Entrevue In Memoriam

Composé de Julien (chanteur-guitariste), Xavier (chant), Mattias (choeurs), Richard (batterie), Alex (guitare rythmique) et de Manu (basse), le groupe parisien In Memoriam s'installe, après 5 productions détonantes, comme un des groupes phares de la scène R.I.F. En exclusivité, ils ont bien voulu nous parler de leur dernier album "Persona non grata" !

Bon alors dans quel état êtes-vous après le marathon qu'à été la sortie de votre dernier album ? Pas trop crevés ?

Ce fut un effectivement un petit marathon, mais on a bien récupéré depuis, on a eu la chance de partir en vacances dans de très belles régions française, et ça nous a fait un bien fou.
En juillet on a repris les concerts et on a joué à Barcelone et en septembre au Havre. Ces premiers concerts de la rentrée ont été géniaux et très bien organisés, du coup, on prend de plus en plus notre pied en jouant, il y a comme un effet "boule de neige".


Quand on découvre Persona non Grata, on est tout de suite marqué par une innovation jamais vue dans le milieu RIF : un digipack à la place du boîtier CD classique, avec une grosse attention sur la qualité de la présentation globale. Pourquoi avoir spécialement insisté sur la forme cette fois ?

Justement parce qu'on ne l'avait pas fait auparavant faute de moyens financiers.
Aujourd'hui on peut se permettre de faire attention au contenu comme au contenant et puis, c'est une marque de respect pour notre public, on se doit de faire en sorte que chaque nouvel album monte en puissance sur tous les plans.


Persona non Grata est marqué par plusieurs fortes différences par rapport aux autres albums, par exemple vous interprétez deux chansons dans une langue étrangère ("La colonne" en allemand et "I had a dream" en anglais), pourquoi le choix de cette dimension européenne et internationale ?

Pour tout un tas de raisons. D'abord parce qu'on y prend du plaisir (le jour où il n'y aura plus de plaisir, il n'y aura plus de groupe), il y a aussi le côté défi que l'on s'impose, mais on se sent peut-être aussi plus Européen qu'avant et l'idée de chanter dans une autre langue que sa langue maternelle n'est pas si facile et ça nous intéressait. En plus l'Europe aux cent drapeaux est une idée qui nous plaît beaucoup, contrairement à l'internationalisme que l'on abhorre, on préfère la synergie à la dilution. Et puis tu sais, le public Européen non francophone nous a toujours très bien reçu et chaleureusement accueilli, alors on lui doit bien ça.


D'ailleurs, quelle est l'origine de cette chanson traditionnelle allemande ?

C'est un chant de marche que Xavier fredonnait quand il était scout randonneur, je crois qu'il a été écrit par un chef scout contemporain.


Autre différence, en plus des thèmes politiques et sociaux primordiaux, vous abordez des thèmes plus à part avec une réussite certaine d'ailleurs. Par exemple, vous traitez de la question de la vieillesse et de la difficulté de bien la vivre aujourd'hui (Au crépuscule) mais aussi de l'amour (Rencontre), alors In Memoriam, un groupe de poètes cachés ???

On a pas vocation a rédiger à travers nos albums un programme politique il y a des gens plus compétents que nous pour le faire, mais il y a des valeurs que nous défendons fermement. Le respect des anciens, comme la fidélité au sens large du terme ou le sens de l'honneur sont des valeurs auxquelles nous sommes très attachés. La dérive Jeuniste de notre société et la multiplication des familles monoparentales créent de sérieux troubles sociologiques. Ne pas en parler et ne pas réagir est à terme suicidaire. On ne se considère pas comme des Poètes ou des artistes, ces mots ne signifient plus grand chose, on essaie juste de faire partager des émotions et des valeurs que l'on ressent à travers nos textes et nos musique. Tant mieux si ça fonctionne.


Un de vos morceaux (Spleen de Paris) bénéficie de légères influences ska, que signifie pour vous ce style de musique ? (d'ailleurs, c'est assez marrant car le peu de fois où vos chansons sont ska, c'est pour dénoncer sur une apparence festive des questions très graves, comme avec "A l'aube de l'an 2000" sur votre premier album…)

C'est vrai qu'on utilise cette musique gaie et entraînante pour parler de thèmes ternes et maussades. C'est ce paradoxe qui nous plaît, et le message passe mieux car il paraît moins chiant. Le ska est pour nous une musique festive et dansante et on en a beaucoup écouté et joué plus jeunes, mais ça s'arrête là, une fois de temps en temps ça ne fait pas de mal. Non ?

