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(AU DELÀ DES FLOTS) Navire combien de ports as-tu vu, navire italien. Navire qui traverse le Golfe de Venise Agile, tu avances même par simple inertie. Emmène-moi, rapide, sur la côte polesane (1) Cours plus vite qu'un renard vers sa tanière Et toi, belle dame, tu ne seras plus seule Nous danserons ensemble dans les Arènes de Pola (2). Elle te révélera sûrement des vérités profondes Parce qu'en Istrie, est-ce que ça ne te semble pas étrange Même les pierres parlent italien. Seule nous borde la danse des dauphins Et puis Arbe (3) et Veglia (4) nous regardent passer, Même après cinquante ans on ne peut pas oublier. Elle te révélera sûrement des vérités profondes Parce qu'en Istrie, est-ce que ça ne te semble pas étrange Même les pierres parlent italien. Navire, combien de gens se sont échappés de Fiume (6) Pense à ces imbéciles qui à la télévision Appellent "Dubrovnik" la belle Raguse Elle te révélera sûrement des vérités profondes Pour qu'en Italie, nous n'oublions pas Combien a souffert le peuple d'Istrie. Pour qu'en Italie, nous n'oublions pas Combien souffre le peuple d'Istrie. (2) Ville italienne de l'Adriatique, devenue croate après la guerre et désormais appelée Pula (3) Île italienne de l'Adriatique devenue croate après la guerre et désormais appelée Rab (4) Idem (5) Golfe de l'Adriatique (6) Ville italienne de l'Adriatique, devenue croate après la guerre (LE VOL DU FAUCON) De la grisaille quotidienne Six heures de marche Torrents, bois et prés Et puis en respirant bien On monte encore plus haut Les conditionnements Sont restés en bas, Ainsi, la cime est proche Montagne retrouvée Silence, seul le vent Sur la peau brûlée Mais quelqu'un déjà observe Silencieux et détaché, Quelqu'un depuis longtemps Prudent, s'est envolé Et le faucon vole haut Au-dessus de tes soucis Planant sans fin Il voit par-dessus nous autres Et les aspects cachés De son esprit antique Révèlent des poèmes Composés sur les hauteurs Voler comme un faucon Parfois ça peut servir À clarifier les idées À chercher à comprendre Parmi tant de faux mythes Quelque chose de plus vrai Ni déçu ni repenti Tel un faucon sincère Et le faucon vole haut Au-dessus de tes soucis Planant sans fin Il voit par-dessus nous autres Et les aspects cachés De son esprit antique Révèlent des poèmes Composés sur les hauteurs. (MILLO) Une maison de lagune Sous le porche deux chiens Le patron est en train de ronfler Puis une voix forte et généreuse Qui m'appelle sur la porte Avec deux tapes sur l'épaule "Entre, il y a à boire" Mon frère est une chanson Bâtie solide par la vie Du vin noir qui fait du bien Qui donne envie de bouger Et j'aime à l'imaginer Toujours à la chasse avec ses chiens Sur une barque longue et plate Le fusil à la main À défendre avec rage La lagune empoisonnée Par le poison des modernes turkmènes Les industriels Mon frère est né antique Presque l'archétype d'un monde De paysages désormais disparus Qu'il reflète parfaitement Des sensations retrouvées Le long des berges du fleuve Avec le vent qui nous caresse Nous autres de hier et de demain Mon frère est une chanson Bâtie solide par la vie Du vin noir qui fait du bien Qui donne envie de bouger. (ADIEU A PERASTO) Réunis dans l'église Les femmes de Perasto Vêtues de noir Amer est ce moment Finalement arrivé Que de larmes amères Vous avez versé Que de larmes de sang Vous avez versé Corse ou français Tu as vendu la Dalmatie L'Autriche arrive Dans quelques minutes Nous n'avons jamais fui Ni vaincus ni peureux Ni les tempêtes ni les vagues Ne nous ont jamais vaincus Ni les ennemis ni les vagues Ne nous ont jamais fait plier Ti con Nu, Nu con Ti (2) Pour nous 400 ans Se sont écoulés Fidèles aux lions (3) Comme des anges ailés Un drapeau enterré Durant des siècles invaincu Sous l'autel Jamais ne sera vaincu Et alors qu'à Venise La pourriture jacobine Ivre, bât son plein Et devient meurtrière Nous autres de Perasto Libres et fiers Le coeur à San Marco (4) Et le feu aux voiliers Le coeur à Venise Et le feu aux voiliers ! Ti con Nu, Nu con Ti. (2) "Toi avec Nous, nous avec