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Perimetro
est une coopérative de notre mouvance qui s'intéresse
à tout ce qui concerne l'art "de chez nous",
que ce soit la musique alternative (avec Rupe Tarpe Produzioni),
l'écriture (Ink) ou encore les arts graphiques et le multimédia
(Trifase). Peux-tu nous dire quelques mots sur toi et nous présenter
l'ensemble de vos activités ?
Perimetro est né
en tant qu'initiative métapolitique en 1994, d'une synthèse
entre diverses expériences passées. Le terme "métapolitique"
est pour nous très significatif : il représente
un champ d'action "noble" qui va au-delà de
la politique traditionnelle, en s'étendant largement vers
les domaines de l'art, de la culture, de la pensée, vers
la création de réalités communautaires et
vers celui de l'initiative économique. En substance, la
métapolitique est pour nous de la "politique appliquée",
une ligne d'action qui nous a conduit au-delà des limites
traditionnelles de la politique telle qu'on l'entend communément,
en nous permettant en particulier d'éviter le piège
mortel de la fragmentation entre les diverses "familles"
du milieu.
En fait, je préférerais
ne pas trop parler de moi. Je suis un militant, je crois que
c'est suffisant. Du reste, je voudrais éviter le risque
de la personnalisation, inévitable lorsqu'on lie un nom
à une activité, et ça, ça ne devrait
pas se faire. C'est nocif et anti-éducatif. Je préférerais
que ce soit plutôt l'histoire d'un groupe. Ça me
semble avoir d'avantage de sens. Nos lointaines origines se trouvent
dans le Fronte della Gioventù (1), branche jeune du MSI
(2), des années 80. Nous avons commencé par nous
demander pourquoi certaines activités culturelles et métapolitiques
demeuraient ignorées. Parce que personne n'avait jamais
voulu s'occuper sérieusement d'art et de musique, domaines
où l'on sentait qu'il y avait un fort potentiel. Et au
lieu de nous lamenter sur le "destin cruel", nous avons
décidé que c'était à nous de nous
en occuper personnellement. Ainsi naquit DART, la Division Art,
qui était une organisation parallèle au FdG. Nous
avons commencé par rechercher des gens qui jouaient de
la musique, écrivaient ou peignaient, avec la perspective
d'offrir un support stable à ce type d'activités.
C'était l'époque d'Intolleranza, un groupe qui,
même si ça n'a duré qu'une brève saison,
a su tirer Rome de sa torpeur. Au fur et à mesure que
nous avancions en âge, beaucoup d'entre nous laissèrent
tomber le FdG, d'autres y demeurèrent, et sur cette base
naquit un fort sentiment de "TRANSVERSALITÉ"
: être ou pas membre d'un groupe politique, de l'un plutôt
que de l'autre, ne devait pas être un problème...
Notre but était AU-DELÀ, il était métapolitique.
En 1990, la DART s'autodissout. Quelques années après,
en 1994, naît Perimetro, qui doit certainement beaucoup
à cette expérience, en particulier dans le fait
d'avoir identifié toute une série d'erreurs à
éviter et de poursuivre des objectifs extrêmement
concrets : nous désirions mettre un frein à la
dispersion des talents et des énergies dans le domaine
métapolitique et nous avons tout mis en oeuvre pour qu'au
contraire ces énergies interagissent entre elles et "fassent
fleurir la Terre". Le tout hors de toute appartenance politique
précise, qui nous ne nous intéresse pas autrement
qu'à titre individuel (et dans ce domaine nous sommes
très ouverts). Perimetro est un lieu de travail. Perimetro
est une Unité Impériale.
Pour en venir à
la structure même de Perimetro, disons que c'est la maison-mère
qui tourne autour du site www.perimetro.com.
