Midnight Express

Royaume-Uni - 1978. Réalisation : Alan Parker.
Acteurs principaux : Brad Davis, Randy Quaid, John Hurt.

A l'occasion d'un séjour en Turquie, Billy Hayes, un citoyen américain, est arrêté par la police alors qu'il s'apprête à quitter le pays, par avion, en transportant sur lui plusieurs kilos de hachisch.
Il est condamné par la justice à une peine de 4 ans de prison.
Il retrouve alors d'autres détenus occidentaux avec lesquels il se lie d'amitié et prépare rapidement un plan d'évasion, qui finit par échouer.
Alors que sa libération approche, la peine de B. Hayes est transformée en une détention à perpétuité.
Son séjour dans cette prison devient alors une véritable descente aux enfers : tortures physiques et mentales se succèdent au milieu de la corruption, de la violence et de la démence…


Considéré par beaucoup comme un film culte, Midnight Express est basé sur un scénario d'Oliver Stone, ce qui est moins connu.
Inspiré et adapté de l'histoire vraie d'un citoyen Anglais, voici un film d'une rare intensité qui ne peut laisser indifférent.
Dès le début du film, une forte pression est mise sur le spectateur à travers la tentative de passage de la frontière par le personnage principal bourré de haschich.
La tension franchit ensuite un pallier avec sa vie en prison et l'évolution de son moral et de sa situation psychologique.
L'incompréhension de Hayes face à une peine qu'il estime démesurée, face à un système dont il ne comprends pas l'injustice est parfaitement traduite par les différentes passages et superbement renforcé par l'absence totale de traductions de tous les dialogues en turc, insistant ainsi sur le décalage.
Billy Hayes subit humiliations sur humiliations et passe de l'espoir à la résignation puis à la folie, horribles étapes de sa descente aux enfers montrant une Turquie des années 70 sale, corrompue, bruyante et brutale.



Cette ambiance oppressante est accentuée par la bande son réalisée par Giorgio Moroder (qui a fait également la musique de "Scarface" avec Al Pacino), musique que l'on ne peut s'empêcher de retenir et qui revient à toutes les étapes du film, lancinante et obsédante.
Primé par l'Oscar de la meilleure musique originale et du meilleur scénario, ce film rencontre un succès incontesté depuis sa sortie en 1978, ce qui atteste de ses qualités cinématographiques.
Rares sont les films dont on parle encore 30 ans après et qui marquent encore, malgré l'évolution de la violence au cinéma.
Au vu de sa permanence dans le cœur des cinéphiles, voilà vraiment un chef d'œuvre.


Il éveille malgré tout quelques suspicions, en toute logique au sein de la communauté Turque et quelques associations et sites internet francophones militent contre l'interdiction du film.
Ils auraient obtenu récemment l'annulation par TF1 d'une prochaine diffusion. Ils se basent notamment sur le récit original de B. Hayes.
Certains affirment à la lecture du livre, qu'existent d'importantes différences entre les versions cinématographique et littéraire, notamment quant à l'image de l'Américain "modèle" qui ne consomme pas ou peu de drogues, qui a une conduite exemplaire, alors que la réalité de l'histoire initiale semble être différente.
Ils insistent sur l'image caricaturale de la Turquie qui y est véhiculée et qui ne correspond à la réalité d'aujourd'hui.
Précisons également qu'à l'inverse de la réalité, le personnage principal est ici présenté comme Américain alors qu'il est Anglais initialement.


Pour mémoire, notons que, venu récemment en Turquie faire la promotion de son dernier film "Alexandre", Oliver Stone a reçu un très mauvais accueil de la part de l'opinion turque.
Il a réagit en disant qu'il regrettait que "beaucoup de coeurs aient été brisés en Turquie" après la sortie de ce film et a également rencontré le ministre turc de la Culture.
Estimant que le film exagérait la situation du pays à l'époque, il avait d'abord été interdit, avant d'être finalement diffusé mais seulement à la télévision.

Bien sûr, la situation de ce pays n'est pas la même aujourd'hui que dans les années 70 mais c'est un film qu'il n'est jamais mauvais de regarder une nouvelle fois en ces temps agités où l'on parle tant de l'éventuelle entrée de la Turquie dans l'Union européenne, entrée qui constituerait la fin programmée de notre civilisation…