Chuck Palahniuk

Vous aimez les bouquins un peu spéciaux ? Vous avez adoré le film "Fight Club" ? Vous avez envie d'essayer de lire un auteur "différent" ? Alors, pas de doute, vous allez vous jeter sur Chuck Palahniuk !!! Une fois passée la difficulté pour se souvenir de son nom, on réalise vite qu'on le connaît sans forcément le savoir puisque c'est lui qui a écrit le livre "Fight Club" qui sera ensuite adapté au cinéma par David Fincher !

Successivement et dans le désordre, journaliste, mécanicien et aide-soignant, Chuck Palahniuk est un auteur vraiment à part, aux livres pour le moins anti-conformistes, trash voire un peu bizarres parfois, en tout cas qui remettent en cause tout ce qui fait la société actuelle mêlée d'hyper-consommation, de perte de valeurs et d'égoïsme. Il est à l'origine d'un bon nombre de bouquins, essentiellement : "Monstres invisibles" (1999), "Choke" (2001), "Journal Intime" (2003), "Le festival de la couille et autres histoires vraies" (2004) et "A l'estomac" paru cette année en 2006. Il faut en rajouter trois, sur lequels nous allons justement insister ici.

Comment tenter de parler de Palahniuk sans commencer par le livre qui a fait sa célébrité et qui est d'ailleurs son premier puisqu'il est sorti en 1996 : "Fight Club". Tout ou presque a déjà été dit sur cette histoire, que ce soit à travers le livre ou le film, il est donc difficile de ne pas se répéter mais il est clair que c'est une claque, un choc, parce que l'on nous dit enfin que l'homme n'existe pas par et pour ce qu'il consomme, mais par et pour ce en quoi il croit, par et pour ce qu'il veut construire. C'est en quelque sorte le message que nous a chanté pendant des années avec profondeur et justesse les fantastiques Vae Victis dans leur superbe morceau "Ce soir…".


Quitte à être un peu long, en voici les paroles. Lisez-les, ou plutôt non, imprégniez-vous en :

"1. On m'avait dit que j'étais beau, que j'avais l'âme d'un séducteur
Et pourtant ce soir, je meurs tout seul
On m'avait dit que j'étais courageux, que j'avais l'âme d'un battant
Et pourtant ce soir, je meurs terrassé par une aiguille
On m'avait dit que j'étais intelligent, que j'avais l'âme d'un artiste
Et pourtant ce soir, je meurs la tête vide
Alors peut être qu'on m'a menti, j'ai voulu croire à ces mensonges
J'ai senti mon corps s'enliser et mon esprit s'évaporer
En me débattant dans ce bourbier, sans même une racine pour m'agripper
J'entendais là-haut gazouiller des mots comme tolérance

Mais moi c'qui m'fallait c'était pas d'la tolérance
Mais moi c'qui m'fallait c'était pas des belles phrases
Mais moi c'qui m'fallait c'était pas des pleurs sur mon sort
Ni une belle tape dans le dos avec un " j't'ai compris p'tit gars "
J'avais besoin de choses solides et concrètes
J'voulais qu'on me parle de mes racines
J'voulais qu'on me dise d'où je viens et où aller

Qu'on me nourrisse de valeurs saines et d'idées fortes

2. J'ai baigné dans un univers
Qui toute la journée, me présentait des ratés sous les traits de héros
L'homme viril était haïssable, le jeune blanc couvert de tares
On m'a éduqué dans la phobie du macho et du raciste
On m'a enseigné sans relâche
Ce que je ne devais pas penser
Mais on a oublié de me dire qui j'étais
Alors j'ai cru ce qu'on m'a dit, j'ai obéi comme un mouton
Mais je me suis trouvé dans l'impasse d'une vie sans passion
Pour échapper à cette voie sans issue, j'avais le choix entre la corde ou la poudre
J'ai choisi la mort la plus douce, je me suis achevé à coup de seringue

3. Moi j'aurais préféré mourir la tête haute dans le combat
Mais ce soir je meurs plein de honte répandu sur le trottoir
Et dire que ces belles consciences et tout l'univers de ma jeunesse
M'ont offert comme destin la mort sur le bitume
Et ce soir la gueule contre le trottoir
Je les imagine au Fouquets
En train de boire et de manger, c'est moi qui paye l'addition
Alors souriez derrière vos caméras, paradez tels des pitres
Mais vos beaux esprits n'y feront rien, ce soir je meurs
Allez-y, bavez dans vos micros, accompagnez de vos chants de sirènes, l'accouchement sanglant d'une société de mort.
"


