre l'expression de Codreanu - qui faisait de l'achat de notre musique un petit geste sacré ? Ne risquons-nous pas que ces nouvelles générations, que nos nouvelles générations, perdent complètement de vue le sens de bâtir quelque chose s'ils trouvent tout et tout de suite à domicile ? ? ? Moi je dis faisons très attention.

C'est pour cela qu'il faut apprendre à évaluer nos moyens : graver les CD du milieu ? C'est fondamentalement une erreur, à moins qu'il ne s'agisse de CD qui ne sont plus produits ou, s'ils sont nouveaux, qu'on a ensuite l'intention d'acheter. Parce que l'achat - je le répéterai tant que j'aurai un souffle de voix - EST UN ACTE MILITANT irremplaçable. Et qu'on ne vienne pas me dire que les CD gravés ne tournent pas ensuite largement au sein de notre milieu...

Le mp3, c'est déjà mieux. Le mp3 en ligne peut faire beaucoup plus. Mais là aussi, il faut un minimum de réglementation. À moins que ce ne soit pas un acte politique pour celui qui décide d'offrir le CD, on ne peut pas mettre tous les morceaux d'un CD en ligne. Ça n'a pas de sens. Et même, c'est anti-éducatif, parce que ça désapprend la notion de militantisme. Je dirais qu'on ne devrait trouver on line qu'un tiers au maximum des chansons d'un CD, autant que possible les meilleures, mais pas l'album complet. Sinon qui va leur expliquer, aux nouvelles générations, que la musique qu'elles écoutent est le fruit d'un sacrifice ?

Exception faite pour le "peer to peer" Napster, WinMX, Audiogalaxy etc. Là il n'y a pas grand-chose à faire, c'est un flot qu'on ne peut endiguer...

Mais à tous, je souhaite rappeler que notre musique doit passer au stade supérieur, et pour cela il faut implanter une solide ÉCONOMIE LÉGIONNAIRE, et l'achat d'un CD doit être assimilé en tant qu'ACTE POLITIQUE avant d'être culturel. Parce qu'après tout, ça se réduit à un problème de culture personnelle. On ne peut arrêter le changement. Mais cette culture, on peut toujours là construire, et même, il faut la construire.

Évitons, emportés par l'enthousiasme pour les nouveaux moyens, d'être anti-éducatif et maintenons même dans ces petits gestes une CULTURE DU MILITANTISME.

La musique alternative et le rock identitaire italiens semblent commencer à sortir (timidement) du ghetto : Concert du Ventennale de Monza, Skoll se produisant en compagnie du célèbre chanteur Gatto Panceri devant 5 000 personnes, hors de notre milieu, comptes-rendus des albums de ZZA et de l'activité de Perimetro par des sites musicaux "généralistes" (Rock.it, In the City). Est-ce un début de "normalisation" des relations entre "nous" et "l'extérieur" ?

Je dois dire que l'expression "sortir du ghetto" ne m'a jamais beaucoup plu. Parce qu'est dans le ghetto celui qui a envie d'y être : pour notre part, forts d'une Tradition millénaire, nous pensons que ce sont au contraire les autres qui sont dans le faux, qui sont complètement privés de points de référence autres que l'argent, les distractions, les drogues, le sexe facile.

C'est nous qui sommes chanceux d'avoir abordé les "Terres Fermes de la Tradition", les autres se limitent à avoir envie et à travailler pour un pouvoir qui en est de moins en moins un et pour une survie toujours plus difficile... Donc effectivement, sans trop s'arrêter aux mots, "nous sommes en train de sortir", et c'est le fruit d'une part d'une prise de conscience de notre force, qui est avant tout une force morale, d'autre part d'un travail lent et constant. Parmi les autres signes moins marquants, je voudrais rappeler les nombreuses collaborations avec les institutions, surtout au niveau local, pour des concerts et des initiatives culturelles, mais également le nombre croissant de comptes rendus dont nos disques font l'objet dans les journaux "officiels" et les revues musicales...

N'y a-t-il pas un effort de sensibilisation voire de formation à entreprendre afin que chaque auditeur de musique alternative/ rock identitaire ne se contente pas d'être un "consommateur" mais devienne un véritable militant diffusant notre musique à son niveau ?

