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270 bis
est l'article du Code pénal italien qui sanctionne les
"associations subversives", c'est-à-dire celles
qui, suivant l'appréciation des juges - "visent à
la subversion des institutions". C'est une notion très
extensible en Italie. Tu nous fait un petit cours de Droit pénal
appliqué aux "mal-pensants" ? |
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En Italie, on entend par
"association subversive" tout groupe qui "porte
atteinte à l'ordre démocratique". C'est bien
évidemment un concept très vague mis en application
selon le bon vouloir des puissants. Pendant de nombreuses années,
il était réservé aux groupes de gauche parce
que nous, on ne nous reconnaissait pas la dignité d'être
des "subversifs" et nous étions poursuivis uniquement
pour "reconstitution du parti fasciste". C'est un délit
qui sanctionne les projets politiques, non les actes criminels,
donc c'est une loi attentatoire à la liberté d'expression
et de pensée ainsi qu'une négation du droit d'association.
Nous faisons actuellement campagne pour son abolition. Malheureusement,
il existe désormais en Italie une loi bien pire, la loi
"Mancino-Modigliani" similaire à la loi que
vous avez en France (et dont j'ai oublié le nom) (1) qui
punit ce qu'elle appelle "l'incitation à la haine
raciale". Les mesures répressives sont les mêmes
que celles utilisées en Palestine par l'armée israélienne,
y compris la confiscation des habitations et l'internement...
Tu as commencé à militer avant
même d'avoir atteint 14 ans. Tu nous retraces ton parcours
?
À treize ans, avec
mon frère Nanni, d'un an mon aîné, j'ai rejoint
le Mouvement Social Italien, mais nous l'avons quitté
deux ans plus tard parce qu'il défendait des positions,
spécialement en matière de politique étrangère,
qui étaient opposées aux nôtres. Après
deux ans dans des groupes spontanés, nous avons adhéré
à Lotta Studentesca [Lutte Etudiante NdT] organisation
naissante qui allait devenir par la suite Terza Posizione
[Troisième Voie NdT]. Deux ans plus tard, mon frère
mourait en prison et, pour moi, c'était l'exil, d'abord
en France puis en Angleterre. Après neuf ans, je suis
rentré en Italie pour purger trois ans de prison et quand
je suis sorti j'ai recommencé à faire de la politique...
et de la musique !
C'est à
16 ans que tu composes tes premières chansons. Une guitare
et une rime : ça vaut combien de Divisions ?
Notre devise : "une
chanson fait plus de dégâts que cent mille tracts". |
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1980
: la stratégie de la tension, la mort - Nanni - l'exil,
la prison... Comment survivez-vous tes camarades et toi ?
On
survit parce qu'il le faut bien. Quoi qu'il en soit, il est pire
de mourir à ses propres yeux que de perdre la vie. Continuer
d'exister après de telles expériences est bien
sûr difficile, on passe son temps à se bagarrer
avec sa conscience, on se sent toujours coupable de ne pas être
mort avec ses camarades. Mais que peut-on y faire ? Platon disait
"qui meurt jeune est cher aux Dieux". Mon frère,
assurément, leur plaisait d'avantage que moi.
La
diffusion de tes chansons en Italie relève, elle aussi,
de l'épopée. Tu nous la racontes ?
Quand j'étais en
prison en Angleterre, je reçu la lettre d'un camarade
plus jeune que moi, incarcéré en Italie, et qui
évoquait les moments où, avec quelques rares amis,
nous chantions ensemble mes chansons. Il me demanda si je pouvais
lui envoyer une cassette pour pouvoir les écouter en cellule,
afin de se souvenir de notre vie d'alors et aussi pour que nous
puissions nous sentir proches même derrière les
barreaux. Je la lui fit parvenir et puis je n'en entendis plus
parler. Douze ans après, à peine sorti de prison
en Italie, je fut invité dans un camp militant près
de Rome. Je m'y rendis un peu gêné, en ne me sentant
pas à ma place. Un garçon me demanda de jouer quelques-unes
de mes chansons qu'il disait connaître. Je suis monté
sur la scène et j'ai commencé. Il y avait presque
400 garçons présents et tous ensemble ils se mirent
à chanter par coeur les chansons que j'avais enregistrées
pour un seul camarade enfermé dans une cellule plus de
dix ans auparavant. Ce fut sans doute l'un des moments les plus
émouvants de ma vie. |
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1986
: retour en Italie. On ne peut pas dire que la mère patrie
accueille à bras ouverts son fils prodigue : 3 ans fermes
histoire de solder les vieux comptes. Impressions ?