Dans la chanson Mémoire vive notamment, vous utilisez le terme "Occident", ne pensez-vous pas que ce mot soit ambigu et qu'il puisse être perçu comme nous assimilant à des pays n'ayant rien à voir avec l'Europe et défendant des valeurs opposées à celles prônées par le camp identitaire ?

L'occident est une civilisation, la civilisation du couchant et de l'homme blanc et l'Europe en est sa principale composantes, commencer à exclure tel ou tel pays, telle ou telle nation parce qu'il n'a pas dans son panier 100% des critères relève d'une science dont seuls les apothicaires ont le secret, et nous ne sommes pas des apothicaires. Mémoire vive parle du devoir de mémoire de l'occident en général et du camp identitaire en particulier.


Vous consacrez une chanson entière au Péril Rouge (Rouge sang), pensez vous que cette menace soit encore d'actualité ?

Oui elle est toujours d'actualité, et peut-être même plus qu'avant.
Il y a eu comme une mutation chez les gauchistes qui se regroupe en de nombreuses familles et sous familles (les troskistes, les maoïstes, les Staliniens, les Léninistes, les rouges et noirs, les anarchistes etc…).
Ce n'est pas parce que le PCF se désagrège que les idées du PCF et de ses siamois se désagrègent.
Le succès de Laguiller et Besancenot aux dernières élections présidentielles en sont de bons exemples.


La chanson "Persona non Grata" est une critique de la ghettoïsation et de l'exclusion que subissent les militants identitaires, ne pensez-vous pas que les "évènements" du 14 juillet vont avoir pour conséquence une grave accentuation de cette répression ?

La répression post-14 juillet est assez féroce, et on est bien placé pour s'en rendre compte, d'autant plus que certains mouvements de type rouges-bruns ou radicaux (qui n'avait avant cette date qu'un très faible espace politique) ont récupéré habilement l'affaire et ont fait de Brunerie un "martyr" de circonstances. Par contre le reste de la "communauté" s'en est pris plein la gueule, et elle n'avait vraiment pas besoin de ça ! Les conséquences de cette affaire ont été des plus fâcheuses et nous pensons que personnes à terme n'en sortira grandi. Le fait nouveau qui en découle est peut-être l'accentuation d'une alternative entre identitaires "modernes" et "radicaux", on y voit un peu plus clair.

Pour anecdote, on se souvient que lors d'un meeting du front de la jeunesse il y a trois ans salle des agriculteurs à Paris, un des responsable de Réfléchir & agir de l'époque avait mis en garde dans son discours les jeunes identitaires présent dans l'assistance contre les mouvements ou les écoles de "non-pensée" qui leur ouvrait grand les portes des ANPE, des prisons ou des boites de sécu et de la voie de garage. Cette affaire en est un bon exemple alors, avec tout un tas d'associations communautaire représentatives, nous avons envie de proposer une autre alternative aux jeunes, les aider à se former, à se construire pour qu'ils puissent maintenir leurs engagements dans la durée et se multiplier. Nous avons perdu des milliers des nôtres qui se sont éloignés, se sont oubliés à cause de cette dérive inutile ou ces coup de sang sans lendemain. Il est temps d'arrêter l'hémorragie et d'entamer une mutation, de plus en plus de camarades y sont favorables, c'est de bonne augure pour l'avenir.


Et maintenant, après un repos bien mérité, quels sont vos projets ? Des concerts ???

Plein de concerts pour aller à la rencontre du public en France et à l'Etranger (à Bordeaux, Paris, Bourges, Genève…), un nouvel album en chantier pour ne pas perdre la main, et un album live aussi, qu'on espère pour bientôt.

Un dernier mot avant de se quitter ?

Ca va faire 7 ans qu'on joue et plus le temps passe, plus on y prend du plaisir, alors un grand merci à tout ceux qui par leur soutien ont permis, et permettent à cette belle aventure de continuer. Longue vie au RIF et longue vie au Coq Gaulois.


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