Assassin(s)

France - 1997. Réalisation : Mathieu Kassovitz
Acteurs principaux : Michel Serrault, Mathieu Kassovitz, Mehdi Benoufa.

"Le film le plus nul depuis l'invention du cinéma" pour le Figaro. "Un film passionnant et violent, qui laisse en état de choc" pour la revue Studio. A n'en pas douter, lorsqu'un film parvient à éveiller des impressions aussi contradictoires, c'est qu'il y a matière à commenter. Ce film c'est "Assassins" du réalisateur et acteur Mathieu Kassovitz. Pourquoi parler d'un tel réalisateur sur un site comme le nôtre ? Il est certain que les idées de Kasso' ne sont pas les nôtres, il suffit de se souvenir de ses films "La Haine" ou "Métisse" pour s'en convaincre. Pourtant, "Assassin(s)" mérite qu'on s'attarde sur ce film très politiquement incorrect. Voyons donc tout ça…

Monsieur Wagner est un artisan du crime. Depuis plus de quarante ans, il est payé pour tuer des gens. Et depuis plus de quarante ans, il pratique son métier avec l'amour du travail bien fait, comme une éthique ambiguë mais réelle, et selon lui nécessaire. En rencontrant Max, un jeune chômeur, Wagner pense avoir trouvé en lui, son successeur. Il va s'appliquer à lui enseigner son savoir-faire et son sens de l'éthique... Mais les temps ont changé... Et l'éthique n'est plus ce qu'elle était...


Une chose est sûre, le scénario n'est pas banal ; la transmission du crime et de son éthique. comme un artisanat. Initialement court métrage, ce film est souvent présenté comme essentiellement basé sur la critique de la violence pure. Pourtant, l'axe clef de cette œuvre n'est pas tant cette violence dénoncée que la critique de ses causes. Et quelles sont les causes (au moins partielles) qui sont ici analysées ? Ce sont les médias au sens général mais surtout plus particulièrement la télé. Une citation de Kassovitz est sur ce point intéressante : "Après l'expérience de Cannes en 1995 pour La Haine, qui m'apprend beaucoup sur "les media" et leur manque d'éthique et d'intelligence, au profit de produits fait pour vendre aux plus grands nombres, je deviens très violent envers les journalistes, les accusant de manque de conscience morale et politique. Ceux-ci ne comprennent pas qu'on puisse les attaquer (surtout quand l'attaquant à de bonnes critiques) réagissent comme des enfants et deviennent agressifs." En effet, comme l'annonce ici le réalisateur, ce film a été très mal reçu par les médias, il suffit de se souvenir pour exemple de la citation faite du Figaro. Dans le même esprit, il a été littéralement hué par le public de professionnels et d'amateurs de cinéma lors de sa première projection au festival de Cannes !

Pourquoi tant de haine ? "Assassin(s)" montre très clairement la responsabilité des pouvoirs publics et des médias dans l'évolution de la société vers une violence toujours plus grande et aveugle. "Toute société a les crimes qu'elle mérite" affirme-t-il. La télé est omniprésente dans le film et rythme l'ensemble des étapes que franchissent les personnages dans leur déchéance. Certains scènes sont d'ailleurs très fortes et sont sans ambiguïtés sur le message délivré : ainsi, celle où l'enfant de 14 ans, devenu tueur à gage, crible de balles le cadavre de la femme qu'il vient de tuer après avoir s'être abruti quelques minutes devant la télé allumée de la victime.

Plus généralement, ce film est excellemment bien fait au niveau cinématographique, truffé de petites allusions mais aussi novateur sur biens des plans. Un tour de force a par exemple été de choisir Michel Serrault pour le rôle du vieux tueur à gage. Alors que nous connaissons tous cet acteur pour ses rôles, disons "rigolards", on est surpris par la justesse et le caractère convaincant de son interprétation. Dans le même esprit, le film se base sur plusieurs ruptures dans la narration par le personnage principal, ce dernier changeant selon les moments du film ; sans vouloir dévoiler une évolution clef du film, des surprises existent donc quant au personnage principal, puisqu'on ne peut pas parler ici de "héros". Ce qui est certain c'est que ce film ne suit pas les règles conventionnelles du cinéma commercial qui veut que le héros gagne à la fin ou que le méchant soit puni !

Au-delà de ces éléments cinématographiques, il est essentiel de retenir l'aspect politiquement incorrect et très critique de ce film sur le caractère néfaste de la télé, film qui répétons-le a été mis au pilori par les médias. Il est d'ailleurs intéressant d'observer que "l'idiot utile" qu'était devenu Kassovitz avec "La Haine" en renforçant la victimisation des banlieues, a vu les médias se retourner contre lui lorsqu'il a osé faire un film qui ne correspondait pas à ce que les médias et le politiquement correct exigeaient. Retour de boomerang dirait-on !

Quoiqu'il en soit, encore après ce film, n'oubliez pas, comme le chante si bien le groupe de RIF IDF : "Cassez vos télévisions !".