Entrevue avec Marcello de Angelis (270 bis)

Entrevue réalisée par notre camarade Edgir.

Pour les "vieux" comme moi, Marcello de Angelis c'est avant tout ce jeune homme au regard perçant, les cheveux aussi noirs que certaines chemises, un anneau d'or à l'oreille lui donnant un air de Corto Maltese, interviewé voici 14 ans, durant son exil londonien, par Le Choc du Mois (mensuel nationaliste mythique des années 80, quand "tout le monde s'aimait" et que "tout était possible" très vite...).
Marcello, ce sont ces phrases sans fard qui débutaient l'entretien et révélaient un monde inconnu de beaucoup d'entre nous : "Hormis Israël, il n'y a pas d'exemple connu de démocratie contemporaine vivant de prévarications systématiques, sans aucune exclusion : massacres, assassinats, arrestations prolongées, même durant plusieurs années, hors du cadre de la légalité telle qu'elle est conçue en Europe. Pourtant, l'Italie en est un."
Marcello, c'est ce parcours terrible que nous découvrions au fil des lignes et qui ramenait l'ego de certains à de plus justes proportions : l'exil à l'âge de 20 ans pour échapper aux rafles. Sa fiancée - 19 ans, enceinte de 5 mois - embastillée et accouchant en prison. Son frère aîné, "Nanni" (21 ans), retrouvé mort en cellule des suites de brutalités policières. La clandestinité à l'étranger sans jamais avoir vu son fils. La prison en Grande-Bretagne...
Marcello, chanteur et âme de 270 Bis, n'a jamais renoncé. Il a bien voulu nous accorder cet entretien.


270 bis est l'article du Code pénal italien qui sanctionne les "associations subversives", c'est-à-dire celles qui, suivant l'appréciation des juges - "visent à la subversion des institutions". C'est une notion très extensible en Italie. Tu nous fait un petit cours de Droit pénal appliqué aux "mal-pensants" ?

En Italie, on entend par "association subversive" tout groupe qui "porte atteinte à l'ordre démocratique". C'est bien évidemment un concept très vague mis en application selon le bon vouloir des puissants. Pendant de nombreuses années, il était réservé aux groupes de gauche parce que nous, on ne nous reconnaissait pas la dignité d'être des "subversifs" et nous étions poursuivis uniquement pour "reconstitution du parti fasciste". C'est un délit qui sanctionne les projets politiques, non les actes criminels, donc c'est une loi attentatoire à la liberté d'expression et de pensée ainsi qu'une négation du droit d'association. Nous faisons actuellement campagne pour son abolition. Malheureusement, il existe désormais en Italie une loi bien pire, la loi "Mancino-Modigliani" similaire à la loi que vous avez en France (et dont j'ai oublié le nom) (1) qui punit ce qu'elle appelle "l'incitation à la haine raciale". Les mesures répressives sont les mêmes que celles utilisées en Palestine par l'armée israélienne, y compris la confiscation des habitations et l'internement...

Tu as commencé à militer avant même d'avoir atteint 14 ans. Tu nous retraces ton parcours ?

À treize ans, avec mon frère Nanni, d'un an mon aîné, j'ai rejoint le Mouvement Social Italien, mais nous l'avons quitté deux ans plus tard parce qu'il défendait des positions, spécialement en matière de politique étrangère, qui étaient opposées aux nôtres. Après deux ans dans des groupes spontanés, nous avons adhéré à Lotta Studentesca [Lutte Etudiante NdT] organisation naissante qui allait devenir par la suite Terza Posizione [Troisième Voie NdT]. Deux ans plus tard, mon frère mourait en prison et, pour moi, c'était l'exil, d'abord en France puis en Angleterre. Après neuf ans, je suis rentré en Italie pour purger trois ans de prison et quand je suis sorti j'ai recommencé à faire de la politique... et de la musique !

