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Darren
Aronofsky est un cinéaste énigmatique : réalisateur
d'un seul film pour certains ou auteur génial pour d'autres,
il soulève beaucoup d'interrogations. Il est issu d'une
famille juive traditionnelle, mais il n'en subit pas l'influence
et se tourne vite vers le cinéma. Il n'est à l'origine
que de trois films dont deux seuls ont été remarqués
: "Pi" réalisé en 1998 et "Requiem
for a dream" en 2000. C'est de ce dernier que nous décidé
de vous parler.
Primé
au festival indépendant de Sundance, Requiem for a dream
est l'adaptation d'un livre du romancier américain Hubert
Selby Jr. Il raconte la plongée d'un jeune paumé
et de sa mère dans la drogue. En gros, le scénario
peut se résumer ainsi : une femme vit seule avec pour
espoir obsessionnel d'être invitée sur le plateau
de son émission de télé préférée.
Elle suit alors un régime à base de cachets douteux
pour enfin entrer dans la robe qu'elle aime tant et qui symbolise
un passé révolu. Son fils est dépendant
à la drogue sous toutes ses formes. Avec sa petite amie
et son copain de toujours, ils décident de dealer à
grande échelle pour se défoncer sans limites. Ces
quatre personnages vont progressivement sombrer dans la déchéance
la plus horrible à la suite d'une lente et douloureuse
chute. |
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A la lecture
de ce résumé, on pourrait s'attendre à un
nième film sur la drogue, et bien non, à la différence
de films comme Trainspotting, Requiem for a dream est un véritable
film choc qui mérite d'être vu plusieurs fois pour
en saisir l'intensité dramatique et la critique sociale.
Son originalité est qu'il aborde la question de toutes
les drogues : bien sûr les drogues en tant que substances,
mais celles que le système ne qualifie pas ainsi mais
qui en sont de véritables comme la télé.
Sur la télé justement, ce film en réalise
une critique magistrale en tant que drogue institutionnalisée
qui permet à ceux qui ne se shootent pas directement de
fuir une vie médiocre en vivant par substitution. Sur
cette base, Aronofsky va mettre en parallèle deux déchéances
: le fils, dont on pense qu'il est le seul toxico avec ses potes.
A force de vouloir toujours plus de shooter, ils vont tomber
dans les pires humiliations : le fils sera amputé d'un
bras gangrené par la drogue, la copine se prostitue dans
d'horribles partouzes et le pote finit en taule. Mais le film
ne s'arrête pas là puisque l'accoutumance décrite
comme la plus horrible et qui est source pour le spectateur du
plus fort traumatisme est celle de la mère. A cause de
la dépendance causée par son régime, elle
va finir dans un asile de fou, obsédée par son
émission, subissant des traitements horribles.
La lecture
de ces lignes n'est pas réjouissante mais l'intensité
de cette lecture n'est RIEN à côté de l'ambiance
insufflée. En toute honnêteté, il est totalement
impossible de ressortir neutre de la vision de ce film, on ne
qu'être traumatisé par certaines scènes,
images ou paroles. Grâce à un montage novateur,
l'intensité grimpe tout au long du film, crescendo. L'élément
clé qui transcende le film est la BO. Composée
par un musicien techno réputé, déjà
auteur de la BO de Pi, se créée une ambiance démentielle
entre classique et électro. C'est une musique en boucle,
proche d'une incantation, presque obsédante et oppressante. |
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Considéré par
certains comme le nouveau David Linch (Mulholand drive, Lost
highway, Twin peaks
), Aronofsky ne fait pas seulement un
film génial sur la drogue mais réalise, et c'est
peut-être l'objet principal de son film, une forte critique
de la société de consommation qui ne fournit aucun
projet, envie ou racines. |
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Ce réalisateur fait
aussi passer une critique de la considération que peut
avoir la société de ses anciens, à travers
un monologue dont l'intensité résume parfaitement
la trame du film. Ces phrases sont celles de la mère qui
vient d'apprendre qu'elle va passer à la télé
et qui est déjà accro aux pilules du médecin
:"Je suis devenue quelqu'un maintenant, tout le monde
m'aime. Bientôt, des millions de personnes me verront et
tous ces gens la m'aimeront. [
] Ca me donne une
raison de me lever le matin. Ca me donne une raison de maigrir.
Pour rentrer dans ma robe rouge. Ca me donne une raison de sourire.
Et puis ça fait des lendemains pleins d'espoir. Qu'est-ce
qui me reste Harry [le fils] ? Pourquoi est-ce que je
devrais faire mon lit ? faire la vaisselle ? Je le fais de mon
mieux, mais pourquoi je le fais ? J'suis seule. Ton père
est parti [décédé dans le film], toi
aussi t'es parti. J'ai personne de qui m'occuper. Qu'est-ce qui
me reste Harry ? Ah, je me sens seule
J'suis vieille. J'adore
penser à ma robe rouge. J'adore penser à la télévision,
à toi, à ton père. Quand je prends le soleil
dehors, je souris maintenant". Relisez ces lignes, réalisez
la situation pour en arriver à affirmer cela et dites-vous
que de le voir joué vous remue terriblement. |
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En mettant
en parallèle ces vies, Aronofsky fait partager au spectateur
les soucis de ses personnages, ni misérabiliste, ni moralisateur,
juste critique. Il montre ainsi qu'il n'y a pas autant de différence
entre drogues dures et télé-poubelle. Ce film est
une oeuvre traumatisante qui dépeint des personnes détruites
par leurs propres rêves. Le pire réside dans la
construction du film qui est une monté douce suivi de
moments déstabilisants pour finir sur un vrai choc. Après
la fin du film, on ne peut rester de glace. Il y a forcément
un temps d'adaptation, pour accuser le contrecoup, comme un réveil
avec une gueule de bois. Tous ces mots ne seront jamais assez
forts pour qualifier l'intensité et l'intérêt
de ce film, alors une seule chose : louez-le, téléchargez-le,
faites ce que vous voulez mais REGARDEZ-LE ! Et après
une seule question : comment peut-on tomber dans le piège
de la drogue ?! Quoiqu'il en soit, sur Aronofsky, coup de génie
isolé ou essai bientôt transformé ? L'avenir
nous le dira mais encore faut-il qu'il se décide à
sortir un nouveau film
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