Un militant de la gauche
armée que j'ai connu en prison (né en France, au
moment de son arrestation, après qu'il ait été
blessé lors d'un échange de coups de feu avec la
police, on a trouvé sur lui deux livres en français
: Bagatelles pour un massacre et La Comédie de Charleroi
!) disait toujours : "la prison, je ne la souhaite à
personne... mais je la conseille à beaucoup".
Après la prison, la vision du monde change. Et même
la vision que l'on a de soi-même. C'est le meilleur endroit
pour découvrir ses propres forces et ses propres faiblesses.
Et le résultat est toujours différent de celui
auquel tu t'attends ! |
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Justement,
en prison le fait de vivre avec "les ennemis", qui
sont aussi des compagnons de cellule, n'incite-t-il pas à
passer d'une stratégie de la tension à une "stratégie
de l'attention" ?
Pour ce qui est des rapports
en prison, je ne crois pas qu'il existe de formules : on reconnaît
la qualité humaine au-delà des facteurs idéologiques.
Le combattant respecte le combattant. Ernst Von Salomon en parle
très bien dans "Les Réprouvés".
Lorsque le vieux rebelle a salué
le Soleil (2) et que les portes du bagne s'ouvrent, quelle saveur
a la liberté retrouvée ? Ne comporte-t-elle pas
parfois une certaine dose d'amertume ou de regrets ?
Quand je suis sorti, j'ai
pleuré, surtout parce que je n'ai pas pu dire au revoir
à mes compagnons de cellule. Durant des mois, je me suis
senti coupable parce que moi j'étais dehors et que les
autres étaient encore dedans. Durant trois ans, la cellule
a été ma maison et mes compagnons ont été
ma famille. Il m'a fallu du temps pour accepter que ma vie était
dehors. J'ai honte de le dire, mais quand je suis sorti, j'ai
éprouvé du soulagement mais pas du bonheur. Et
dehors tout était différent de ce à quoi
je m'attendais.
Relatant
ton adolescence et le manque de chansons italiennes nationalistes,
tu as déclaré (Agenda Nazionalpopolare - 1998)
: "nous finîmes par acheter quelques disques de
chanteurs français "de droite"" Ah
bon ? lesquels ?
Je ne me souviens plus
du nom du chanteur, mais je me souviens de ses chansons : l'une
s'appelait "Le chanteur de l'Occident" et une
autre "Feliciano" parlait d'un combattant dans
la jungle bolivienne : "Dans la jungle bolivienne mon
frère est parti/ma mère comme une hyène
pleure son petit". Lorsque mon frère est mort,
j'ai repensé à cette chanson. (3) |
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Tu
as déclaré (ibid.) : "aujourd'hui la musique
alternative n'a plus besoin d'être alternative au monde.
Et même elle peut véritablement devenir la musique
du monde". Tu peux développer ?
Toute la culture de gauche
est une subversion des sensations qu'une personne normale éprouve
instinctivement : nous, nous parlons de camaraderie, de sens
de l'honneur, d'appartenance et d'orgueil de notre identité.
Je ne connais aucun homme ni aucune femme qui, en étant
de bonne foi et sans avoir l'âme corrompue, n'éprouve
pas les mêmes choses. Peut-être qu'avant il y avait
la limite que constituait le niveau de qualité de notre
travail, mais aujourd'hui il existe de nombreux chanteurs et
groupes bien meilleurs que ceux que l'on entend habituellement
sur les ondes. Il manque seulement un vrai soutien politique
qui permettrait, je le crois, de faire céder les digues. |
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En
cessant d'être "contre", d'être "alternative",
notre musique ne risque-t-elle pas de s'édulcorer ? Robin
de Bois peut-il travailler pour le Roi ? Mais en même temps,
l'opposition systématique et de principe n'est-elle pas,
finalement, une position commode ?
Les deux propositions
sont aussi vraies l'une que l'autre. Mais je pense que c'est
un problème qui ne se résout pas facilement. Les
rappeurs donnent dans la fausse rébellion et empochent
un maximum. Mais ce n'est pas mon problème, moi, désormais,
j'ai fait mon temps. J'espère que mon travail a pu servir
à ouvrir les canaux "officiels" à ceux
qui suivront. Et puis ça dépendra de leur conscience. |
Outre
tes talents de compositeur et de musicien, tu es également
journaliste (directeur de la revue Area), graphiste et illustrateur.
Tu es présent dans Roma Fantastica [Rome fantastique NdT],
un recueil de nouvelles fantastiques et d'horreur consacrées
aux mystères de la Ville Eternelle (où l'on retrouve
également la signature d'une vieille connaissance de la
musique alternative italienne : Gabriele Marconi). Tu nous parles
de tes diverses activités ?