C'est à 16 ans que tu composes tes premières chansons. Une guitare et une rime : ça vaut combien de Divisions ?

Notre devise : "une chanson fait plus de dégâts que cent mille tracts".


1980 : la stratégie de la tension, la mort - Nanni - l'exil, la prison... Comment survivez-vous tes camarades et toi ?

On survit parce qu'il le faut bien. Quoi qu'il en soit, il est pire de mourir à ses propres yeux que de perdre la vie. Continuer d'exister après de telles expériences est bien sûr difficile, on passe son temps à se bagarrer avec sa conscience, on se sent toujours coupable de ne pas être mort avec ses camarades. Mais que peut-on y faire ? Platon disait "qui meurt jeune est cher aux Dieux". Mon frère, assurément, leur plaisait d'avantage que moi.

La diffusion de tes chansons en Italie relève, elle aussi, de l'épopée. Tu nous la racontes ?

Quand j'étais en prison en Angleterre, je reçu la lettre d'un camarade plus jeune que moi, incarcéré en Italie, et qui évoquait les moments où, avec quelques rares amis, nous chantions ensemble mes chansons. Il me demanda si je pouvais lui envoyer une cassette pour pouvoir les écouter en cellule, afin de se souvenir de notre vie d'alors et aussi pour que nous puissions nous sentir proches même derrière les barreaux. Je la lui fit parvenir et puis je n'en entendis plus parler. Douze ans après, à peine sorti de prison en Italie, je fut invité dans un camp militant près de Rome. Je m'y rendis un peu gêné, en ne me sentant pas à ma place. Un garçon me demanda de jouer quelques-unes de mes chansons qu'il disait connaître. Je suis monté sur la scène et j'ai commencé. Il y avait presque 400 garçons présents et tous ensemble ils se mirent à chanter par coeur les chansons que j'avais enregistrées pour un seul camarade enfermé dans une cellule plus de dix ans auparavant. Ce fut sans doute l'un des moments les plus émouvants de ma vie.

1986 : retour en Italie. On ne peut pas dire que la mère patrie accueille à bras ouverts son fils prodigue : 3 ans fermes histoire de solder les vieux comptes. Impressions ?

Un militant de la gauche armée que j'ai connu en prison (né en France, au moment de son arrestation, après qu'il ait été blessé lors d'un échange de coups de feu avec la police, on a trouvé sur lui deux livres en français : Bagatelles pour un massacre et La Comédie de Charleroi !) disait toujours : "la prison, je ne la souhaite à personne... mais je la conseille à beaucoup". Après la prison, la vision du monde change. Et même la vision que l'on a de soi-même. C'est le meilleur endroit pour découvrir ses propres forces et ses propres faiblesses. Et le résultat est toujours différent de celui auquel tu t'attends !

Justement, en prison le fait de vivre avec "les ennemis", qui sont aussi des compagnons de cellule, n'incite-t-il pas à passer d'une stratégie de la tension à une "stratégie de l'attention" ?

Pour ce qui est des rapports en prison, je ne crois pas qu'il existe de formules : on reconnaît la qualité humaine au-delà des facteurs idéologiques. Le combattant respecte le combattant. Ernst Von Salomon en parle très bien dans "Les Réprouvés".

Lorsque le vieux rebelle a salué le Soleil (2) et que les portes du bagne s'ouvrent, quelle saveur a la liberté retrouvée ? Ne comporte-t-elle pas parfois une certaine dose d'amertume ou de regrets ?

Quand je suis sorti, j'ai pleuré, surtout parce que je n'ai pas pu dire au revoir à mes compagnons de cellule. Durant des mois, je me suis senti coupable parce que moi j'étais dehors et que les autres étaient encore dedans. Durant trois ans, la cellule a été ma maison et mes compagnons ont été ma famille. Il m'a fallu du temps pour accepter que ma vie était dehors. J'ai honte de le dire, mais quand je suis sorti, j'ai éprouvé du soulagement mais pas du bonheur. Et dehors tout était différent de ce à quoi je m'attendais.

