Michel Houellebecq

Michel Houellebecq est l'un de ces auteurs contemporains dont on peut entendre parler autant dans les rubriques littéraires que politiques ou judiciaires des journaux, élément suffisamment original pour être remarqué. Attaqué en justice il y a quelques années par différentes associations musulmanes et par le recteur de la mosquée de Paris pour des propos prétendument "anti-musulmans", voilà un écrivain provocateur à la plume acerbe. Qui est-il ?

Son premier livre n'est pourtant pas un roman mais une biographie publié en 1991 de H.P Lovecraft, écrivain américain père du roman fantastique moderne ("Contre le monde, contre la vie. HP Lovecraft", Editions J'ai lu, 1999). Un des éléments intéressants de cet auteur dont la vie est ici racontée est son antisémitisme virulent inspirant la création des monstres peuplant les mondes qu'il créée. Un extrait de la préface est éclairant : "L'analyse du racisme en littérature se focalise depuis un demi-siècle sur Céline ; le cas de Lovecraft, pourtant, est plus intéressant et plus typique... Auteur fantastique (et un des plus grands), il ramène brutalement le racisme à sa source essentielle, sa source la plus profonde : la peur. Sa propre vie, à cet égard, a valeur d'exemple."


Son premier roman ne paraît qu'en 1994 : "Extension du domaine de la lutte" qui sera ensuite adapté en 1999 par le réalisateur Philippe Harel. Ressortent déjà les thèmes clefs de l'œuvre de Houellebecq.

Pour s'en persuader, il suffit d'en lire le résumé : "Autour de lui, les personnages luttent pour un peu d'amour, de plaisir sexuel ou d'argent. Il est technicien en informatique ; il n'a plus d'ambition. Sa vie est une succession de déceptions banales ; les repères sociaux s'effritent. Il va perdre son emploi, il ne trouvera pas de femme. L'enfance est finie : au-dessus de lui, il sent grandir l'aile sombre de la dépression. Un roman d'apprentissage : l'apprentissage du dégoût."

Le début de sa reconnaissance est constitué par "Les Particules élémentaires" édité en 1998 qui fera l'objet d'une traduction en plus de 25 langues mais le roman qui lui fera rencontrer le vrai succès médiatique est "Plateforme", paru en 2001.
Roman clef de son œuvre, il mérite que l'on s'y attarde un peu.


Michel est un homme banal. Fonctionnaire au Ministère de la Culture, il organise des expositions d'art contemporain dont l'ineptie est toujours plus grande. Il partage sa vie entre le peep-show et "Questions pour un champion" jusqu'au jour où un voyage en Thaïlande bouleverse sa vie. Il y rencontre Valérie, jeune française sensuelle et ambitieuse qui travaille dans le tourisme. Se noue entre eux, dès leur retour en France, une passion amoureuse. Michel intégrera la vie de Valérie et découvrira, en plus de la réalité de l'industrie du tourisme, l'intensité d'une symbiose.

A partir d'une histoire initiale relativement simple et sans originalité, Michel Houellebecq signe pourtant un roman choc où sa provocation et son art de la critique acerbe se mêlent une nouvelle fois. Sur un ton cynique, désabusé et ironique, Michel Houellebecq décrit la vie de Michel, homme terne, exemple type de l'antihéros. Il est froid, morne et sans passions. Sa vie est banale. Il est sans envies et sans avenir. Pour autant, ce personnage est plein de justesse et de bon sens lorsqu'il observe la société dans laquelle il vit : égoïsme, indifférence, course effrénée au profit…


Michel Houellebecq cède pourtant encore une fois à son penchant traditionnel de la description détaillée de scènes de sexe au milieu de l'histoire. Même si celles-ci peuvent éventuellement aider à cerner le caractère des personnages, elles ne paraissent pas toujours très utiles et révèlent une volonté de provocation toujours plus grande. Justement, un des traits principaux de ce livre, au moins dans sa première partie, pourrait être le terme Provocation.
S'enchaînent parfois plusieurs remarques ou cette provocation semble plus être la motivation que le souci de vérité. Pour autant, le lecteur est parfois surpris par plus de profondeur, plus de sérieux qui lui laisse penser que certaines outrances ne sont vraiment que les provocations d'un homme voulant cacher sa sensibilité, par amour-propre.

Au-delà de l'atypique mais belle histoire d'amour qui unit les deux personnages principaux, Michel Houellebecq se lance dans une forte critique de notre société et, plus globalement, de notre civilisation : l'Occident. Il décrit le déclin d'un monde où les gens ne sont plus attirés que par leur bonheur personnel (inaccessible d'ailleurs), et où tout n'est plus qu'indifférence, profit, argent et sexe, au mépris de la détresse et de l'insécurité physique et morale qui les entourent.
A travers ses personnages, Michel Houellebecq pose finalement le constat de la société de consommation où l'argent est roi et guide les gens. Cette société est décrite comme n'étant finalement que la conséquence logique du processus capitaliste, lui-même définit comme "un état de guerre permanent, une lutte perpétuelle qui ne peut jamais avoir de fin." Au détour d'une phrase, Valérie résume parfaitement la situation : "si t'avances pas, t'es mort."


Avec un réalisme dérangeant sur les mœurs d'aujourd'hui, Michel Houellebecq livre un réquisitoire contre l'Occident moderne où deux personnages vont jusqu'à s'allier avec un troisième (Jean-Yves) pour transformer la sexualité en un nième produit de marché en organisant des séjours à but sexuel dans le tiers-monde. Finalement, Michel Houellebecq, en tant qu'observateur désabusé de la décadence d'une société, signe un livre profondément pessimiste, sur un ton grinçant. Il livre une critique d'un monde, d'une société à travers des vérités politiquement incorrectes que l'on est loin d'entendre partout. A lire donc ! ! !

Depuis ce roman remarqué, Houllebecq s'est fait remarqué par différentes déclarations. Le 17 septembre 2002, suite à une entrevue accordée au magazine Lire, il a été accusé par différentes associations musulmanes et le recteur de la mosquée de Paris, d'injures et incitation à la haine raciale. Il sera relaxé, grâce à la mobilisation des intellectuels, de ses lecteurs. Qu'avait-il déclaré ? "Et la religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré ! La Bible, au moins, c'est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire... ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j'ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures... ".