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Pour changer,
nous avons décidé de vous parler non pas d'un film
mais d'un réalisateur, tant celui-ci est central : Takeshi
Kitano est un de ces réalisateurs du nouveau cinéma
japonais dont le succès est énorme au pays du Soleil
Levant. Connu autant pour ses films que pour ses délires
télévisuels comiques, T. Kitano et son uvre
se caractérisent par l'alliance d'une violence pure à
une réelle poésie et à des scènes
d'un comique tordant. Jusque-là essentiellement connu
dans son pays, il commence depuis quelques années déjà
à rencontrer un réel succès en Europe notamment.
Il est
à l'origine d'un nombre important de films, au style très
varié. Il a débuté et s'est fait connaître
en 1989 par "Violent cop", sur le monde des Yakuza
(1) et caractérisé par sa violence extrême.
Cela ne l'a pas empêché de faire des films comique
("Getting any" - 1994), poétique ("Dolls"
- 2003) ou d'aventure ("Zatoichi" - 2003). Mais les
plus incontournables sont probablement "Sonatine",
"Kids return", "Hana-bi" ou "L'été
de Kikujiro" réunissant tous ces styles différents. |
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Il n'est bien évidemment
pas possible de parler de tous, même si chacun mériterait
une analyse particulière. Un de ces films retiendra malgré
tout l'attention en ce qu'il a pu constituer un test pour l'évolution
de sa filmographie : "Aniki mon frère" sorti
en 1999. Pourquoi cette attention ? Pour ce film, le cinéaste
nippon a décidé de tenter une nouvelle expérience
: réaliser un film sur la base d'une coopération
américano-japonaise puisque le casting, la production
mais aussi le lieu de tournage sont répartis entre ces
deux pays. Se pose alors pour tout amateur de Takeshi Kitano,
l'incontournable question : en partant tourner aux States, le
cinéaste japonais a-t-il perdu son âme et fini par
faire des films adaptés aux standards de production hollywoodiens,
comme a pu le faire dans une certaine mesure le hong-kongais
John Woo ? Et bien, non, Takeshi Kitano ne s'est pas américanisé,
il est resté fidèle à lui-même et
à son art. La preuve.
"Aniki mon frère"
se base sur une histoire simple : Yakuza de son état,
Yamamoto doit soudainement fuir son pays suite à une affaire
qui tourne mal. Il quitte le Japon et retrouve son demi-frère
Ken, petit malfrat minable, à Los Angeles. Il prend alors
la tête du gang de Ken qui, en imposant le code d'honneur
des Yakusi, supprimera les bandes rivales pour finalement étendre
son territoire. |
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Sur une histoire
de gangsters, qui peut paraître classique et banale, Takeshi
Kitano signe ici un film d'une certaine complexité puisqu'il
allie plusieurs thèmes qui sont centraux dans l'uvre
de ce cinéaste atypique. D'abord, ce film,
comme les précédents, se caractérise par
une violence pure et extrême qui peut surprendre voire
choquer lorsque l'on n'est pas habitué à cette
certaine forme de cinéma asiatique, mais qui fait partie
de ses particularités. Ensuite, Aniki mon
frère est marqué par un fort humour noir, froid
et ironique qui ne se retrouve que dans ce type de films. La
concrétisation de cet humour passe par des scènes
d'attente totalement décalées ou sont crées
des jeux dont l'ironie le dispute à l'absurde et qui sont
à se tordre de rire lorsqu'on est initié. Enfin,
la dernière caractéristique de ce film (et plus
globalement de l'uvre de Kitano et dans une certaine mesure
du cinéma asiatique) réside dans sa lenteur, qui
le rend souvent austère et difficile d'accès pour
le non-initié. En effet, le propre de la culture asiatique
pure est le silence et l'omission qui, loin d'être sans
signification comme dans la culture occidentale, sont ici pleins
de signification et riches de sens. |
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Cette
spécificité culturelle rend souvent le débutant
hermétique mais, une fois intériorisée,
elle révèle un cinéma décalé
par rapport aux standards américains, ce qui est positif,
et qui est riche de nouveauté, de profondeur et de changement.
Takeshi
Kitano est donc un cinéaste à découvrir
absolument en tant qu'alternative sérieuse à l'hégémonie
américaine en matière de cinéma
après
avoir dépassé la phase de surprise ! ! !
(1) Nom donné aux membres de la mafia japonaise.
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