Relatant ton adolescence et le manque de chansons italiennes nationalistes, tu as déclaré (Agenda Nazionalpopolare - 1998) : "nous finîmes par acheter quelques disques de chanteurs français "de droite"" Ah bon ? lesquels ?

Je ne me souviens plus du nom du chanteur, mais je me souviens de ses chansons : l'une s'appelait "Le chanteur de l'Occident" et une autre "Feliciano" parlait d'un combattant dans la jungle bolivienne : "Dans la jungle bolivienne mon frère est parti/ma mère comme une hyène pleure son petit". Lorsque mon frère est mort, j'ai repensé à cette chanson. (3)

Tu as déclaré (ibid.) : "aujourd'hui la musique alternative n'a plus besoin d'être alternative au monde. Et même elle peut véritablement devenir la musique du monde". Tu peux développer ?

Toute la culture de gauche est une subversion des sensations qu'une personne normale éprouve instinctivement : nous, nous parlons de camaraderie, de sens de l'honneur, d'appartenance et d'orgueil de notre identité. Je ne connais aucun homme ni aucune femme qui, en étant de bonne foi et sans avoir l'âme corrompue, n'éprouve pas les mêmes choses. Peut-être qu'avant il y avait la limite que constituait le niveau de qualité de notre travail, mais aujourd'hui il existe de nombreux chanteurs et groupes bien meilleurs que ceux que l'on entend habituellement sur les ondes. Il manque seulement un vrai soutien politique qui permettrait, je le crois, de faire céder les digues.

En cessant d'être "contre", d'être "alternative", notre musique ne risque-t-elle pas de s'édulcorer ? Robin de Bois peut-il travailler pour le Roi ? Mais en même temps, l'opposition systématique et de principe n'est-elle pas, finalement, une position commode ?

Les deux propositions sont aussi vraies l'une que l'autre. Mais je pense que c'est un problème qui ne se résout pas facilement. Les rappeurs donnent dans la fausse rébellion et empochent un maximum. Mais ce n'est pas mon problème, moi, désormais, j'ai fait mon temps. J'espère que mon travail a pu servir à ouvrir les canaux "officiels" à ceux qui suivront. Et puis ça dépendra de leur conscience.

Outre tes talents de compositeur et de musicien, tu es également journaliste (directeur de la revue Area), graphiste et illustrateur. Tu es présent dans Roma Fantastica [Rome fantastique NdT], un recueil de nouvelles fantastiques et d'horreur consacrées aux mystères de la Ville Eternelle (où l'on retrouve également la signature d'une vieille connaissance de la musique alternative italienne : Gabriele Marconi). Tu nous parles de tes diverses activités ?

Mais où est-ce que vous avez trouvé toutes ces informations ? C'est embarrassant ! Moi j'éprouve simplement un grand besoin de communiquer ce que je ressens de toutes les façons possibles et par bonheur ma famille m'a fourni, avec l'éducation et la génétique, de nombreux outils pour le faire. Si cela sert la cause, alors ça me permet aussi d'être bien avec moi-même. L'unique chose qui manque, c'est le temps. En ce moment, avec l'ami de toujours Gabriele Marconi, nous voudrions faire un film. Nous y travaillons. Ce serait le parachèvement non ?

Un film ?! Allez, raconte ! On veut tout savoir !

Gabriele a écrit un très beau roman : "Io non scordo" ["Moi je n'oublie pas" - NdT] (comme l'une de nos chansons). Il a été publié par Settimo Sigillo qui en a vendu en Italie plus de 5 000 exemplaires - un très bon tirage pour nous, parce que les italiens ne lisent pas autant que les français. Certaines maisons de production nous ont proposé d'en faire un film. Nous discutons avec elles pour être certains que l'histoire ne sera pas trop modifiée.

