Bloody Sunday

Irlande - 2002. Réalisation : Paul Greengrass.
Acteurs principaux : James Nesbitt, Tim Pigott-Smith, Nicholas Farell.

Le dimanche 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, Ivan Cooper est l'organisateur d'une marche pacifique pour l'égalité des droits entre catholiques irlandais et protestants britanniques. Il est farouchement déterminé à éviter toute violence entre les différents protagonistes. Mais, malgré son dialogue avec les autorités unionistes et ses tentatives de négociation avec les forces de l'ordre britanniques, la manifestation se transforme en émeute et tourne au drame : treize irlandais sont assassinés par l'armée britannique d'occupation. Cette journée, désormais inscrite dans l'Histoire sous le nom de Bloody Sunday, marque alors le début de la guerre civile.

Bien évidemment, il n'est pas nécessaire d'expliquer que ce film est entièrement basé sur une histoire vraie et qu'il ne fait que conter ici la réalité historique de la barbarie impérialiste britannique, telle qu'elle a pu s'exercer ce jour-là en Irlande du Nord. Dans cet esprit, de par son scénario et de par son déroulement même, ce film paraît bien souvent appartenir plus à la catégorie des documentaires historiques qu'à celles des films de cinéma avec des images chocs, très dures, caméra à l'épaule. Une histoire, que l'on connaît avant d'entrer dans la salle, mais qui nous scotche malgré tout au siège à la fin de la projection à cause de l'émotion, avec l'impression d'avoir été les témoins de cet évènement dramatique. Un film poignant, plein d'émotions et de réalisme dont la violence est parfois à la limite du soutenable.

Pour autant, Bloody Sunday présente un écueil considérable dans son esprit général et dans la leçon qu'il veut tirer de ces évènements à titre d'enseignement historique : l'objet de la critique acerbe est ici la Guerre ! Non pas l'impérialisme britannique et son lot de crimes et d'injustices mais au contraire, ce film présente les oppresseurs et les oppressés comme étant tous victimes d'un seul mal : la Guerre, symbolisée par le pire objet qu'il puisse exister, l'Armée. Cet écueil est accentué par la chanson de générique qui clôt le film et qui est interprétée par le fameux groupe U2 et dont l'esprit pourrait être synthétisé par un puéril " C'est mal la guerre ! "… Il paraît donc dommage de constater que ce film ne va pas jusqu'au bout de sa démarche en désignant comme coupables la Guerre et l'Armée plutôt que le régime d'occupation britannique.

Malgré cette importante lacune, ce film reste à voir absolument pour le souvenir et pour l'avenir… En se rappelant que les mêmes évènements se déroulent en ce moment un peu partout dans le mode, en Palestine notamment, et ceci dans l'indifférence générale ! Mais peut-être aurons-nous la chance d'avoir un documentaire dans 20 ans…