Mais où est-ce que vous
avez trouvé toutes ces informations ? C'est embarrassant
! Moi j'éprouve simplement un grand besoin de communiquer
ce que je ressens de toutes les façons possibles et par
bonheur ma famille m'a fourni, avec l'éducation et la
génétique, de nombreux outils pour le faire. Si
cela sert la cause, alors ça me permet aussi d'être
bien avec moi-même. L'unique chose qui manque, c'est le
temps. En ce moment, avec l'ami de toujours Gabriele Marconi,
nous voudrions faire un film. Nous y travaillons. Ce serait le
parachèvement non ? |
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Un
film ?! Allez, raconte ! On veut tout savoir !
Gabriele a écrit
un très beau roman : "Io non scordo"
["Moi je n'oublie pas" - NdT] (comme l'une de
nos chansons). Il a été publié par Settimo
Sigillo qui en a vendu en Italie plus de 5 000 exemplaires -
un très bon tirage pour nous, parce que les italiens ne
lisent pas autant que les français. Certaines maisons
de production nous ont proposé d'en faire un film. Nous
discutons avec elles pour être certains que l'histoire
ne sera pas trop modifiée.
Tu
nous présentes les autres membres du groupe et votre façon
de fonctionner ?
Massimiliano au saxo,
Fabio à la batterie, le Duc et Marco aux guitares, Maurizio
à la basse. Entre Marco et moi, il y a presque 20 ans
d'écart ! On se retrouve en salle de répét',
on se raconte notre journée et puis moi je dis : "il
m'est venu une idée de chanson". Et puis on se
met à jouer et on voit ce qui en sort. Ensuite, on va
au pub et le lendemain les souvenirs sont un peu confus. |
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270
Bis, c'est un son à nul autre pareil sur la scène
identitaire. Le saxo de Max y est pour beaucoup. Quelles sont
vos influences musicales ?
Max et Fabio ont étudié
le jazz, Marco vient du rock pur, Fabio joue dans d'autres groupes
de rock et de blues, le Duc est un amoureux du folk et moi j'ai
été formé par la pop anglaise des années
80. Le résultat est toujours inattendu.
À
quand une réédition de vos premiers albums, désormais
épuisés, sans oublier la mythique "cassette
de Londres" ?
Fin mars sort un CD pour
fêter nos dix ans d'existence avec une sélection
de morceaux réarrangés tirés des deux premiers
albums. Et moi je voudrais, un jour, faire un disque acoustique
avec les morceaux de la cassette de Londres. Mais je ne sais
pas quand.
Et le prochain CD, tant attendu
?
Une fois achevé
l'enregistrement du CD de la décennie, nous commencerons
à travailler sur le prochain. Il y a déjà
cinq morceaux plus ou moins prêts. Pour dire la vérité,
je suis un peu préoccupé. Après le succès
d'"Incantesimi d'amore", il est difficile d'améliorer
le niveau. |
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Ton
avis sur les "petits jeunes" du Rock identitaire européen"
?
En Angleterre, il y a
les Warlord, qui ne sont plus tellement des "petits jeunes",
avec qui j'ai joué à Vérone et que je trouve
exceptionnels. J'adore les espagnols d'Estirpe Imperial qui à
présent se sont séparés pour former d'autres
groupes. J'emporterai chacun de leurs morceaux dans ma tombe
(ou plutôt dans les flammes de mon bûcher funéraire).
En France, je crois que les bons groupes sont nombreux : In Memoriam,
Basic Celtos, Elendil, Vae Victis, Fraction etc. Il en existe
aussi des bons à l'est. En Italie, mes préférés
sont Hobbit et DDT, mais il y en a d'autres très bons
qui sont en train de s'affirmer.
Marcello, tu parles
un français excellent. Tu nous dit quelques mots dans
la langue de Molière pour les camarades du Coq Gaulois
?
Qu'est-ce qu'il nous
reste du fascisme? Les camarades et le drapeau noir.(4) Je l'ai lu sur le mur de
mon école quand j'étais au lycée et que
je ne connaissais pas un mot de français. Peut-être
cela a-t-il été le début de mon amour pour
la France. |
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(1) Elle
s'appelle chez nous "Fabius-Gayssot". Comme pour Tchernobyl,
certains nuages toxiques ne s'arrêtent pas aux frontières...
(2) Référence à la chanson "Salve Sole"
qui retrace l'ultime nuit d'un prisonnier derrière les
barreaux.
(3) Bien évidemment, on aura reconnu Jean-Pax Méfret...
O tempora O mores ! Une copie de cette entrevue lui a été
adressée via le webmestre de son site. Juste comme ça...
Pour que "les souvenirs reviennent"...
(4) Référence à la phrase de Robert Brasillach
: "du Fascisme il ne nous reste pas grand-chose. Juste
le drapeau noir et les copains." |
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