Toi". Mots prononcés en dialecte vénitien par le Capitaine Giuseppe Viscovich le 23 août 1797, en signe de fidélité à la République de Venise, lorsque la bannière de San Marco fut amenée une dernière fois sur Perasto avant que celle-ci ne passe aux mains des Autrichiens. (3) Trois lions couronnés figurent sur les armes de la Dalmatie, le Lion de Saint Marc sur celles de Venise. (4) Piazza San Marco, place principale de Venise. DIEU QUE TU AIMAIS (à Hölderlin) Et sous l'apparence d'un aigle Personne ne m'a jamais enseigné Par quelles routes Atteindre tes cimes Et si mon regard s'élève Je ne trouve que ce soleil Impassible et muet Et la distance est telle Qu'il se dérobe ou m'éblouit Et je me sens perdu Et puis je me souviens que sur le Mont Ida Ou sur les rives du Rhin Il y a plus de deux mille ans, ou beaucoup moins Tu m'enlevas dans le ciel Et à la douce quiétude Moi seul, entre toutes les créatures, tu voulus arracher Je me souviens des ailes ouvertes qui Vers ton festin me laissèrent tomber. (MÈRE NATURE) Pour ses sources empoisonnées Pour le plastique dans le pain Pour les campagnes abandonnées Pour l'usure organisée Par les multinationales Pour la chimie dans les champs Transformés en hôpitaux Mais sans honneur, non Mais contre l'homme, non On ne peut pas aller. Pour ses bois incendiés Pour les antiques sources Étouffées par les détritus Pour les gênes du saumon Implantés dans les fruits Pour un monde révolté Contre l'ensemble de la nature Mais sans foi, non Mais contre l'homme, non On ne peut pas aller. Que de ses cités Les gens intoxiqués S'en retournent aux champs La force retrouvée Qui coule dans nos veines Notre mère nature Nous guide et nous soutient Mais sans amour, non Mais contre l'homme, non On ne peut pas aller. Telles des reines endormies Toujours dans mon coeur Je garderai le souvenir Des roches blanches des Incoronate Sur vos plages je me suis reposé Et avec les vieux j'ai péché Toujours avec moi Je garderai à l'esprit Des roches blanches des Incoronate Toujours dans mon coeur Je garderai le souvenir Des roches blanches des Incoronate. (MÊME SI TOUS NOUS NON !) Nous n'étions pas nombreux à fréquenter ce trou Tu écrivais sur le mur, tout affairé, Des paroles étranges mais sans équivoque. Même si tous Nous non ! X 4 Mais moi, 20 ans après, je ne l'ai pas encore oublié Parce que tu sais, certaines émotions, en particulier si elles sont sincères Tu les conserves à l'esprit et elles deviennent des drapeaux Mais ma vieille chanson s'élève encore dans le ciel. Nous sommes en train de jeter aux orties, pour courir après le pouvoir Notre foi la plus ancienne et nos raisons les plus authentiques. À présent tout change, vive la loi du marché". Mais il y a quelque chose qui détonne dans ce raisonnement Quelque chose qui ne l'épargne pas, quelque chose qui reste dans le vent. Ce sont les voix de tous ceux qui nous ont déjà laissé Et il ne me semble pas qu'ils soient morts en criant "vive la loi du marché". Tombaient déjà Dans les vieilles caves Ils préparaient déjà le vin Depuis des temps immémoriaux Ils attendaient : L'hiver l'année finira bientôt. Le milan vole toujours Dans les nuages Il continuera À chasser sa proie Dans les bois Ils ramassaient le houx : Le gui, dans les cheminées, Brûlera Le vent et la tempête déjà se déchaînaient Mais dans les vieilles caves Le vin réchauffait Les pères de son peuple le savaient : La nuit la plus longue va arriver. Et les vieux ménestrels Racontaient Les histoires vieilles de deux mille ans Et puis ils parlaient De dragons et de princesses La nuit la plus longue va arriver La longue nuit finira Demain le soleil vaincra Le froid et la peur il chassera Et l'espoir reviendra Le gel et la neige déjà diminuaient Dans le coeur des gens Déjà les pensées couraient En même temps que les aïeux Ils se souvenaient : Hivers déjà vaincus Voilà des années Ils saluaient encore L'année écoulée Mais bientôt la nouvelle Arrivera Dans l'aube l'espérance Ils saluaient Le Soleil invaincu Le Soleil invaincu Le Soleil embrassera Le jour nouveau. |
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