C'est tout à fait exact. En Italie, cette conscience existe déjà, mais il faudrait la développer. Nous devrions prendre des initiatives qui visent larges pour permettre une plus grande implication des militants. Je considère les compilations "Bleu Blanc Rock" et "Antimondial" produites par B.B.R. comme d'excellentes pistes à suivre. Le CD est le tract moderne, et les militants doivent y avoir l'accès le plus large. À ce sujet, nous avons entrepris une politique de rabais militants qui remporte un certain succès. À partir de 10 CD - y compris les compiles - présents sur notre catalogue, nous pratiquons une remise de 30 %. À partir de 20, 40 %. Résultat : dans de nombreuses villes, particulièrement en province, les militants s'organisent pour effectuer des achats groupés. Ça fonctionne, ça sensibilise le militant et ça enraye le phénomène du piratage...

Outre la musique n'y a-t-il pas d'autres véhicules pour faire passer des idées, des sensations, des sentiments ? Je pense surtout à la puissance phénoménale des images (vidéos, dessins, BD, peinture). N'avons-nous pas des lacunes dans ce domaine ? Quelles initiatives pourraient être prises ?

Certainement. Perimetro s'occupe également de ça... Le fait est que dessins et images sont des domaines qui exigent un travail constant, tant au niveau de la "recherche" (donner une "touche" caractéristiques aux dessins et images qui proviennent d'une production militante) que de la diffusion de la connaissance des résultats... Ici aussi, Internet pourrait être précieux. Je dirais qu'une première étape pourrait consister à recenser les artistes au niveau européen pour ensuite diffuser leurs oeuvres. Connaître et faire connaître. Par exemple, au niveau expérimental, je ne peux pas ne pas citer la revue "Montag" [cf l'interview de ZetaZeroAlfa - NdT] qui est un véritable petit laboratoire graphique. Et puis il faut commencer à regarder devant, on ne peut plus continuer à recopier sans cesse le même art (très beau) des années 30...

Toi-même, tu as déclaré : "Pour agir dans la société, il faut savoir communiquer". Là encore, que devrait-on faire ?

J'ai toujours tendance à raisonner par étapes, j'aime beaucoup le mot "parcours". Si j'imagine un "Z", beau et lointain, et que moi je me trouve au "A", je cherche avant tout à imaginer le "B", puis le "C" et ainsi de suite... Si je parviens à faire cela, c'est facile : je peux avancer du "A" au "B" jusqu'au "Z". Si je n'imagine pas ou si je ne sais pas imaginer ce parcours, je pourrai seulement m'agiter confusément sans but… (ou pire, avec une faux but que je me serai inventé).

Concernant la communication, et bien avant tout, je crois qu'il faut une prise de conscience précise de qui nous sommes.

De là, le second point qui est de nous connaître et de nous respecter, même dans les divergences, même si c'est difficile. Si, par conséquent, nous acceptons qu'il y ait des territoires comme l'art, la culture, la communication qui sont les PATRIMOINES COMMUNS d'un milieu, nous verrons que dans ces domaines s'ouvriront des possibilités d'interactions bien supérieures à chacune des limites d'appartenance.

Donc selon moi, avant de se demander comme Lénine "Que faire ?", il y a deux présupposés fondamentaux : conscience de soi-même et de sa propre mission Traditionnelle, et "voir grand", chose pour laquelle il faut vaincre les petites mesquineries personnelles ou générales.

Cela dit (et à mon avis nous sommes loin de l'un comme de l'autre) tout reste à construire : centres d'informations alternatives, sites web spécialisés avec des mises à jour très fréquentes, banques de données de textes/audio/vidéos... Organiser la contre-culture.

L'Internet revêt une importance capitale, il est au coeur de ce raisonnement, et malheureusement je dois dire que "notre milieu" en fait un usage erroné. On voit même dans l'Internet une espèce de téléphone en plus commode - un intranet - alors qu'il s'agit au contraire de la nouvelle place publique, de l'agora télématique. Si tu es sur Internet, tu es sur la place publique, nous devons encore parvenir à bien comprendre ce concept…

Quels sont les projets de Perimetro pour l'avenir ?

Nous venons de rénover notre site www.perimetro.com avec une architecture dite "dynamique" qui permet des mises à jour très rapides. Nous collaborons régulièrement avec des journaux et revues, afin d'améliorer la diffusion de ce que nous faisons. Et puis il y'a les initiatives musicales habituelles, surtout les disques et quelques rares concerts... Cette année nous fêtons les dix ans de Rupe Tarpe, ça ne me déplairait pas d'organiser quelque chose de significatif au niveau des concerts...

Le mot de la fin ?

Merci pour l'entrevue et un salut à tous nos camarades français. Notre Europe est plus forte que la leur, mais nous devons y travailler chaque heure, chaque minute...

 

(1) Front de la Jeunesse.
(2) Movimento Sociale Italiano - LE parti "néo-fasciste" de l'après-guerre jusqu'à sa transformation en Alleanza Nazionale par Gianfranco Fini en 1994.


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