Entrevue réalisée
avec Eduardo, responsable du Label Bicefala.
Avant toute chose,
peux-tu nous présenter le label Bicefala : quand et comment
cette aventure a-t-elle débutée ? Quels étaient
vos buts, vos motivations ? C'est vrai, c'est une question classique
mais pourquoi avez-vous choisi ce nom " Bicefala "
? Que cela signifie-t-il pour vous ?
Bicefala n'est pas un
label de disques mais un site Internet. Je suppose qu'à
travers cette question, vous faites allusion à Rata-ta-ta-ta.
Nous avons commencé cela en 1993. Les causes ? Ce sont
les mêmes que celles qui font se lever les gens de toute
l'Europe, pour transmettre leur discours à travers un
pentagramme En ce qui concerne l'aigle bicéphale, c'est
l'aigle à deux têtes, l'héritage romain,
le rêve des vieux empereurs du Saint Empire Romain Germanique,
notre terre et notre ciel, notre Nord, notre civilisation.
Tout ça est
un peu confus pour nous français : quels sont les liens
entre "Bicefala", "Rata-ta-ta-ta" mais aussi
"Soportes Sonoros" ? Ce sont les différents
éléments d'une seule association ou au contraire
des organisations distinctes ?
Bicefala, comme nous le
disions auparavant, c'est un site Internet (www.bicefala.com).
Rata-ta-ta-ta, une marque déposée de disques. Soportes
Sonoros, SL, [Supports sonores] une société commerciale.
Les trois mousquetaires, sans D'Artagnan.
Différents articles
sur Internet parlent d'une revue gratuite publiée il y
a quelques années et liée à Bicefala : "
Respuesta Sonora " [Réponse
sonore]. J'ai entendu dire que c'était un grand
projet qui fut de qualité mais qui se solda par un échec,
tu peux nous en parler ?
Plus qu'un projet, "
Respuesta Sonora " fut une initiative publicitaire destinée
à développer le marché musical " national
". Un produit nouveau, avec une présentation honnête
et une diffusion relativement importante (18 000 exemplaires
pour le second numéro). L'objectif principal était
d'étendre notre marché afin d'atteindre en l'an
2000 une production de 100 000 exemplaires de dix albums différents.
Nous n'avons pas poursuivi cette aventure, l'investissement ne
fut pas amorti et pour des raisons purement logiques, la revue
fut fermée.
Être responsable
d'un label alternatif n'est sûrement pas évident
aujourd'hui. Quelles sont les difficultés quotidiennes
que peut causer la répression du système, les persécutions
financières, notamment ?
Nous n'avons jamais eu
de problèmes et nous espérons ne jamais en avoir.
Nous sommes une entité marchande et nous nous efforçons
de respecter scrupuleusement les législations civile,
marchande et commerciale. Civilement, nous sommes tout à
fait dans la légalité puisque le message que nous
transmettons à travers nos produits est à chaque
fois scrupuleusement vérifié avant toute commercialisation
pour voir s'il ne franchit pas la limite instaurée par
les lois. Au niveau marchand, nous payons nos taxes et impôts
et nous effectuons toutes les formalités. Et puis commercialement,
nous nous en tenons aux réglementations générales
et spéciales qui nous concernent. Pourquoi aurions-nous
alors des problèmes ?
Bon, parlons maintenant
directement de musique, quelle est la situation actuelle de la
musique alternative en Espagne ? Est-ce qu'il y a un courant
dynamique ? Pour les camarades français, tu peux nous
présenter les différents groupes et styles ?
C'est une question très
large que de parler des groupes et des styles. D'ailleurs, vous
pourriez presque mieux en parler que nous étant donné
le contenu de votre site. Quoi qu'il en soit, la situation en
Espagne n'a pas subi de hausses ou de baisses sensibles sur les
cinq dernières années, elle est restée stable.
Il existe aujourd'hui
un débat au sein du monde musical identitaire entre ceux
qui veulent une diffusion maximum de notre musique, par exemple
à travers la copie de CDs et les MP3, et ceux qui pensent
que la copie tue la musique alternative. C'est une question que
nous avons déjà posée par le passé
au label Perimetro, à l'association Lorien ainsi qu'à
beaucoup de groupes italiens, alors quelle est votre opinion
sur ce sujet ?