Puis il y a Rupe Tarpea (plus vieille d'un an, 1993) qui est
le label discographique et le laboratoire d'étude pour
tout ce qui concerne la musique. Trifase est un secteur vidéo-graphique
qui s'occupe d'édition et plus récemment de la
production de vidéos. Trifase a produit diverses couvertures
de CD, des livres, des posters, elle a créé des
logos et des marques, et enfin plusieurs vidéos. Ink est
un secteur dédié au développement de la
"belle écriture", dont malheureusement le manque
se fait tant sentir dans notre milieu... Par "belle écriture",
nous entendons tant la forme que les contenus, évidemment...
Quelles
difficultés avez-vous rencontré dans la création
et le développement de votre entreprise ?
Plus que tout, au début,
le manque de moyens financiers. Nous avons toujours préféré
nous autofinancer ce qui a entraîné une croissance
très lente. Ensuite, le problème de "l'amateurisme"
de l'approche, dont nous sommes lentement en train de nous libérer.
Il faut dire que pour atteindre certains niveaux, il faut dépasser
le stade du hobby, stade dans lequel nous étions immergés
jusqu'à peu et qui souvent a marqué une limite
de croissance évidente dans nos initiatives. Aujourd'hui,
nous devons nous imposer des niveaux de qualité toujours
plus hauts dans tous les domaines : pour ce faire il faut consacrer
beaucoup de temps à ces initiatives, et le temps, malheureusement,
est une denrée rare...
En
évoquant le passage nécessaire du niveau amateur
à une qualité professionnelle, tu viens d'aborder
un sujet sensible, du moins en France. Certains, dans nos milieux,
acceptent mal en effet la "professionnalisation" de
ce type d'activité qui, à leurs yeux, devrait rester
bénévole, d'où parfois des accusations d'
"esprit mercantile" ou de "se faire de l'argent
sur le dos des camarades". Ce débat existe-t-il en
Italie ? Désormais, doit-on nécessairement devenir
professionnel pour atteindre une qualité professionnelle
?
Il est légitime
que l'on soit suspecté. Cependant, même si ça
part d'une raison noble, et même si "ce qui se fait
pour la cause doit être totalement désintéressé",
l'idée que les activités politiques ne doivent
pas être financées par une honnête activité
économique conduite au grand jour est une erreur. La politique
COÛTE. La métapolitique COÛTE TOUT AUTANT
sinon plus : ou bien c'est nous qui la finançons, ou bien
c'est une catastrophe.
Peut-être dois-je
rappeler l'exemple de Léon Degrelle qui remplissait des
théâtres entiers en faisant payer le billet d'entrée
afin de financer le Rex ? Mais c'est Codreanu qui a le mieux
structuré la chose en concevant l'Economie Légionnaire.
C'est un discours actuel, comme bien des choses chez Codreanu
: nous devons bâtir NOTRE ECONOMIE, avec nos outils, nos
structures, nos produits et peut-être surtout avec nos
propres lois économiques (et ça c'est beaucoup
plus difficile) afin que ce soit avant tout à nous-mêmes
que la circulation d'argent apporte de l'oxygène. Attention
! Il ne s'agit absolument pas d'un discours commercial. Il s'agit
d'une exigence !! L'exemple des maisons de disques est évidente
: le militant, en achetant un disque militant, finance sa propre
contre-culture. Cela doit être clair.
Je crois que ce discours
peut être accepté, non ? Le risque existe toutefois
que quelque âme animée d'intentions moins nobles
que les nôtres récupère ce discours à
des fins de lucre. Et bien, la différence finira par se
voir. Le style ne s'invente pas et CELUI QUI SAIT, CELUI QUI
VEUT VRAIMENT SAVOIR ne met pas longtemps à comprendre
qui poursuit des intérêts personnels et qui est
désintéressé. Ça se voit à
mille détails, par l'absence de STYLE. Ceci étant
précisé - et à condition que ce soit fait
avec la pureté d'une âme militante et dans le cadre
d'une Economie Légionnaire - je soutiens fermement que
la musique, comme l'ont fait les livres-librairies-maisons d'édition
ainsi que certaines revues, peut générer de véritables
emplois. Peu sans doute, parce que, il ne faut pas se bercer
d'illusions, les chiffres sont très bas. Travailler pour
nous-mêmes et pour la Cité du Soleil : un rêve
! Travaillons pour en faire une réalité, pour tous.
