La Passion
du Christ fait le récit des 12 dernières heures
de la vie de Jésus de Nazareth. Après avoir partagé
un dernier repas avec ses apôtres, Jésus va au mont
des Oliviers pour prier et résister aux tentations de
Satan. Trahi par Judas, Jésus est arrêté
et emmené à Jérusalem, où les chefs
des pharisiens l'accusent de blasphème et lui font un
procès qui a pour issue sa condamnation à mort.
Rarement un film n'aura soulevé
autant de polémiques ! Antisémite, ultra-violent,
kitsch
les accusations ont été multiples
et de tous les registres, allant de la politique à l'esthétique
et ce pendant plusieurs mois rendant même sa sortie sur
les écrans français très incertaine. Son
réalisateur est Mel Gibson, acteur apprécié
de tous les milieux, connu pour avoir joué dans des films
hollywoodiens fameux. Tourné en latin, araméen
et hébreu, louant l'Amour et la Pardon, pourquoi ce film
a-t-il alors déclenché de si vives attaques ? Mel
Gibson se serait-il soudainement transformé en une bête
antisémite suant la haine ? |
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La principale
accusation portée contre ce film et qui détermine
toutes les autres critiques, qu'elles soient cinématographiques
ou autres, est la présentation réalisée
de la responsabilité du peuple Juif dans la condamnation
et la mort de Jésus. En axant le film sur
les derniers jours de la vie de Jésus, il semblait à
vrai dire difficile de passer sous silence la présence
et le rôle (quelle qu'en soit l'importance) des Juifs. Tant pis, cela en était déjà
trop pour certains et faire état de ce fait historique
et logique constituait la pire des fautes. Pour
son très grand péché, Mel Gibson s'est donc
vu privé de tous les moyens publicitaires traditionnels,
se voyant refusé tout accès aux réseaux
hollywoodiens classiques pour sa production. Son
réalisateur devra donc investir personnellement 25 millions
de dollars et largement s'appuyer sur les réseaux des
communautés chrétiennes évangéliques
américaines. |
Il faut dire
que Mel Gibson est des plus motivé pour ce film. Père
d'une très nombreuse famille, l'une de ses filles est
entrée dans les Ordres. Il pratique la messe en latin,
ne consomme pas de viande le vendredi et est issu d'une famille
catholique traditionaliste rejetant les réformes de Vatican
II (1962-1965) condamnant les interprétations des Evangiles
rendant le peuple juif responsable de la mort du Christ. Notons également que le père du cinéaste,
Hutton Gibson, qui a créé en Californie une secte
anticonciliaire de 100 000 adeptes, s'est fait remarqué
par le passé par quelques déclarations au sujet
de l'holocauste : "Ce n'est que, ou peut-être pas
que de la fiction, mais ça l'est en grande partie",
mais aussi "Les chambres à gaz et crématoires
à Auschwitz n'auraient pas fait le travail. Savez-vous
ce qu'il faut pour éliminer un cadavre ? Pour l'incinérer
? Il faut un litre d'essence et 20 minutes. Alors six millions
[de victimes] ? Ils [les Allemands] n'avaient pas l'essence nécessaire".
Interrogé sur son père, Mel Gibson a simplement
répondu : "J'aime mon père". |
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Sorti aux Etats-Unis le 25
février de cette année, jour de la fête du
mercredi des cendres, le film a été projeté
dans 2 000 salles aux Etats-Unis, et a rencontré un succès
immense. Placé à la tête du
box-office américain pendant plusieurs semaines consécutives,
il a cumulé des recettes s'élevant à plusieurs
centaines millions de dollars. Malgré ce
pari risqué, son distributeur, Newmarket, aurait engrangé
sur les cinq premiers mois, plus de 400 millions de dollars,
le film devançant certains des plus grands studios d'Hollywood,
tels que Paramount, MGM ou encore Universal.
Malgré
cet énorme succès, le film a failli ne pas sortir
en France, faute de distributeur. Il a finalement pu être
diffusé grâce à l'initiative d'un producteur
musulman ! Qu'en est-il en Israël ? La Passion du Christ,
a été projetée à Tel-Aviv la veille
de Noël, soit presque un an après sa sortie aux Etats-Unis,
mais seulement à partir d'un DVD. Le film n'a en effet
pas été distribué en Israël, officiellement
non pas pour cause de censure mais par manque d'intérêt
commercial. |
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"Nous
tenions à ce que les spectateurs israéliens puissent
voir ce film, bien qu'il ait été l'objet d'une
controverse, en particulier pour ses aspects antisémites,
car nous croyons en la liberté d'expression",
a déclaré le directeur du cinéma à
l'origine de la diffusion. Quelle fut alors la réaction
des spectateurs juifs ? Révulsion d'abord face aux scènes
de torture du Christ mais ensuite fous rires lorsque Maia Morgenstern
(Marie) et Monica Bellucci (Marie-Madeleine) prient en hébreu.
"J'ai trouvé ce film complètement idiot
et répugnant. L'utilisation de l'araméen ne m'a
pas du tout incitée à entrer dans le film",
a estimé une retraitée. "Je pense aussi
que c'est un film dangereux qui peut influencer les âmes
sensibles. Même si les juifs avaient tué Jésus,
ce qui en soit n'est pas si important car les juifs peuvent se
tuer entre eux, j'ai bien peur que certains chrétiens
fondamentalistes voient en ce film la vérité absolue",
a-t-elle continué. Pour un jeune cinéaste, le film
de M. Gibson "n'est ni plus ni moins qu'un snuff movie",
un film illégal d'un viol ou d'un meurtre réel.
Le film a été suivi par un débat portant
davantage sur son manque de rigueur théologique que sur
sa représentation des juifs comme déicides. "M.
Gibson a fait de la Crucifixion un thème central alors
qu'elle n'est mentionnée qu'une seule fois dans le Nouveau
Testament. Et quel être humain peut porter une croix qui
pèse plus de 150 kilos ?", a remarqué
un anthropologue. "Aucune source théologique ne
décrit de tels actes de torture. Je n'ai reconnu dans
ce film ni Jésus l'homme ni Jésus le croyant, mais
bien un hamburger", a noté un spécialiste
en théologie à l'université de Tel-Aviv.
Un autre s'est inquiété de l'impact de ce film
sur les non-chrétiens : "Je pense que ce film
est tout aussi antichrétien qu'il est antisémite.
Comment mes étudiants pourraient-ils éprouver quelque
empathie pour Jésus, dont le message n'est absolument
pas exposé dans ce film ? Le film de M. Gibson semble
ne cautionner que la violence et le martyre." Que de
remarques objectives
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