Takeshi Kitano

Réalisateur Japonais né en 1947.
Filmographie actuelle : 11 films.

Pour changer, nous avons décidé de vous parler non pas d'un film mais d'un réalisateur, tant celui-ci est central : Takeshi Kitano est un de ces réalisateurs du nouveau cinéma japonais dont le succès est énorme au pays du Soleil Levant. Connu autant pour ses films que pour ses délires télévisuels comiques, T. Kitano et son œuvre se caractérisent par l'alliance d'une violence pure à une réelle poésie et à des scènes d'un comique tordant. Jusque-là essentiellement connu dans son pays, il commence depuis quelques années déjà à rencontrer un réel succès en Europe notamment.

Il est à l'origine d'un nombre important de films, au style très varié. Il a débuté et s'est fait connaître en 1989 par "Violent cop", sur le monde des Yakuza (1) et caractérisé par sa violence extrême. Cela ne l'a pas empêché de faire des films comique ("Getting any" - 1994), poétique ("Dolls" - 2003) ou d'aventure ("Zatoichi" - 2003). Mais les plus incontournables sont probablement "Sonatine", "Kids return", "Hana-bi" ou "L'été de Kikujiro" réunissant tous ces styles différents.


Il n'est bien évidemment pas possible de parler de tous, même si chacun mériterait une analyse particulière. Un de ces films retiendra malgré tout l'attention en ce qu'il a pu constituer un test pour l'évolution de sa filmographie : "Aniki mon frère" sorti en 1999. Pourquoi cette attention ? Pour ce film, le cinéaste nippon a décidé de tenter une nouvelle expérience : réaliser un film sur la base d'une coopération américano-japonaise puisque le casting, la production mais aussi le lieu de tournage sont répartis entre ces deux pays. Se pose alors pour tout amateur de Takeshi Kitano, l'incontournable question : en partant tourner aux States, le cinéaste japonais a-t-il perdu son âme et fini par faire des films adaptés aux standards de production hollywoodiens, comme a pu le faire dans une certaine mesure le hong-kongais John Woo ? Et bien, non, Takeshi Kitano ne s'est pas américanisé, il est resté fidèle à lui-même et à son art. La preuve.

"Aniki mon frère" se base sur une histoire simple : Yakuza de son état, Yamamoto doit soudainement fuir son pays suite à une affaire qui tourne mal. Il quitte le Japon et retrouve son demi-frère Ken, petit malfrat minable, à Los Angeles. Il prend alors la tête du gang de Ken qui, en imposant le code d'honneur des Yakusi, supprimera les bandes rivales pour finalement étendre son territoire.


Sur une histoire de gangsters, qui peut paraître classique et banale, Takeshi Kitano signe ici un film d'une certaine complexité puisqu'il allie plusieurs thèmes qui sont centraux dans l'œuvre de ce cinéaste atypique.
D'abord, ce film, comme les précédents, se caractérise par une violence pure et extrême qui peut surprendre voire choquer lorsque l'on n'est pas habitué à cette certaine forme de cinéma asiatique, mais qui fait partie de ses particularités.
Ensuite, Aniki mon frère est marqué par un fort humour noir, froid et ironique qui ne se retrouve que dans ce type de films. La concrétisation de cet humour passe par des scènes d'attente totalement décalées ou sont crées des jeux dont l'ironie le dispute à l'absurde et qui sont à se tordre de rire lorsqu'on est initié.
Enfin, la dernière caractéristique de ce film (et plus globalement de l'œuvre de Kitano et dans une certaine mesure du cinéma asiatique) réside dans sa lenteur, qui le rend souvent austère et difficile d'accès pour le non-initié. En effet, le propre de la culture asiatique pure est le silence et l'omission qui, loin d'être sans signification comme dans la culture occidentale, sont ici pleins de signification et riches de sens.

Cette spécificité culturelle rend souvent le débutant hermétique mais, une fois intériorisée, elle révèle un cinéma décalé par rapport aux standards américains, ce qui est positif, et qui est riche de nouveauté, de profondeur et de changement.

Takeshi Kitano est donc un cinéaste à découvrir absolument en tant qu'alternative sérieuse à l'hégémonie américaine en matière de cinéma… après avoir dépassé la phase de surprise ! ! !

(1) Nom donné aux membres de la mafia japonaise.