Est-ce qu'il y a vraiment
lieu d'en débattre ? Est-ce qu'on peut s'occuper correctement
d'un débat apparent lorsqu'il oppose les idiots et les
" plus malins " ? Si on ne vendait pas de CDs à
des prix raisonnables, notre musique n'existerait pas. C'est
la seule réalité. Que penseriez-vous d'un débat
sur l'opportunité politique de boire du vin plutôt
que de la bière comme élément d'un programme
méditerranéen de Kulturkampf ? C'est absurde. Celui
qui veut diffuser, qu'il diffuse, mais qu'il paye. Qu'il paye
ceux qui investissent dans les instruments. Qu'il paye ceux qui
investissent dans les productions. Qu'il paye ceux qui s'investissent
intellectuellement et matériellement. Qu'il paye ceux
qui produisent et créent.
De quelle liberté
disposent les groupes alternatifs en Espagne ? Est-il facile
d'organiser des concerts ou au contraire la répression
est-elle forte comme en France ?
En Espagne, il est possible
de dire des choses très précises tandis que d'autres
sont au contraire interdites. En Allemagne, en France ou au Congo,
non ­ au Congo assurément non ­ et celui qui n'est
pas trop jeune ou trop bête sait ce qu'il peut dire sans
franchir la frontière qui sépare le permis de l'interdit.
Sachant cela, il existe deux possibilités : ou tu franchis
le Rubicon ou tu restes de l'autre côté. Par contre,
ce qu'il est possible de penser intérieurement est une
autre chose vis-à-vis de la légalité en
vigueur et de la morale qu'elle inspire. Extérieurement
en tout cas, évidemment tu ne peux pas tout dire mais
jamais personne n'a été condamné pour une
pensée mais pour une action Pour le moment en tout cas
! Pour les concerts, nous ne pouvons pas en parler puisque jusqu'à
présent nous n'en avons organisé aucun.
Une nouvelle initiative
est apparue en Espagne : le RUN ­ Rock Urbano Nacional [Rock urbain national]-,
produit par Rata-ta-ta-ta, pourquoi avoir crée ce nouveau
style musical ?
Pour le moment, le Rock
Urbain National est seulement un titre d'album, nous verrons
plus tard si nous arrivons à en faire une tendance musicale.
Dans certaines des
chansons des groupes identitaires espagnols, ressortent beaucoup
de préoccupations sur l'unité de l'Espagne et notamment
la lourde question du séparatisme. Quelle est votre position
sur ce point ?
Nous imaginons que notre
type de préoccupations est identique au vôtre au
vu de la Corse et de la Bretagne. Le séparatisme breton
actuel, par exemple, n'a pas de rapport avec le vrai régionalisme.
De la même manière, le séparatisme basque
ou catalan d'aujourd'hui n'a rien avoir avec la bannière
traditionaliste. Évidemment, nous avons vu s'élever
l'Ikurriña [Bannière Basque] chez une certaine
force nationale française ; comment est-il possible que
les militants du Pays Basque Français puissent lever un
drapeau conçu par le père de l'indépendantisme
basque suivant alors le patron de la Bretagne pour s'affirmer
face à la France et à l'Espagne ?
Tu connais le RIF ?
Que penses-tu de cette initiative ? À quand une collaboration
entre Bicefala et les labels français comme Memorial Records
ou Bleu Blanc Rock ?
Bien sûr que nous
connaissons, c'est une initiative très positive avec un
bon nombre de CDs. Une collaboration ? Dès qu'un projet
de travail nous est proposé, nous sommes prêts !
Dans toute l'Europe,
la musique alternative est en pleine expansion. Que penses-tu
de son développement, des différents groupes et
de son futur ? Comment serait-il possible d'augmenter l'impact
musical de cette alternative ?
Nous avons des doutes,
au moins en ce qui concerne notre région, sur le développement
de ce vous décrivez. Malheureusement, nous n'arrêtons
pas d'être un phénomène marginal oscillant
entre des maximums et des minimums très limités
et qui n'est pas capable de sortir d'une zone politique déterminée.
Pour augmenter l'impact musical de cette alternative, comme tous
les moyens culturels, ça ne peut se faire qu'à
travers deux espaces : l'espace public et l'espace privé.