Libérons-nous.
En ce qui concerne la
qualité professionnelle, et bien moins l'on improvise
et mieux c'est, pas vrai ? Et surtout, pour atteindre un certain
niveau il faut du temps, il faut des connaissances techniques...
faites vos comptes...
On
n'imagine pas toujours le temps que peut prendre la sortie d'un
disque. Comment se passe la production et la diffusion d'un CD
? Combien d'albums a produit la RTP ?
La gestation d'un CD peut
être plus ou moins longue, cela dépend de l'artiste.
Dans certains cas, ça peut prendre jusqu'à deux
ans de travail. On dit aussi que les choses très réfléchies
quelquefois sont les meilleures, mais ce n'est pas toujours le
cas. Pour produire un CD ? Il faut partir du groupe, lequel doit
connaître son affaire. Puis il faut le conseiller, parfois
sur les textes, parfois sur les arrangements, en particulier
si le groupe en est à ses débuts. Par conséquent,
il y a le travail en studio d'enregistrement qui s'achève
avec certaines phases fondamentales : le mixage - le facteur
qui souvent fait la différence - et la post-production,
ou encore les opérations d'optimisation, de réglage
du volume, de normalisation
mais aussi l'équalisage
et les compressions là où c'est nécessaire,
afin de donner à des sons disparates une texture sonore
commune. Ce sont des opérations qui se font une fois le
mixage achevé, pour avoir un son riche et plein. Ensuite
viennent les opérations de réalisation du graphisme
et d'impression, qui ont aussi leur importance.
La diffusion ? Disons
qu'il y a plusieurs années nous sommes partis des réflexions
suivantes : Notre désir comme celui des musiciens est
de faire parvenir les sons identitaires au monde, à tout
le monde et pas seulement aux gens "de chez nous",
mais travailler exclusivement dans cette direction - même
en consacrant à ce but une grande énergie - aurait
été présomptueux et contre-productif sans
que se soit auparavant développée une culture musicale
et de communication appropriée ainsi qu'un "following"
adéquat chez "les nôtres". Par conséquent
nous avons conçu notre croissance en deux temps : tout
d'abord consolider l'intérêt pour la musique et
la culture musicale de notre milieu pour ensuite, dans un second
temps, grâce à la rampe de lancement constituée
par une clientèle fidélisée, imposer nos
productions au grand public. En d'autres termes, cela fait des
années que nous travaillons à ce qu'un nombre toujours
plus important de camarades écoutent de la musique. Si
cette croissance demeure constante, nous parviendrons à
un point où nos productions ne pourront plus être
ignorées. En Italie, on est en train d'y arriver lentement
et déjà, dans certains cas, il semble qu'il y ait
des groupes prêts pour "s'adresser au plus grand nombre"...
C'est un lent cheminement qui demande une grande constance...
Les productions ? Nous
en sommes à 38 produits dont 21 CD "full length"...
Beaucoup nous ont apporté de grandes satisfactions : Massimo
Morsello, Londinium SPQR, Zetazeroalfa, Hobbit, Hyperborea, Intolleranza.
D'autres sont en train de se faire : Aurora, Innato Senso di
Allergia, Skoll...
Outre
RTP, la musique identitaire italienne peut s'appuyer également
sur d'autres labels et organisations comme notamment Musicazione
et Lorien, Des collaborations existent-elles avec ces structures
?
Effectivement, il y a
différentes initiatives intéressantes en Italie...
Musicazione comprend également des membres de Perimetro,
par conséquent les rapports sont excellents. Le travail
de Musicazione concerne essentiellement la distribution et la
diffusion. Concernant Lorien, je dirais que là aussi les
rapports sont plutôt bons, dans le passé nous leur
avons fourni divers documents historiques. Je dirais que nous
avons une approche différente, ce qui nous intéresse
c'est l'avenir alors que, compte tenu de sa structure, Lorien
donne la priorité à la mémoire historique...
