La Passion du Christ

U.S.A - 2003. Réalisation : Mel Gibson.
Acteurs principaux : James Caviezel, Monica Bellucci, Maia Morgenstern.

La Passion du Christ fait le récit des 12 dernières heures de la vie de Jésus de Nazareth. Après avoir partagé un dernier repas avec ses apôtres, Jésus va au mont des Oliviers pour prier et résister aux tentations de Satan. Trahi par Judas, Jésus est arrêté et emmené à Jérusalem, où les chefs des pharisiens l'accusent de blasphème et lui font un procès qui a pour issue sa condamnation à mort.

Rarement un film n'aura soulevé autant de polémiques ! Antisémite, ultra-violent, kitsch… les accusations ont été multiples et de tous les registres, allant de la politique à l'esthétique et ce pendant plusieurs mois rendant même sa sortie sur les écrans français très incertaine. Son réalisateur est Mel Gibson, acteur apprécié de tous les milieux, connu pour avoir joué dans des films hollywoodiens fameux. Tourné en latin, araméen et hébreu, louant l'Amour et la Pardon, pourquoi ce film a-t-il alors déclenché de si vives attaques ? Mel Gibson se serait-il soudainement transformé en une bête antisémite suant la haine ?

La principale accusation portée contre ce film et qui détermine toutes les autres critiques, qu'elles soient cinématographiques ou autres, est la présentation réalisée de la responsabilité du peuple Juif dans la condamnation et la mort de Jésus.
En axant le film sur les derniers jours de la vie de Jésus, il semblait à vrai dire difficile de passer sous silence la présence et le rôle (quelle qu'en soit l'importance) des Juifs.
Tant pis, cela en était déjà trop pour certains et faire état de ce fait historique et logique constituait la pire des fautes.
Pour son très grand péché, Mel Gibson s'est donc vu privé de tous les moyens publicitaires traditionnels, se voyant refusé tout accès aux réseaux hollywoodiens classiques pour sa production.
Son réalisateur devra donc investir personnellement 25 millions de dollars et largement s'appuyer sur les réseaux des communautés chrétiennes évangéliques américaines.

Il faut dire que Mel Gibson est des plus motivé pour ce film. Père d'une très nombreuse famille, l'une de ses filles est entrée dans les Ordres. Il pratique la messe en latin, ne consomme pas de viande le vendredi et est issu d'une famille catholique traditionaliste rejetant les réformes de Vatican II (1962-1965) condamnant les interprétations des Evangiles rendant le peuple juif responsable de la mort du Christ.
Notons également que le père du cinéaste, Hutton Gibson, qui a créé en Californie une secte anticonciliaire de 100 000 adeptes, s'est fait remarqué par le passé par quelques déclarations au sujet de l'holocauste : "Ce n'est que, ou peut-être pas que de la fiction, mais ça l'est en grande partie", mais aussi "Les chambres à gaz et crématoires à Auschwitz n'auraient pas fait le travail. Savez-vous ce qu'il faut pour éliminer un cadavre ? Pour l'incinérer ? Il faut un litre d'essence et 20 minutes. Alors six millions [de victimes] ? Ils [les Allemands] n'avaient pas l'essence nécessaire". Interrogé sur son père, Mel Gibson a simplement répondu : "J'aime mon père".


Sorti aux Etats-Unis le 25 février de cette année, jour de la fête du mercredi des cendres, le film a été projeté dans 2 000 salles aux Etats-Unis, et a rencontré un succès immense.
Placé à la tête du box-office américain pendant plusieurs semaines consécutives, il a cumulé des recettes s'élevant à plusieurs centaines millions de dollars.
Malgré ce pari risqué, son distributeur, Newmarket, aurait engrangé sur les cinq premiers mois, plus de 400 millions de dollars, le film devançant certains des plus grands studios d'Hollywood, tels que Paramount, MGM ou encore Universal.

Malgré cet énorme succès, le film a failli ne pas sortir en France, faute de distributeur. Il a finalement pu être diffusé grâce à l'initiative d'un producteur… musulman ! Qu'en est-il en Israël ? La Passion du Christ, a été projetée à Tel-Aviv la veille de Noël, soit presque un an après sa sortie aux Etats-Unis, mais seulement à partir d'un DVD. Le film n'a en effet pas été distribué en Israël, officiellement non pas pour cause de censure mais par manque d'intérêt commercial.

"Nous tenions à ce que les spectateurs israéliens puissent voir ce film, bien qu'il ait été l'objet d'une controverse, en particulier pour ses aspects antisémites, car nous croyons en la liberté d'expression", a déclaré le directeur du cinéma à l'origine de la diffusion. Quelle fut alors la réaction des spectateurs juifs ? Révulsion d'abord face aux scènes de torture du Christ mais ensuite fous rires lorsque Maia Morgenstern (Marie) et Monica Bellucci (Marie-Madeleine) prient en hébreu. "J'ai trouvé ce film complètement idiot et répugnant. L'utilisation de l'araméen ne m'a pas du tout incitée à entrer dans le film", a estimé une retraitée. "Je pense aussi que c'est un film dangereux qui peut influencer les âmes sensibles. Même si les juifs avaient tué Jésus, ce qui en soit n'est pas si important car les juifs peuvent se tuer entre eux, j'ai bien peur que certains chrétiens fondamentalistes voient en ce film la vérité absolue", a-t-elle continué. Pour un jeune cinéaste, le film de M. Gibson "n'est ni plus ni moins qu'un snuff movie", un film illégal d'un viol ou d'un meurtre réel. Le film a été suivi par un débat portant davantage sur son manque de rigueur théologique que sur sa représentation des juifs comme déicides. "M. Gibson a fait de la Crucifixion un thème central alors qu'elle n'est mentionnée qu'une seule fois dans le Nouveau Testament. Et quel être humain peut porter une croix qui pèse plus de 150 kilos ?", a remarqué un anthropologue. "Aucune source théologique ne décrit de tels actes de torture. Je n'ai reconnu dans ce film ni Jésus l'homme ni Jésus le croyant, mais bien un hamburger", a noté un spécialiste en théologie à l'université de Tel-Aviv. Un autre s'est inquiété de l'impact de ce film sur les non-chrétiens : "Je pense que ce film est tout aussi antichrétien qu'il est antisémite. Comment mes étudiants pourraient-ils éprouver quelque empathie pour Jésus, dont le message n'est absolument pas exposé dans ce film ? Le film de M. Gibson semble ne cautionner que la violence et le martyre." Que de remarques objectives…