Poignant ! Alors si après ça, on relit quelques passages de "Fight Club", on peut se dire que décidemment entre Palahniuk et le RIF il n'y a pas grand-chose ! Florilège : "On est les sous-produits d'un mode de vie devenue une obsession" ; "Les choses qu'on possède finissent par nous posséder" ; "C'est seulement quand on a tout perdu qu'on est libre de faire ce que l'on veut" ; "Vous n'êtes pas votre travail, vous n'êtes pas votre compte en banque, vous n'êtes pas votre voiture, vous n'êtes pas votre portefeuille" ; "La publicité nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu'on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l'Histoire. On n'a pas de but ni de vraie place. On n'a pas de grande guerre. On n'a pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle. Notre grande dépression, c'est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu'un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rocks star mais c'est faux et nous apprenons lentement cette vérité".

Ne nous focalisons pas trop non plus sur son premier livre puisque Palahniuk ne s'est pas arrêté à ce coup de maître mais à récidivé même si le registre est dans une certaine mesure différent. Par exemple, "Survivant" sorti en 1999. C'est l'histoire de l'unique survivant d'une secte vicieuse et obsédée par les tâches domestiques qui devient le nouveau messie de l'humanité. Mais un messie version contemporaine, c'est-à-dire un gourou sous stéroïdes, surmédiatisé et malade qui fait de sa religion une gigantesque entreprise commerciale hyper rentable. Il finira, malgré tout, par craquer et détournera un avion pour révéler toute la supercherie sur boite noire à l'humanité bernée avant d'aller se crasher au dessus de l'océan.

Palahniuk dénonce à cette occasion l'inhumanité de notre société, dans quelle le profit est plus important que l'humain, la société de l'argent vide de sens, le fanatisme, le conditionnement et la superficialité.


Le troisième ouvrage abordé ici est "Berceuse" écrit en 2002. Cette fois, c'est l'histoire d'un journaliste qui découvre, au détour d'une enquête sur la mort subite du nourrisson, qu'un conte africain contenu dans un livre pour enfants donne à qui le lit le pouvoir de tuer celui qui l'entend. Accompagné d'une femme agent immobilière spécialisée dans la revente de maisons hantées, de sa secrétaire mystique et d'un éco-guerrier déjanté, il va partir dans tous les Etats-Unis à la recherche de chacun des livres contenant ce conte pour les détruire un à un. Mais rapidement l'idée n'est plus d'empêcher que de nouvelles morts ne surviennent mais au contraire d'être le seul possesseur de ce secret pour détenir le pouvoir suprême, celui de vie et de mort sur tout et tous. A cette occasion, rappelant d'une certaine manière la critique de Philippe Muray sur les "festivocrates ", il raconte à travers cette histoire atypique comment notre société subit le totalitarisme mou, la dictature du confort : "Ce bon vieux George Orwell a tout compris à l'envers. Big Brother ne surveille pas. Il chante et il danse. Il sort des lapins d'un chapeau. Big Brother est tout entier occupé à attirer votre attention à chaque instant dés que vous êtes éveillé. Il fait en sorte que vous soyez toujours distrait. Il fait en sorte que vous soyez pleinement absorbé. Il fait en sorte que votre imagination s'étiole. Jusqu'à ce qu'elle vous devienne aussi utile que votre appendice. Il fait en sorte que votre attention soit toujours remplie. Et avec le genre de nourriture dont on vous alimente, c'est pis que d'être surveillé. Comme le monde vous emplit toujours à tout instant, personne n'a plus à se soucier de ce qu'il a dans l'esprit. L'imagination de tous et de chacun bien atrophiée, personne ne sera plus jamais une menace pour le monde."


Au-delà de la diversité de ses livres, Chuck Palahniuk garde à l'esprit une idée principale : la critique acerbe d'un monde sans repères, sans envie, sans destin, sans volonté, sans valeurs… notre monde ! S'il est toujours difficile de se faire une idée précise d'un auteur juste avec une chronique, c'est-à-dire sans l'avoir lu, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire… Et si ça vous a donné envie d'en savoir plus, d'en lire plus, alors n'hésitez pas !