Mais au final c'est une bonne chose parce qu'ainsi on couvre
la totalité, non ?
Dans
toute l'Europe, la musique alternative est en plein développement.
Que penses-tu de cet essor, des différents groupes et
comment vois-tu son avenir ? Selon toi, dans quel sens devrait-elle
s'orienter pour constituer une réelle scène identitaire
européenne, homogène et coordonnée ?
Je pense moi aussi que
quelque chose est en train de bouger depuis quelques années
dans ce domaine... Pour l'heure je note une grande harmonie entre
les pays latins, le triangle Italie-France-Espagne, mais également
des initiatives telles qu'IDM en Allemagne ou Phalanx en Pologne.
Chaque pays a sa propre approche, toutefois il me paraît
important que d'une certaine façon se maintienne le concept
commun d'une musique délivrant un message positif d'affirmation
identitaire. Je pense que le meilleur moyen de donner à
notre scène une plus grande homogénéité,
ce sont les compilations internationales, les splits entre groupes
de deux pays différents, accepter le risque de distribuer
des quantités significatives de CD étrangers, ou
même de sortir des "éditions locales"
de certains produits, ainsi que nous l'avons fait pour Ile de
France ici en Italie... Je pense en définitive qu'il est
nécessaire que les divers publics "nationaux"
s'intéressent progressivement de plus en plus aux scènes
"soeurs"...
Justement,
la RTP a produit le split Panique médiatique avec Ile
de France et ZZA. Un split Fraction/HKL vient de sortir. Penses-tu
que ce type d'initiatives devrait se multiplier pour créer
une véritable conscience musicale identitaire au niveau
européen ?
Exactement, on se comprend
parfaitement. Le fait de présenter la musique de deux
ou plusieurs pays est un mécanisme simple mais efficace.
À ce sujet, nous sommes en train de travailler à
une compilation de ska et assimilé qui s'appellera "Skadafascio"
et qui sera plus ou moins moitié en italien, moitié
en français. J'ajouterai aux initiatives similaires que
nous avons produites le split entre Terre di Mezzo et Bobby Pearse,
les volumes de la série Vox Europa ou encore Hyperborea
chantant en espagnol...
De
quelle liberté disposent les groupes alternatifs italiens
dans l'organisation de concerts ? Est-ce moins difficile qu'en
France, vu le nombre hallucinant de concerts par an, tous groupes
confondus ?
La scène italienne
est indéniablement plus large. Les occasions de concerts
sont très variées, de la fête pour un ami
jusqu'à l'évènement culturel organisé
par la commune. C'est pour ça que dans certains cas, plutôt
que de véritables problèmes, qui existent mais
que nous surmontons habituellement, la difficulté réside
surtout dans le fait de trouver un endroit adapté. En
somme, il y a une certaine liberté, et s'il n'y en a pas,
elle y est quand même... il y a aussi le fait qu'entre
groupes "identitaires" et skinhead ou RAC, on peut
dire qu'il y a souvent de bons rapports ce qui permet de multiplier
les occasions.
En
parlant de concerts, on a vu déjà l'organisation
de concerts franco-italiens en Italie. À quand la même
chose de l'autre côté des Alpes ?
Et bien cela dépend
de nos amis français ! ! ! Il existe indubitablement un
excellent feeling avec la scène française. Sont
venus jouer en Italie Brixia, Fraction, Ile De France, In Memoriam,
Elendil. Nous, on a fait notre part de boulot, et ce n'est pas
fini !!!
Il
existe un débat, au sein du milieu musical identitaire,
entre les partisans d'une diffusion maximale de notre musique,
en particulier par la copie des CD et la multiplication des mp3
sur le net, et ceux qui estiment que "la copie tue le Rock
Identitaire" et qui disent "non à la gravure
des CD du milieu". Guido Giraudo de l'association Lorien
et Sinevox de ZetaZeroAlfa se sont déjà exprimés
sur ce sujet. Quelle est ta position ?
