Dans la peau de Jacques Chirac

Documentaire - France - 2006
Réalisation : Michel Royer et Karl Zéro. Voix : Didier Gustin

Si nous ne sommes pas et ne serons jamais fans de Karl Zéro - bien au contraire - il faut bien avouer que le travail qu'il a réalisé sur Jacques Chirac avec ce documentaire est assez fort : faire une biographie non autorisée et au vitriol d'un président encore en exercice est, disons-le, assez courageux. Il suffit de voir la présentation qu'en font eux-mêmes les réalisateurs pour en comprendre l'esprit : "Un hommage à notre plus grand acteur français. De 1967 à nos jours, Jacques Chirac est apparu tous les jours à la télévision : des millions d'heures de gestes d'automate, de diction saccadée, de cavalcades fiévreuses." Réalisé uniquement à partir d'images d'archives, ce film-documentaire est en fait basé sur l'imitation de Chirac par Didier Gustin qui devient la voix off du Président racontant sa vie et sa carrière depuis son entrée au gouvernement Pompidou en 1967 jusqu'à aujourd'hui.


L'idée est de montrer à travers ses propres discours et citations comment il a menti, a trahi et s'est contredit pendant des années. Quelques exemples : lorsque, Premier Ministre de Giscard, il déclare qu'il n'avait "aucune intention de démissionner" puis dépose, quelques jours plus tard sa démission ; annonçant comme Maire de Paris qu'il "se baignerait dans la Seine avant l'an 2000" ; comme candidat champion de la "fracture sociale" qui constate, après deux mandats, la montée endémique du chômage ; comme chantre de l'antiracisme qui est à l'origine du fameux "le bruit et l'odeur" ; comme auteur d'un plaidoyer pro-européen en 2005 comparé à sa diatribe sur les dangers provoqués par l'entrée de l'Espagne dans la CEE en 1976, le tout montrant à merveille la versatilité politique d'un opportuniste dénué de conviction. Chirac résume lui-même d'une formule cynique : "Plus c'est gros et mieux ça passe". Ce film-documentaire rappelle aussi au passage quelques éléments du passé idéologique de Chirac : il a signé en 1950 l'Appel de Stockholm, a été sympathisant communiste, a vendu L'Humanité, s'est retrouvé dans une cellule du P.C…


Comédie sur le pouvoir, c'est donc une attaque en règle que certains trouvent proche du style de Michael Moore. Pour autant, il faut quand même réaliser qu'en se voulant incorrect, Karl Zéro ne fait ici qu'effleurer l'insolence et la satire, notre cher Président pouvant encore dormir longtemps sur ses deux oreilles. Il ne développe aucune analyse politique et se contente de plaquer sur un grand nombre d'images étonnantes et inédites un texte parfois un peu lourd. Il aurait été au contraire intéressant d'insister sur les agissements contradictoires et sans vision de Chirac pour montrer avec encore plus d'insistance comment encore une fois nous avons été manipulés et abusés.

S'il a quand même été élu César du meilleur film documentaire, un curieux hasard doit être noté puisque la direction de Canal+ annonça la fin du "Vrai journal" à Karl Zéro quelques jours avant sa sortie sur les écrans… Quoiqu'il en soit, si certains rient de voir autant de mensonges et de malhonnêtetés démontrées, il faut plutôt en pleurer puisque son auteur à été notre Président pendant 12 ans ! Et c'est d'autant plus attristant que la relève ne semble pas plus brillante…