Tu nous présentes les autres membres du groupe et votre façon de fonctionner ?

Massimiliano au saxo, Fabio à la batterie, le Duc et Marco aux guitares, Maurizio à la basse. Entre Marco et moi, il y a presque 20 ans d'écart ! On se retrouve en salle de répét', on se raconte notre journée et puis moi je dis : "il m'est venu une idée de chanson". Et puis on se met à jouer et on voit ce qui en sort. Ensuite, on va au pub et le lendemain les souvenirs sont un peu confus.

270 Bis, c'est un son à nul autre pareil sur la scène identitaire. Le saxo de Max y est pour beaucoup. Quelles sont vos influences musicales ?

Max et Fabio ont étudié le jazz, Marco vient du rock pur, Fabio joue dans d'autres groupes de rock et de blues, le Duc est un amoureux du folk et moi j'ai été formé par la pop anglaise des années 80. Le résultat est toujours inattendu.

À quand une réédition de vos premiers albums, désormais épuisés, sans oublier la mythique "cassette de Londres" ?

Fin mars sort un CD pour fêter nos dix ans d'existence avec une sélection de morceaux réarrangés tirés des deux premiers albums. Et moi je voudrais, un jour, faire un disque acoustique avec les morceaux de la cassette de Londres. Mais je ne sais pas quand.

Et le prochain CD, tant attendu ?

Une fois achevé l'enregistrement du CD de la décennie, nous commencerons à travailler sur le prochain. Il y a déjà cinq morceaux plus ou moins prêts. Pour dire la vérité, je suis un peu préoccupé. Après le succès d'"Incantesimi d'amore", il est difficile d'améliorer le niveau.

Ton avis sur les "petits jeunes" du Rock identitaire européen" ?

En Angleterre, il y a les Warlord, qui ne sont plus tellement des "petits jeunes", avec qui j'ai joué à Vérone et que je trouve exceptionnels. J'adore les espagnols d'Estirpe Imperial qui à présent se sont séparés pour former d'autres groupes. J'emporterai chacun de leurs morceaux dans ma tombe (ou plutôt dans les flammes de mon bûcher funéraire). En France, je crois que les bons groupes sont nombreux : In Memoriam, Basic Celtos, Elendil, Vae Victis, Fraction etc. Il en existe aussi des bons à l'est. En Italie, mes préférés sont Hobbit et DDT, mais il y en a d'autres très bons qui sont en train de s'affirmer.

Marcello, tu parles un français excellent. Tu nous dit quelques mots dans la langue de Molière pour les camarades du Coq Gaulois ?

Qu'est-ce qu'il nous reste du fascisme? Les camarades et le drapeau noir.(4) Je l'ai lu sur le mur de mon école quand j'étais au lycée et que je ne connaissais pas un mot de français. Peut-être cela a-t-il été le début de mon amour pour la France.

 


(1) Elle s'appelle chez nous "Fabius-Gayssot". Comme pour Tchernobyl, certains nuages toxiques ne s'arrêtent pas aux frontières...
(2) Référence à la chanson "Salve Sole" qui retrace l'ultime nuit d'un prisonnier derrière les barreaux.
(3) Bien évidemment, on aura reconnu Jean-Pax Méfret... O tempora O mores ! Une copie de cette entrevue lui a été adressée via le webmestre de son site. Juste comme ça... Pour que "les souvenirs reviennent"...
(4) Référence à la phrase de Robert Brasillach : "du Fascisme il ne nous reste pas grand-chose. Juste le drapeau noir et les copains."

Entrevue Discographie Paroles

270 bis Amici del Vento Aurora Compagnia Dell Anello  Delenda Carthago Hobbit Indole Intolleranza Londinium SPQR Massimo Morsello Non Nobis Domine Skoll Sotto Fascia Semplice Zeta Zero Alfa Lorien Perimetro

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