C'est une excellente question.
Il faut avoir du phénomène une vision globale.
Sur le papier les nouvelles technologies, en particulier l'avènement
de la gravure et la diffusion de mp3 sur le net, pourraient être
une fabuleuse occasion de diffusion vers ce que l'on appelle
"l'extérieur". Mais, je te le demande, est-ce
réellement le cas ? Ou plus exactement, l'effet immédiat
ne serait-il pas de réduire l'espace disponible à
l'intérieur de notre milieu ?
Je m'explique mieux :
jusqu'à aujourd'hui il y a eu un fort réflexe militant
pour acquérir le CD "politique". Ça a
objectivement permis une croissance importante : nombre de CD
plus élevé = meilleure qualité. La naissance
des labels du milieu a été l'un des pas décisifs
des années 90. Avoir un label, mais un vrai label, qui
finance la production, soigne l'image et la diffusion des groupes,
qui réédite et maintient en circulation durant
des années les produits qui le méritent, qui écrit
aux revues, qui se rend dans les festivals de musique indépendante
etc a été un pas décisif qui n'a été
possible que grâce à l'existence d'un public militant
qui a financé tout cela en achetant les disques. Comment
pourrions-nous autrement envisager de payer par exemple les frais
d'enregistrement qui vont de 2 000 à 5 000 euros par disque
? À présent, si compte tenu de la consolidation
d'une scène estampillée "identitaire"
nous nous mettions à penser "business", nous
ne pourrions qu'horrifier tout le monde, mais là, ne nous
voilons pas la face, nous parlons de labels militants, ceux qui
se reconnaissent à un kilomètre à la ronde
par la qualité du son, du graphisme, par le coût
de la moindre sortie.
Et si à présent
le mécanisme qui a permis aux labels d'exister et de se
consolider entre en crise ? ? ? N'y a-t-il pas un sérieux
risque culturel à accepter la diffusion incontrôlée
des mp3 ? ? ? Ne risquons-nous pas de perdre ce fondement de
l'économie légionnaire - pour reprendre l'expression
de Codreanu - qui faisait de l'achat de notre musique un petit
geste sacré ? Ne risquons-nous pas que ces nouvelles générations,
que nos nouvelles générations, perdent complètement
de vue le sens de bâtir quelque chose s'ils trouvent tout
et tout de suite à domicile ? ? ? Moi je dis faisons très
attention.
C'est pour cela qu'il
faut apprendre à évaluer nos moyens : graver les
CD du milieu ? C'est fondamentalement une erreur, à moins
qu'il ne s'agisse de CD qui ne sont plus produits ou, s'ils sont
nouveaux, qu'on a ensuite l'intention d'acheter. Parce que l'achat
- je le répéterai tant que j'aurai un souffle de
voix - EST UN ACTE MILITANT irremplaçable. Et qu'on ne
vienne pas me dire que les CD gravés ne tournent pas ensuite
largement au sein de notre milieu...
Le mp3, c'est déjà
mieux. Le mp3 en ligne peut faire beaucoup plus. Mais là
aussi, il faut un minimum de réglementation. À
moins que ce ne soit pas un acte politique pour celui qui décide
d'offrir le CD, on ne peut pas mettre tous les morceaux d'un
CD en ligne. Ça n'a pas de sens. Et même, c'est
anti-éducatif, parce que ça désapprend la
notion de militantisme. Je dirais qu'on ne devrait trouver on
line qu'un tiers au maximum des chansons d'un CD, autant que
possible les meilleures, mais pas l'album complet. Sinon qui
va leur expliquer, aux nouvelles générations, que
la musique qu'elles écoutent est le fruit d'un sacrifice
?
Exception faite pour le
"peer to peer" Napster, WinMX, Audiogalaxy etc. Là
il n'y a pas grand-chose à faire, c'est un flot qu'on
ne peut endiguer...