Pour ce qui est de l'espace public, la seule possibilité
peut venir d'une force politique qui, localement, favoriserait
la promotion des produits dans toutes leurs étapes (académie
de musiciens, locaux de répétition). En ce qui
concerne l'espace privé, c'est également limité
: seule une grande entreprise pourrait parier sur un produit
dans toutes les étapes dont nous avons déjà
parlé.
Quelles sont les relations
de Bicefela avec le label italien Perimetro ? Et avec les allemands
d'IDM ? (Identitat Durch Music) ?
Avec Perimetro, nos relations
sont tout à fait bonnes. Avec les Allemands, aussi. Nous
nous échangeons beaucoup de nos produits respectifs régulièrement.
Une initiative très
intéressante est née il y a quelques années,
produite par Rata-ta-ta-ta : la collaboration entre l'Italie
et l'Espagne pour chanter le patrimoine NR Italien en Espagnol,
Hyperborea. C'était un CD géant, comment est-il
né ?
Pour nous, le CD d'Hyperborea
reste plus ou moins un résultat d'une qualité moyenne,
il ne fut pas merveilleux en tout cas. Par contre, l'adaptation
des Polonais de K-88 en Espagnol qui doit sortir en mai 2003,
est un meilleur souvenir. Quoi qu'il en soit, le projet Hyperborea
est né comme naissent beaucoup de choses : il y a eu une
idée, de la réceptivité et puis tout ça
c'est concrétisé. Ce fut intéressant pour
ce que cela représentait de faire connaître au jeune
public Espagnol le " chaînon manquant " qui existe
entre la musique mise en déroute en 1945 et la musique
actuelle.
Y a-t-il d'autres projets
de ce type en préparation aujourd'hui ? Peut-être
chanter le patrimoine musical Espagnol en Italien ou pourquoi
pas le RIF en espagnol, qu'en penses-tu ?
C'est ce que nous disions
à la question 10 : une idée, un plan de travail
et un agenda et nous sommes ouverts à toutes les initiatives.
Quels sont les projets
actuels pour Bicefala ? Les prochains CDs ou peut-être
des nouveaux groupes ? On veut de l'exclu ! ;-)
Malheureusement, il n'y
a pas beaucoup d'actualité dans le milieu musical espagnol
en ce moment mais ce qui est positif est que nous allons faire
un nouveau tirage d'albums des groupes Céltica, Estirpe
Imperial et 14 Palabras. Et avec un peu plus encore, nous pourrons
prévoir à court ou moyen terme.
À titre de conclusion,
quel bilan fais-tu aujourd'hui de l'activité du label
?
Si l'on veut être
réaliste, le bilan ne peut se faire qu'à travers
les ventes annuelles. Comme nous le disions auparavant, depuis
cinq ans, nous nous maintenons stables pour le nombre de CDs
vendus mais nous pouvons constater la limite d'une scène
musicale qui vit dans un ghetto. C'est d'ailleurs une constatation
qui est partagée pour une bonne part, par les camarades
d'Europe. Pour ce qui est de la stabilisation des productions
sur les cinq dernières années, nous dirons que
c'est une victoire au vu de la situation du marché discographique
dans notre pays : les copies illégales ont fait baisser
les ventes des grandes compagnies jusqu'à les faire atteindre
parfois 57% de ce qu'elles étaient en 1999. Dans le même
sens, si nous regardons l'autre secteur marginal (moins marginal
que nous mais quand même marginal), celui de l'extrême
gauche, nous voyons que les ventes ne sont qu'à 30-35
% de ce qu'elles étaient avant. Eux qui encourageaient
le piratage de la musique commerciale payent directement les
conséquences de leur discours.
Veux-tu rajouter quelque
chose avant de finir cette entrevue ?
Nous voulons vous remercier
pour nous avoir permis de nous présenter au public Français
à travers votre site et nous espérons que nous
que cela va continuer. Nous en profitons aussi pour rappeler
que nous ne sommes pas qu'un label musical mais que nous distribuons
également une vaste gamme de produits à travers
notre magasin Internet (www.bicefala.com),
et nous invitons les amis français à nous rendre
visite.
Merci beaucoup. À
bientôt. [en Français dans le texte].
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