Mais à tous, je
souhaite rappeler que notre musique doit passer au stade supérieur,
et pour cela il faut implanter une solide ÉCONOMIE LÉGIONNAIRE,
et l'achat d'un CD doit être assimilé en tant qu'ACTE
POLITIQUE avant d'être culturel. Parce qu'après
tout, ça se réduit à un problème
de culture personnelle. On ne peut arrêter le changement.
Mais cette culture, on peut toujours là construire, et
même, il faut la construire.
Évitons, emportés
par l'enthousiasme pour les nouveaux moyens, d'être anti-éducatif
et maintenons même dans ces petits gestes une CULTURE DU
MILITANTISME.
La
musique alternative et le rock identitaire italiens semblent
commencer à sortir (timidement) du ghetto : Concert du
Ventennale de Monza, Skoll se produisant en compagnie du célèbre
chanteur Gatto Panceri devant 5 000 personnes, hors de notre
milieu, comptes-rendus des albums de ZZA et de l'activité
de Perimetro par des sites musicaux "généralistes"
(Rock.it, In the City). Est-ce un début de "normalisation"
des relations entre "nous" et "l'extérieur"
?
Je dois dire que l'expression
"sortir du ghetto" ne m'a jamais beaucoup plu. Parce
qu'est dans le ghetto celui qui a envie d'y être : pour
notre part, forts d'une Tradition millénaire, nous pensons
que ce sont au contraire les autres qui sont dans le faux, qui
sont complètement privés de points de référence
autres que l'argent, les distractions, les drogues, le sexe facile.
C'est nous qui sommes
chanceux d'avoir abordé les "Terres Fermes de la
Tradition", les autres se limitent à avoir envie
et à travailler pour un pouvoir qui en est de moins en
moins un et pour une survie toujours plus difficile... Donc effectivement,
sans trop s'arrêter aux mots, "nous sommes en train
de sortir", et c'est le fruit d'une part d'une prise de
conscience de notre force, qui est avant tout une force morale,
d'autre part d'un travail lent et constant. Parmi les autres
signes moins marquants, je voudrais rappeler les nombreuses collaborations
avec les institutions, surtout au niveau local, pour des concerts
et des initiatives culturelles, mais également le nombre
croissant de comptes rendus dont nos disques font l'objet dans
les journaux "officiels" et les revues musicales...
N'y
a-t-il pas un effort de sensibilisation voire de formation à
entreprendre afin que chaque auditeur de musique alternative/
rock identitaire ne se contente pas d'être un "consommateur"
mais devienne un véritable militant diffusant notre musique
à son niveau ?
C'est tout à fait
exact. En Italie, cette conscience existe déjà,
mais il faudrait la développer. Nous devrions prendre
des initiatives qui visent larges pour permettre une plus grande
implication des militants. Je considère les compilations
"Bleu Blanc Rock" et "Antimondial" produites
par B.B.R. comme d'excellentes pistes à suivre. Le CD
est le tract moderne, et les militants doivent y avoir l'accès
le plus large. À ce sujet, nous avons entrepris une politique
de rabais militants qui remporte un certain succès. À
partir de 10 CD - y compris les compiles - présents sur
notre catalogue, nous pratiquons une remise de 30 %. À
partir de 20, 40 %. Résultat : dans de nombreuses villes,
particulièrement en province, les militants s'organisent
pour effectuer des achats groupés. Ça fonctionne,
ça sensibilise le militant et ça enraye le phénomène
du piratage...
Outre
la musique n'y a-t-il pas d'autres véhicules pour faire
passer des idées, des sensations, des sentiments ? Je
pense surtout à la puissance phénoménale
des images (vidéos, dessins, BD, peinture). N'avons-nous
pas des lacunes dans ce domaine ? Quelles initiatives pourraient
être prises ?
Certainement. Perimetro
s'occupe également de ça... Le fait est que dessins
et images sont des domaines qui exigent un travail constant,
tant au niveau de la "recherche" (donner une "touche"
caractéristiques aux dessins et images qui proviennent
d'une production militante) que de la diffusion de la connaissance
des résultats... Ici aussi, Internet pourrait être
précieux. Je dirais qu'une première étape
pourrait consister à recenser les artistes au niveau européen
pour ensuite diffuser leurs oeuvres. Connaître et faire
connaître. Par exemple, au niveau expérimental,
je ne peux pas ne pas citer la revue "Montag" [cf l'interview
de ZetaZeroAlfa - NdT] qui est un véritable petit laboratoire
graphique. Et puis il faut commencer à regarder devant,
on ne peut plus continuer à recopier sans cesse le même
art (très beau) des années 30...
Toi-même,
tu as déclaré : "Pour agir dans la société,
il faut savoir communiquer". Là encore, que devrait-on
faire ?
J'ai toujours tendance
à raisonner par étapes, j'aime beaucoup le mot
"parcours". Si j'imagine un "Z", beau et
lointain, et que moi je me trouve au "A", je cherche
avant tout à imaginer le "B", puis le "C"
et ainsi de suite... Si je parviens à faire cela, c'est
facile : je peux avancer du "A" au "B" jusqu'au
"Z". Si je n'imagine pas ou si je ne sais pas imaginer
ce parcours, je pourrai seulement m'agiter confusément
sans but
(ou pire, avec une faux but que je me serai inventé).
Concernant la communication,
et bien avant tout, je crois qu'il faut une prise de conscience
précise de qui nous sommes.
De là, le second
point qui est de nous connaître et de nous respecter, même
dans les divergences, même si c'est difficile. Si, par
conséquent, nous acceptons qu'il y ait des territoires
comme l'art, la culture, la communication qui sont les PATRIMOINES
COMMUNS d'un milieu, nous verrons que dans ces domaines s'ouvriront
des possibilités d'interactions bien supérieures
à chacune des limites d'appartenance.
Donc selon moi, avant
de se demander comme Lénine "Que faire ?", il
y a deux présupposés fondamentaux : conscience
de soi-même et de sa propre mission Traditionnelle, et
"voir grand", chose pour laquelle il faut vaincre les
petites mesquineries personnelles ou générales.
Cela dit (et à
mon avis nous sommes loin de l'un comme de l'autre) tout reste
à construire : centres d'informations alternatives, sites
web spécialisés avec des mises à jour très
fréquentes, banques de données de textes/audio/vidéos...
Organiser la contre-culture.
L'Internet revêt
une importance capitale, il est au coeur de ce raisonnement,
et malheureusement je dois dire que "notre milieu"
en fait un usage erroné. On voit même dans l'Internet
une espèce de téléphone en plus commode
- un intranet - alors qu'il s'agit au contraire de la nouvelle
place publique, de l'agora télématique. Si tu es
sur Internet, tu es sur la place publique, nous devons encore
parvenir à bien comprendre ce concept
Quels
sont les projets de Perimetro pour l'avenir ?
Nous venons de rénover
notre site www.perimetro.com avec une architecture dite "dynamique"
qui permet des mises à jour très rapides. Nous
collaborons régulièrement avec des journaux et
revues, afin d'améliorer la diffusion de ce que nous faisons.
Et puis il y'a les initiatives musicales habituelles, surtout
les disques et quelques rares concerts... Cette année
nous fêtons les dix ans de Rupe Tarpe, ça ne me
déplairait pas d'organiser quelque chose de significatif
au niveau des concerts...
Le
mot de la fin ?
Merci pour l'entrevue
et un salut à tous nos camarades français. Notre
Europe est plus forte que la leur, mais nous devons y travailler
chaque heure, chaque minute...
(1) Front de la Jeunesse.
(2) Movimento Sociale Italiano - LE parti "néo-fasciste"
de l'après-guerre jusqu'à sa transformation en
Alleanza Nazionale par Gianfranco Fini en 1994. |